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«Nous appuyons le Maroc pour s'adapter à ses engagements internationaux»
Leila Rhiwi, représentante de l'ONU Femmes au Maghreb
Publié dans Albayane le 20 - 01 - 2016

ONU Femmes travaille depuis des années avec le gouvernement marocain pour promouvoir l'approche genre dans les politiques. nous accopagnons différents départements ministériels dans leur processus d'intégration de l'équité et de l'égalité de genre.
Quelles ont été les actions de la campagne «Orange the World» au Maroc (Novembre- Décembre 2015) et comment ont- elles été perçues par les acteurs sociaux et le public ?
Nous avons «orangé» le Musée d'Art Moderne Mohammed VI durant la quinzaine des nations Unies sur les violences pour sensibiliser sur cette pandémie. On a également organisé à la BNRM le 25 novembre une soirée culturelle, avec un spectacle d'acrogym du groupe de lycéens de Fès City Crew, et deux pièces de théâtre, par le Groupe Aquarium sur la violence sexuelle, et les Femmes Soulalyates, sur l'accès à la terre. En partenariat avec le groupe ECO medias, nous avons aussi fait passer des messages pendant toute la période des 16 jours sur les différentes formes de violence à l'égard des femmes, ceci sur l'ensemble des supports du groupe Eco médias.
Nous avons également appuyé des activités organisées par la société civile ainsi que par d'autres agences des Nations Unies. La soirée à la BNRM a connu une très grande participation d'acteurs sociaux divers et a permis de poursuivre d'une manière innovante le travail de plaidoyer pour l'éradication de la violence.
Quelle-est votre évaluation de la situation des droits de l'égalité du genre et la lutte contre la discrimination des femmes au Maroc?
Des progrès significatifs ont été accomplis au cours de ces dernières années en faveur des droits des femmes et de l'égalité des sexes au Royaume du Maroc, qui a fait de l'égalité de genre une question centrale de sa stratégie de promotion et de protection des droits humains. La Constitution de 2011, qui consacre l'égalité hommes femmes dans tous les droits, a ouvert des perspectives prometteuses en termes de levée de discriminations subsistantes. Le Maroc s'est positionné dans la région comme leader en matière de politiques publiques visant à réduire les inégalités hommes femmes et se démarque par l'existence d'un mouvement des femmes puissant et diversifié, qui a joué un rôle central dans les transformations qu'a connues le Maroc dans le domaine.
Grâce à la forte mobilisation de la société civile et de ces mouvements des femmes, la question de l'élimination de la violence basée sur le genre a été placée en haut de la liste des priorités, et il est indéniable que le pays a accompli de grands progrès dans la réponse aux violences faites aux femmes. Cela a commencé par le renforcement du dispositif juridique, que ce soit l'adoption de la Moudawana, de la nouvelle Constitution et de la levée des réserves sur la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Ces dispositions se sont traduites par des plans d'action sectoriels et la création de services spécialisés.
Malgré tout, il reste de nombreux défis à relever pour que les femmes et les filles puissent jouir de la sécurité et de la justice. Les initiatives de prévention sont insuffisantes et les actes de violence restent bien souvent impunis. Les chiffres de l'Enquête Nationale de la Prévalence de la Violence à l'égard des femmes du Haut-commissariat au Plan (HCP) de 2009 le montrent bien : près de 6 millions de femmes âgées de 18 à 64 ans, soit 62,8% des femmes au Maroc, ont subi un acte de violence sous une forme ou une autre durant les douze mois ayant précédé l'enquête, dont 3,8 millions en milieu urbain et 2,2 millions en milieu rural. La forme de violence la plus répandue est la violence psychologique avec un taux de prévalence de 48% (4,6 millions de femmes). Un peu plus de 15% des femmes enquêtées ont déclaré avoir subi une violence physique, et c'est dans les lieux publics que cette violence est la plus répandue et concernant 2 femmes sur 3.
Au regard de ce chiffre, la violence à l'égard des femmes constitue donc bel et bien un phénomène social majeur au Maroc, phénomène qui nécessite la mobilisation de toutes les parties prenantes de la société.
Comment voyez-vous les possibilités pour une lutte plus efficace contre la violence à l'égard des femmes, en général, et au Maroc en particulier?
Pour remédier aux effets négatifs de la violence à l'égard des femmes, tous les acteurs doivent travailler ensemble. ONU Femmes collabore avec les gouvernements, les organismes des Nations Unies, les organisations de la société civile et d'autres institutions pour mettre fin à la violence, sensibiliser l'opinion sur les causes et les conséquences de la violence et renforcer les capacités de nos partenaires en matière de prévention et de réponses à la violence.
Sur le plan normatif, nous appuyons le Maroc pour adapter ses lois et règlements conformément à ses engagements internationaux, dont la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Parallèlement, nous développons des programmes adaptés au contexte et aux priorités nationales.
Actuellement, ONU Femmes donne un appui au Ministère de la Justice et des Libertés pour l'amélioration de l'accès des femmes à la justice et le Ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social pour la mise en œuvre du Plan Gouvernemental pour l'égalité, et notamment dans son volet de lutte contre les violences faites aux femmes.
Par ailleurs, travailler étroitement avec la société civile est un aspect essentiel dans notre stratégie. Des partenariats avec des organisations de la société civile ont récemment conduit à la création d'un réseau national de plus de 60 centres d'écoute et d'orientation pour les femmes survivantes de violence, au renforcement d'un centre multifonctionnel pour les femmes survivantes à Fès et d'un centre d'hébergement et d'insertion professionnelle des mères célibataires à Casablanca.
De nombreuses campagnes de sensibilisation et de mobilisation ont été menées, dont une caravane annuelle sur le mariage des mineurs, et dans le contexte de la lutte contre le harcèlement sexuel et les violences dans les espaces publics urbains nous travaillons avec les villes de Marrakech et de Rabat dans le cadre de l'initiative « Des villes sûres et sans violence à l'égard des femmes et des filles ».
Mais il faut aussi prévenir et travailler sur les mentalités et les comportements. La prévention était le thème central du 25 novembre, la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, et de l'appel à l'action de la campagne de 16 jours « Tous UNIS ». La résistance principale réside dans les mentalités, et le travail pour changer celles-ci est un effort continu. C'est pourquoi ONU Femmes encourage une évolution des modèles comportementaux des hommes et des garçons, et de plaidoyer pour l'égalité des sexes et pour les droits des femmes. ONU Femmes prône également un accès plus large, pour celles qui ont survécu à la violence, à des réponses multisectorielles de qualité dans les domaines de la sécurité, de l'hébergement, de la santé, de la justice et dans d'autres services essentiels.
Comment voyez- vous le processus de la mise en place d'une loi contre la violence à l'égard des femmes au Maroc?
Nous sommes très attentifs au processus d'élaboration du projet de loi 103-13 relative à la lutte contre la violence à l'égard des femmes, pour qu'il soit conforme aux standards internationaux et pour qu'il offre une protection multisectorielle et efficace à toutes les femmes et dans toutes les situations de violence. ONU Femmes soutient à travers le monde l'adoption de cadre juridique qui protège les femmes de toute forme de violence. La législation devrait reconnaître que la violence à l'égard des femmes est une forme de discrimination, une manifestation des rapports de pouvoir inégaux qui de tout temps ont existé entre les hommes et les femmes, et une violation des droits fondamentaux des femmes. Elle doit être globale et pluridisciplinaire, ériger en infraction pénale toutes les formes de violence à l'égard des femmes et s'étendre aux questions de prévention, de protection, d'autonomisation des femmes survivantes et leur accès aux services. Bien entendu, l'imposition de peines adéquates aux auteurs et l'existence de recours pour les survivantes doit être menée en parallèle avec des programmes de prévention de la violence.
Un aspect fondamental que nous recommandons dans toute législation qui protège les femmes des violences est qu'elle soit en harmonie avec l'ensemble de la législation du pays. On peut par exemple réviser ou supprimer des dispositions juridiques contenues dans d'autres domaines du droit, comme le droit de la famille, le droit de succession, qui seraient contraires à la législation adoptée, afin d'assurer l'homogénéité du cadre juridique qui défend les droits fondamentaux des femmes et l'égalité entre les sexes, ainsi que l'élimination de la violence à l'égard des femmes.
Bien entendu, une telle législation devra établir un lien organique avec un plan d'action ou une stratégie d'ensemble au niveau national, créer un budget d'application, imposer une formation de tous les agents de l'Etat intéressés.
C'est également important de mettre en place des mécanismes de suivi de l'application de cette législation. Enfin, il est crucial d'avoir une collecte régulière de données statistiques et des travaux de recherche pour affiner la connaissance sue le phénomène et faciliter ainsi les actions à mettre en œuvre.
Vous avez aussi plusieurs accords de partenariat avec des départements du gouvernement au niveau de la promotion de l'approche genre dans les politiques publiques. Quelles sont les outils de cette action? Etes- vous satisfaite des résultats de ce travail?
ONU Femmes travaille depuis des années avec le gouvernement marocain pour promouvoir l'approche genre dans les politiques publiques. Nous accompagnons différents départements ministériels dans leur processus d'intégration de l'équité et de l'égalité de genre dans leurs projets, programmes et pratiques, y compris dans le cadre de la mise en œuvre d'actions relevant du PGE. Le partenariat commence avec une analyse de la situation et l'élaboration d'une stratégie et un plan d'action.
Les actions se concentrent sur la mise en place de structures permanentes de fonctionnaires ayant les connaissances et les compétences nécessaires pour orienter et assurer le suivi et l'évaluation du processus de l'intégration du genre dans les politiques publiques. La collecte de données pour orienter les actions est un aspect important de notre travail avec les départements ministériels, résultant en la production de rapports thématiques et d'études. Comme outils on peut mentionner des manuels et guides pratiques et des activités de renforcement de capacités des fonctionnaires.
Nous sommes très satisfaites du travail qu'on a mené jusqu'ici avec les départements ministériels, car on remarque une forte volonté de leur part pour intégrer l'approche genre. Avec le ministère délégué chargé de l'eau et le ministère délégué chargé de l'environnement, par exemple, nous travaillons sur l'élaboration de stratégies d'institutionnalisation de l'égalité de genre dans le secteur de l'eau, de l'environnement et du développement durable. On accompagne aussi depuis 2002 le Ministère de l'Economie et des Finances dans le processus relatif à la budgétisation sensible au genre. Notre collaboration avec le Ministère de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement Social consiste en donner un appui pour l'intégration de l'équité et de l'égalité de genre dans la mise en œuvre des actions découlant de la stratégie du pôle social. Depuis 2007, notre partenariat avec le Ministère de la Justice cible l'amélioration de l'application des dispositions du code de la famille, notamment à travers des actions en direction des magistrats, mais aussi grâce à l'établissement de guides et outils pour l'amélioration de l'accès des femmes à la Justice. Nous avons également pu enrichir ce partenariat en l'élargissant à la problématique de la traite des personnes.
Avec la Direction Générale des Collectivités Locales (DGCL) du Ministère de l'Intérieur nous travaillons sur l'institutionnalisation du genre au sein de la DGCL, l'appui à l'intégration du genre dans le processus de gouvernance territoriale et le renforcement de la participation politique des femmes au niveau local.
Nos actions en partenariat avec le Ministère de la Fonction publique et de la modernisation de l'administration sont axées sur l'opérationnalisation du Réseau de Concertation Interministérielle(RCI) d'institutionnalisation du genre dans la gestion des ressources humaines dans l'administration publique et le renforcement des capacités de ses membres. Dans ce cadre on a réalisé avec le Ministère des études relatives à la conciliation travail-famille des femmes et des hommes fonctionnaire au Maroc, un autre sur la « Place de la femme fonctionnaire dans les postes de responsabilité dans l'Administration publique » et un guide d'intégration du genre dans le processus de sélection, recrutement, à la nomination et l'évaluation du rendement dans la Fonction Publique a aussi été élaboré.
Notre travail avec le ministère des Affaires Générales et de la Gouvernance a permis de connaître le degré de représentation des femmes dans les organes de gouvernance des 500 plus grandes entreprises publiques et privées du Maroc. Avec le Ministère de la Communication, un cahier de charge du prix de l'égalité dans les médias et l'évaluation du programme stratégique d'IES dans la fonction publique a été élaboré.
La signature de conventions de partenariat avec ces ministères répond aux dispositions de la Constitution, et elle rentre également dans l'application des mesures comprises dans la nouvelle loi organique de Finances.
Vous avez longtemps été une fervente militante des droits des femmes au sein de la société civile marocaine, comment voyez-vous aujourd'hui l'action des associations actives dans ce mouvement ?
Sans les associations, le mouvement féministe au Maroc n'existerait pas. Les associations au Maroc ont joué un rôle fondamental dans l'avancement des droits des femmes et l'égalité de genre. Les réformes qui ont eu lieu n'auraient pas été possibles sans le plaidoyer très fort, fondé sur une véritable expertise et lié à la proximité et réalité du terrain et du vécu des femmes que le mouvement féministe a porté.
Ce mouvement est véritablement une force alternative porteuse d'une vision de société progressiste où les femmes jouissent de tous leurs droits. Il n'est qu'à voir la multitude d'écrits, de mémorandum, analyses, rapports produits que les associations et le mouvement féministe ont développés et qui déclinent le projet de société moderne et égalitaire auquel il ambitionne. Les associations sont le moteur du mouvement féministe.
Comment se présente aujourd'hui votre travail de partenariat avec la société civile marocaine? Comment, à votre avis, peut- on soutenir son rôle dans la promotion de la situation de la femme au Maroc?
ONU Femmes travaille avec plusieurs associations et organisations actives dans la lutte pour l'égalité de genre, car la société civile à un rôle clé pour approcher les groupes de femmes les plus vulnérables afin de promouvoir leurs droits économiques, mais aussi pour plaidoyer auprès des acteurs étatiques en faveur de l'accès de ces femmes à leurs droits.
Sur le plan normatif, nous les appuyons dans leur action de plaidoyer pour l'harmonisation des lois et règlements conformément aux engagements internationaux du Maroc, les OMD et maintenant les Objectifs de développement durable. ONU Femmes développe également des réponses programmatiques pour assurer aux femmes un accès plus large à des réponses multisectorielles de qualité dans les domaines de la sécurité, de l'hébergement, de la santé, de la justice et dans d'autres services essentiels. Enfin, nous encourageons une évolution des modèles comportementaux des hommes et des garçons, et les appuyons dans leurs actions en faveur de l'égalité des sexes et pour les droits des femmes.
Enfin, dans la mesure du possible, nous mettons en place en partenariat avec la société civile des actions qui permettent aux groupes de femmes marginalisées un meilleur accès et contrôle des ressources. Il s'agit essentiellement de projets pilotes, porteurs d'innovation en termes de thématique, de cibles ou d'approches et qui sont appelés à être dupliqués ou généralisés.
Nous savons que l'Onu femme consacre une grande partie de son travail à la femme rurale, à travers le monde, et ce vu la précarité et la discrimination profonde dont souffrent ces femmes. Ici au Maroc, avez-vous des projets ou actions de terrain dans ce domaine ?
ONU Femmes œuvre depuis sa création à appuyer les partenaires nationaux, régionaux et locaux, dans leurs efforts visant la promotion des opportunités économiques pour les femmes dans une perspective de renforcement de leur pouvoir et leur leadership. Nous travaillons depuis de nombreuses années pour améliorer la situation des femmes rurales au Maroc. Actuellement, nous menons deux programmes ciblant ce groupe.
Le Programme Genre et Environnement, mis en œuvre avec l'appui de la coopération Suisse, pour renforcer l'atténuation des risques de catastrophes naturelles et l'utilisation des techniques et innovations au profit des femmes rurales pour une meilleure adaptation au changement climatique.
Les femmes rurales sont en première ligne des changements climatiques : elles gèrent les ressources naturelles et sont particulièrement vulnérables aux incidences des changements climatiques. La sécheresse a des incidences directes sur les femmes en tant que principales productrices d'aliments de consommation courante et consommatrices.
Ce projet a bien mis en relief l'expertise des femmes agricultrices du milieu rural oasien dans les domaines liés aux plantes aromatiques et médicinales et aux espèces animales du milieu local. Ces ensembles de connaissances locales maitrisés par les femmes jouent un rôle décisif dans la conservation, la gestion et l'amélioration des ressources naturelles, mais ne sont malheureusement pas valorisées et n'ont aucun impact dans l'amélioration de leur qualité de vie. Partant de ce constat, un projet de groupement d'Intérêt Economique de PAM a été appuyé dans sa mise en œuvre par l'ONU Femmes pour renforcer l'autonomisation économique des femmes paysannes via l'utilisation de nouvelles techniques de production, de conservation, de valorisation, semences sélectionnées, plantes certifiées , et l'organisation d'un circuit commercial pour les semences locales de PAM et en liaison avec les gites ruraux.
De même, les femmes rurales en tant qu'utilisatrices, conservatrices et gestionnaires de la diversité agrobiologique, détiennent la clé de l'avenir des systèmes agricoles et de la sécurité alimentaire et de subsistance, grâce aux rôles qu'elles jouent dans la sélection des semences, la gestion du petit bétail et la conservation et l'utilisation durable de la diversité végétale et animale. C'est dans ce cadre qu'ONU Femmes a mis en œuvre avec THM un projet d'appui aux femmes semencières pour un développement égalitaire, solidaire et durable. Ce projet a visé à impliquer les femmes rurales de la région d'Elhaouz, Settat et Taounat, dans la production et la valorisation des semences locales, l'amélioration des productions potagères, et la gestion des jardins maraichers et de l'agrobiodiversité. Ce projet a démontré que les femmes rurales possèdent un savoir-faire ancestral inestimable et peuvent être qualifiées de gardiennes de la diversité agricole.
Le Maroc a fait des efforts considérables dans le but d'encourager l'accès des femmes aux postes de pouvoir. A votre avis, quelles sont les raisons qui continuent à empêcher les femmes de prouver leur mérite dans ce sens? Que faut-il faire pour changer vraiment cette situation?
En effet, le Maroc a démontré d'une volonté politique pour encourager l'accès des femmes aux postes de pouvoir. L'Agenda gouvernemental pour l'égalité 2011-2015 comportait neuf axes prioritaires promouvant les droits des femmes dans divers domaines y compris aux postes de décision dans l'administration publique. La nouvelle Constitution consacre les principes d'égalité et de non-discrimination en faveur des femmes. Le principe de la parité est aussi mentionné dans l'article 4 de la loi organique sur les nominations.
Malgré ces efforts, les femmes ont encore du mal à accéder aux postes de responsabilité. Elles continuent de se heurter à des obstacles qui découlent des rôles sociaux fondés sur la division du travail en fonction du sexe, et l'ascension professionnelle des femmes reste entravée par les mentalités traditionnelles et sexistes.
Selon une étude élaborée en 2015 avec l'appui d'ONU Femmes, les obstacles sont divers et nombreux. Un des blocages est le manque de statistiques sur le nombre de candidatures et le nombre de femmes retenues suite aux derniers appels à candidature pour les postes de responsabilité et d'accès aux hautes fonctions. De manière informelle, les enquêteurs ont eu l'information de 53 candidatures féminines sur 478 candidatures présentées pour les postes de hautes fonctions ouvertes en 2014-2015.
Au niveau des procédures de sélection, recrutement, promotion et évaluation du rendement il y a plusieurs obstacles. D'un côté, les procédures sont rédigées au masculin, ce qui diminue l'identification des femmes et l'exigence du critère d'ancienneté dans un poste similaire est discriminatoire vu le faible taux de femmes qui ont un poste de responsabilité dans la fonction publique.
Un des plus grands blocages à l'avancement des femmes et leur accès aux postes de responsabilité est sans doute la difficulté de concilier la vie personnelle et professionnelle. L'absence de crèches au niveau des ministères constitue par exemple un problème, ou la non prise en compte des contraintes féminines quant à la tenue des réunions en dehors des horaires de travail. Du fait des rôles stéréotypés de genre, les tâches ménagères étant toujours du ressort des femmes (je vous réfère à l'enquête du HCP sur l'Emploi du temps des hommes et des femmes), ces dernières ont tendance à privilégier des occupations économiques qui permettent de gérer à la fois le travail extra-domestique et domestique. Enfin, l'absence de mesure de vérification que le respect de l'article 4 de la loi organique 02-12 a été ou non effectué fait en sorte que c'est difficile de faire un suivi et une évaluation de l'accès des femmes aux postes de responsabilité.
Nous constatons encore aujourd'hui des discriminations pour l'accès à l'emploi et dans le lieu du travail dues principalement à la persistance de stéréotypes et perceptions sexistes des rôles des femmes et des hommes dans la société.
Pour améliorer cette situation, plusieurs actions possibles. Pour commencer, adapter l'article 4 de la loi organique en déclinant des mesures pour le rendre effectif serait un bon début. Des mesures de discrimination positives temporaires, comme quotas pour l'accession aux postes de responsabilité, promotion interne, formations diplômantes, recrutements, féminisation des postes et stages à l'étranger seraient d'autres mesures possibles.
Des campagnes de sensibilisation et de communication sur l'institutionnalisation du genre auprès des décideurs et responsables de l'administration publique sont aussi nécessaires pour garantir que les mentalités changent. Il faut également que des membres des commissions paritaires, des jurys et des commissions de promotions internes sur les questions de genre soient des cibles de ces campagnes de sensibilisation. Prendre des mesures institutionnelles pour la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle est également crucial, ainsi que des mesures d'encouragement des femmes pour le développement du leadership et des compétences managériales, comme des formations continues, horaires adaptés, non tenue des réunions en dehors des heures de travail. Plus de transparence et communication interne pour informer des concours, des postes à pourvoir, des formations et stages à l'étranger signifieraient aussi déjà une amélioration.
ONU Femmes appuie plusieurs initiatives qui visent à faciliter l'accès des femmes aux postes de responsabilité. Ainsi, nous avons appuyé l'identification de mesures permettant la conciliation entre vie privée et vie professionnelle des hommes et des femmes fonctionnaires. Nous avons, également, appuyé le Ministère de la Fonction publique pour la conduite d'une étude sur l'accès des femmes aux postes de responsabilité dans l'Administration, et réalisé un état des lieux analytique de la représentation des femmes dans les instances de gouvernance des grandes entreprises publiques et privées, qui a démontré que les femmes ne représentent que 7% des membres des conseils d'administration des 500 plus grandes entreprises publiques et privées du Royaume.
Et nous restons optimistes : les résultats des stratégies et des programmes de lutte contre les discriminations dans différents pays montrent que, lorsque l'Etat et les employeurs se mobilisent et que la loi est bien appliquée, les mesures d'action positive permettent d'améliorer la représentation des groupes/catégories et des femmes victimes de discrimination. Ce type de stratégies et programmes est fondamental pour la lutte contre la pauvreté et le développement économique et social. L'application du principe d'égalité professionnelle vise à rééquilibrer la contribution des femmes et des hommes dans la fonction publique et à éliminer les inégalités et les discriminations existantes.
Au-delà de la polémique, comment voyez-vous le mouvement de réflexion et de discussion suscité dernièrement par l'appel du CNDH à l'égalité en matière de droits de succession?
Les recommandations que le CNDH fait dans son rapport encourage les réformes juridiques pour mettre fin à toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Le rapport a relevé qu'il existe non seulement un décalage entre l'égalité de jure et de facto, mais aussi des barrières à la concrétisation de certains engagements constitutionnels et internationaux. Et pour la question de l'héritage c'est aussi le cas.
Nous félicitons le CNDH pour la qualité de ce rapport sur l'état de l'égalité entre les hommes et les femmes au Maroc. L'approche analytique, axée sur les droits humain, adoptée par ce bilan sur 10 années permet d'aborder l'ensemble des droits consacrés par le dispositif juridique et réglementaire national et international. Il est puissant car il permet une analyse de l'effectivité de droits promulgués au Maroc quant au degré de leur traduction dans les mécanismes institutionnels ainsi que dans l'ensemble des politiques publiques relatives aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels. Enfin, il montre de façon remarquable les impacts sur les femmes les plus vulnérables en termes d'exclusion économique et sociale et de violation de leurs droits.


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