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Entretien avec le docteur Omar Menzhi
Publié dans Albayane le 02 - 12 - 2012

Garantir l'accès universel à la prévention et aux soins
A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, nous avons rencontré le docteur Omar Menzhi, directeur de l'épidémiologie au ministère de la Santé, qui nous dresse un premier bilan de la politique menée aujourd'hui en matière de lutte contre le SIDA, mais aussi de dépistage du VIH, un des volets majeurs de cette lutte.
Al Bayane : Malgré les campagnes d'informations, de communication et de prévention, le virus du SIDA fait toujours aussi peur. Comment expliquez-vous cette crainte ?
Docteur Menzhi Omar : La crainte existe depuis le début de l'épidémie quand il n'y avait pas encore de traitement. Le sida était mortel, il faisait peur et il faut beaucoup travailler là-dessus pour changer les perceptions des jeunes. Mais il faut persévérer, car on ne change pas les perceptions, les attitudes et les comportements facilement
Pensez-vous que les citoyens Marocains sont suffisamment informés sur le sida, notamment par le biais des spots télé ou radio, et que cela peut servir aux jeunes pour acquérir les bons réflexes et adopter de bonnes et saines d'attitudes ?
On ne pourra jamais dire qu'un citoyen est suffisamment informé. Comme j'ai déjà dit, l'information et l'éducation ne doivent pas s'arrêter. Les études montrent que la majorité des jeunes connait le sida et les IST, mais l'absence d'une éducation sexuelle à l'école, de communication au sein de la famille et de la communauté augmente le risque de comportements non responsables et d'exposition aux IST et VIH/sida.
Malheureusement, le coût de la communication à travers la radio et la TV ne permet pas d'avoir une sensibilisation de manière continue qui devrait venir compléter l'éducation par tous et pour tous
Qu'en est-il de la situation épidémiologique au Maroc ?
Au Maroc, l'épidémie est à un faible niveau de prévlence (0,11%) parmi la population générale, mais on note aujourd'hui 6824 cas depuis la déclaration du premier cas de Sida au Maroc, en 1986, jusqu'à fin juin 2012. Actuellement quelque 29.000 personnes vivent avec le VIH, et 80% de celles-ci ne connaissent pas leur statut sérologique. On note également une épidémie concentrée au sein des populations les plus exposées aux risques dans deux régions: Souss Massa Drâa et l'Oriental. Dans ces populations se produisent 67% des nouvelles infections et ces populations ont des liens avec la population générale, via des populations dites passerelles.
Qu'en est-il de la prise en charge des malades du SIDA ?
La prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida (personnes séropositives et/ou malades du sida) est entièrement et totalement gratuite. Grâce aux efforts du ministère de la Santé et celui des associations, les traitements antirétroviraux (ARV) sont non seulement disponibles au Maroc, mais tous les malades du sida au Maroc accèdent gratuitement à la trithérapie. La prise en charge des malades ne s'arrête pas là. Le ministère de la Santé assure à tous les malades une prise en charge globale, qui comprend l'hospitalisation au sein des structures hospitalières du ministère de la Santé, les examens biologiques, les examens radiologiques, les différentes consultations ainsi que le traitement de toutes les maladies opportunistes.
Par ailleurs le ministère de la Santé fait du dépistage un axe majeur de sa stratégie de lutte contre la maladie. En partenariat avec la société civile, il a renforcé les moyens d'action des centres de dépistage anonymes et gratuits. Et ce, à travers un approvisionnement permanent en équipements et particulièrement en tests rapides. A cela s'ajoutent des actions de sensibilisation et de communication au profit des populations concernées et particulièrement les jeunes. Des Centres de dépistages anonymes et gratuits sont ouverts dans différentes villes du pays.
Avons-nous réalisé des progrès dans la lutte contre le SIDA ?
Oui , il est évident que le Maroc réalise des avancées notables matière de lutte contre le sida, aussi bien en matière de prévention et d'accès aux populations les plus exposées aux risques, en étroite collaboration entre le ministère de la Santé et les ONG, qu'en matière d'élargissement de l'offre du dépistage du VIH et d'accès aux soins, ainsi que l'appui aux personnes vivant avec le VIH. Le Maroc est considéré par les instances internationales (OMS-ONUSIDA...) comme leader dans la région Maghreb - Moyen-Orient.
Sur quoi les autorités sanitaires doivent-elles prioritairement faire porter leurs efforts ? La prévention, la recherche médicale ou l'accès aux soins ?
La prévention et l'amélioration au recours aux soins reste la pierre angulaire dans notre contexte
Pensez-vous que le plan sida 2012-2016 annoncé par le ministre de la Santé Houcine Louardi le 21 juin 2012 lors de la conférence de presse est à la hauteur des enjeux?
Le Plan stratégique national de lutte contre le sida 2012-2016, lancé officiellement par le ministre de la Santé le 3 avril 2012, engage résolument le Maroc à concrétiser l'accès universel aux services de prévention, de traitement et d'appui en matière de VIH afin de converger vers l'objectif zéro : zéro nouvelle infection, zéro discrimination et zéro décès liés au sida, assigné à l'échelle internationale.
Cette stratégie, étalée sur la période 2012-2016 et lancée sous le thème «Ensemble pour concrétiser l'accès universel à la prévention et aux soins», vise ainsi à concrétiser l'accès universel à des services de prévention, de traitement, de prise en charge et d'appui en matière de VIH
Des objectifs ambitieux sont visés par ce plan à l'horizon 2016, notamment ceux de réduire de 50% le nombre des nouvelles infections, de 60% le nombre de décès liés au sida et assurer une bonne gouvernance et coordination et décentralisation des activités tout en prenant en considération les spécificités de chaque région et ce, dans le cadre d'une approche multisectorielle et participative.
Le plan Sida 2012-2016 que le ministre de la Santé avait présenté prévoit 30 nouveaux centres de dépistage. Des ONG seront créées. De même, le dépistage sera intégré dans 358 centres de santé et 55 centres de traitement de la tuberculose et des maladies respiratoires avec deux millions de personnes testées d'ici 2016. De surcroît, le dépistage VIH sera étendu chez les femmes enceintes pour atteindre la couverture de 80% des femmes enceintes vivant avec le VIH par la prévention de la transmission du VIH mère-enfant. De même, la couverture par le traitement antirétroviral et l'appui psychologique seront étendus pour atteindre 80% des personnes nécessitant un traitement d'ici 2016.
Quelles sont les principales faiblesses de l'action de l'Etat dans sa lutte contre le sida ?
Les principales faiblesses sont liées au manque de ressources humaines afin d'élargir la couverture géographique et généraliser le recours au dépistage, au diagnostic du VIH et aux soins et prise en charge des personnes vivant avec le VIH, le manque d'implication du secteur médical privé en matière de lutte contre le sida, le manque d'engagement des Organismes de mutuelle et assurances (CNOPS, CNSS, mutuelles et assurances privées....) en matière de soins et traitement antirétroviral afin d'élargir la couverture des personnes vivant avec le VIH.
Comment jugez-vous les actions des instances internationales (OMS-ONUSIDA) pour enrayer l'épidémie, notamment dans les pays africains ?
Des efforts notables sont déployés en matière de prévention et d'amélioration de l'accès aux soins, notamment par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et l'ONUSIDA à travers ses différentes agences co-parraines des Nations Unies.
On commence à noter une inversion de la tendance de l'épidémie du VIH au niveau des pays africains, mais les engagements nationaux restent importants afin de consolider les acquis et cerner l'épidémie.
Est-ce que la prise prolongée des traitements peut avoir des conséquences ?
On ne peut pas parler de prise prolongée de traitement, du moment que c'est un traitement à vie. Certes, tout médicament a des effets secondaires qu'il faut surveiller et contrôler et c'est là où réside la complexité de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, car la plupart du temps le suivi du patient est plus coûteux que la trithérapie antirétrovirale elle-même.
Peut-on vivre normalement ou presque avec le sida aujourd'hui ?
Avec les traitements actuels on vit normalement avec une qualité de vie équivalente à celle d'un patient souffrant de n'importe quelle maladie chronique ou affection de longue durée.
Pensez-vous qu'envisager la fin de l'épidémie relève de l'utopie ?
Tant qu'on n'a pas découvert de vaccin, on ne peut pas en parler.
Quel regard portez-vous sur le Sidaction qu'organise l'ALCS ?
C'est une très bonne initiative et le département de la Santé ne peut que l'encourager. C'est une occasion aussi bien pour sensibilisation de la population que pour la mobilisation des fonds nécessaires à la lutte contre le sida.


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