Le temps où les présidents de Catalogne étaient accueillis au Maroc avec les honneurs est révolu. Ils doivent désormais obtenir l'autorisation préalable des autorités de Madrid avant espérer fouler le sol marocain. Rabat opère un tour de vis dans sa politique à l'égard des communautés autonomes en Espagne. Le Royaume chérifien ferme désormais la porte aux déplacements des présidents de la Catalogne. «Le Maroc maintient et maintiendra toujours une étroite concertation avec les autorités espagnoles pour l'organisation de ce type de visites», a martelé le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, lors d'une conférence de presse à Madrid, rapporte El Pais. Les propos du chef de la diplomatie sont une réponse à la suspension du voyage du président de la Catalogne, Carles Pugdemont, au Maroc ; une conséquence du refus des membres du gouvernement El Othmani de le recevoir à Rabat. Bourita a souligné que ces déplacements nécessitent au préalable «une concertation et une consultation» sur la forme, le calendrier et le programme «afin qu'elles réussissent». Et d'ajouter que les interlocuteurs de Pugdemont avaient d'autres engagements durant la date de la visite, initialement prévu les 7 et 9 mai, du président de la Catalogne et de celui de la Flandres, Geert Bourgeois. Rupture avec la tradition La décision des autorités de Rabat s'inscrit surtout en rupture avec une tradition qui remonte aux années Hassan II. Le défunt roi fut l'un des premiers leaders au monde à accueillir, en septembre 1994, soit un mois après les attentats d'Atlas Asni à Marrakech, le président de la Generalitat, Jordi Pujol, avec les honneurs militaires et le drapeau catalan flottant aux côtés de celui de l'Espagne ; un traitement de faveur rare pour un président d'une région autonome. Plus tard, le socialiste Pasqual Maragall et le nationaliste de droite Artur, un ancien ministre de Pujol, avaient effectué des visites au Maroc, respectivement en mai 2004 - sa première sortie à l'étranger - et en janvier 2012. Qu'est-ce qui a changé au point de voir le royaume réviser sa politique catalane ? Si d'aucuns y verraient des pressions de la part de Madrid sur Rabat, le ministre espagnol des Affaires étrangère, Alfonso Dastis a rejeté catégoriquement cette hypothèse dans des déclarations à la presse. Pour rappel, l'actuel président de la Catalogne prévoit d'organiser cette année un référendum d'indépendance de la Catalogne.