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«Tanger est une ville où on adore les morts!»
Publié dans Albayane le 17 - 03 - 2019

Stéphanie Gaou, femme de lettres, écrivaine et libraire
Stéphanie Gaou est écrivaine. Elle a choisi la ville du Détroit, Tanger, non seulement pour écrire et y vivre, mais aussi investir dans un projet culturel prometteur la librairie & galerie, «Les Insolites».
Née à Cannes, la libraire indépendante, vit à Tanger depuis 2004, a voulu faire de son espace, un lieu vivant, un laboratoire d'expérimentation et un espace de rencontre et d'échange. Pour Stéphanie Gaou, un libraire n'est pas un vendeur de livres. En revanche, un libraire est un grand lecteur. C'est quelqu'un qui passe du temps à lire qui se nourrie des œuvres. «Je pense que le libraire indépendant doit être arrêté de faire de la concurrence à la Fnac, à l'Amazon… et de faire un lieu de qualité qui leur ressemble.
Un vrai libraire indépendant qui marche bien, c'est quelqu'un qui a des choix, qui fait ses sélections, qui connait bien ses clients», a-t-elle confié. La libraire œuvre aussi pour faire monter le travail des jeunes artistes qui ont travaillé sur la ville. «Quand j'ai ouvert «les insolites», c'était d'expérimenter toutes les voix et modes d'expression. L'objectif, c'est de faire connaitre ces jeunes qui ont été écrasés depuis longtemps par les morts» on l'a rencontré dans sa librairie au cœur de Tanger.
Al Bayane : Pourquoi avoir choisi la ville de Tanger pour la création de votre projet?
Stéphanie Gaou : En fait parce que je suis venue à Tanger il y a 19 ans déjà. J'ai bien aimé cette ville ! Ensuite, je suis revenue des années après ; entre temps la ville n'avait pas changé, mais elle avait gardé quelque chose d'assez charmant. A l'époque, j'avais l'idée de partir de France pour m'installer en Afrique.
En effet, ce projet que j'ai depuis très longtemps bien avant Tanger, je l'avais déjà quand j'habitais sur la Côte d'Azur. Un projet n'a pas vu le jour pour des raisons d'argent parce que j'avais les moyens de le faire à l'époque.
Alors, qu'avez-vous trouvé de particulier dans cette ville?
A Tanger, j'ai eu l'impression au moment où on est venu qu'il y avait des possibilités parce que il y avait la Librairie les «Colonnes», la galerie «Delacroix» et d'autres petites galeries de peinture qui étaient qualitatives, mais il n'y avait pas un lieu décalé, dans la marge, une sorte de l'laboratoire.
Un laboratoire. C'est-à-dire?
En fait, il n'y avait pas un travail présenté sur la photographie. Et les lieux privés ne prenaient à l'époque assez de risque. Puis je me suis installée à Tanger. On trouvé notre local qui est très abimé, dans un bon emplacement. J'ai ouvert cette librairie en 2010 à Tanger qui est très attachante. J'avoue, je suis devenue une vraie tangéroise, mais je reste française. Je suis contente que ce projet est arrivé à être prénne dans cette ville parce que beaucoup de choses commencent à Tanger qui parfois ne se termine pas très bien.
Et là, c'est déjà 9 ans qu'on est présent jour pour jour. J'aime dans Tanger l'idée même si quasiment tous les livres qu'on vend ici à part une petite section sont en français, mais j'ai eu l'opportunité de recevoir des clients de toutes les langues. Je trouve ça génial. Cette ville n'attire pas seulement des francophones, mais aussi des anglophones, des hispanophones et des arabophones.
Au-delà de l'activité commerciale, une librairie est de prime abord une ligne éditoriale. Qu'est ce qu'un libraire pour vous ? Est-il un simple vendeur de livres?
Pour moi, un libraire n'est pas un vendeur de livres. En revanche, un libraire est un grand lecteur. C'est quelqu'un qui passe du temps à lire et qui se nourrie des œuvres. C'est une démarche très personnelle ! Dans cette optique, je parle des libraires qui défendent des écrivains et des livres, mais pas forcement tout ce qui va sortir et pas toutes les nouveautés. J'ai une approche très particulière qui n'est pas basée uniquement sur l'activité commerciale parce que quand on je reçois les fournisseurs, je n'achète pas seulement ce qui marche bien. Je ne veux pas avoir des têtes d'affiche qui sont faciles à vendre. En d'autres termes, ce n'est pas une chose qui ne m'intéresse pas, parce que je ne les lis pas.
«Les Insolites»… cela veut dire quoi au juste?
J'ai eu l'idée d'appeler ce lieu «Les Insolites» parce qu'au départ c'était la galerie et la librairie. Il n'avait personne qui faisait ça. En fait, je me prise au jeu du nom c'est à dire au fur et à mesure, je me suis dite que ce lieu doit proposer réellement autre chose : un vrai choix, une vraie sélection c'est à dire que les gens qui viennent aux Insolites s'attendent à découvrir des écrivains qui n'ont jamais entendu parler, mais aussi des rencontres avec les écrivains qui ne sont pas forcement des écrivains connus.
Ma propre récompense, c'est le fait d'inviter des auteurs. C'est un investissement, certes, mais je préfère d'investir dans les rencontres, animer des dédicaces et des conférences que de faire des choses un peu plates. Je pense que le libraire indépendant doit être arrêté de faire de la concurrence à la Fnac, à l'Amazon… et de faire un lieu de qualité qui leur ressemble. Un vrai libraire indépendant qui marche bien, c'est quelqu'un qui a des choix, qui fait ses sélections, qui connait bien ses clients.
Vous êtes parmi les libraires qui suivent l'actualité culturelle marocaine et qui contribuent à l'enrichissement de l'action artistique et culturelle de la ville. Quid de la dynamique culturelle à Tanger?
Il y a encore un intérêt important pour la ville parce que je pense que c'est un lieu où s'est passé des choses qui ne peuvent pas s'arrêter comme ça tout d'un coup. Au niveau de l'écriture, il y a encore des écrivains de Tanger. En français, il y a des écrivains qui sont importants comme Rachida Madani qui est l'auteure contemporaine de la ville, puis il y a Zoubir Ben Bouchta et des gens qui écrivent sur la ville comme Mokhtar Chaoui, Tahar Ben Jelloun et d'autres. Il y a encore de l'intérêt pour la ville et puis il y a des étrangers qui viennent chercher quelque chose à Tanger. Maintenant, cette ville a d'autres visées, car on veut en faire un deuxième Casablanca du Maroc.
Cette nouvelle a-t-elle un impact sur les nouvelles expressions artistiques et littéraires?
Il y a deux Tanger en fait : le Tanger des affaires, de l'entreprise, du business qui ne vat pas avec le Tanger des poètes, des artistes. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a au niveau de l'art pas mal de jeunes du nord du Maroc qui reprennent la ville comme un sujet de création. Il y a ceux qui sont restés et bien d'autres qui sont partis. Quant à moi, c'est ça qui m'intéressais quand j'ai ouvert «les insolites», c'était d'expérimenter toutes ces voix et modes d'expressions. L'objectif, c'est de faire connaitre ces jeunes qui ont été écrasés depuis longtemps par les morts… on parle toujours de ces mêmes figures, mais on ne parle pas de ceux qui sont en vie.
C'est une ville où on adore les morts. Moi quand j'ai ouvert cette librairie, je n'avais pas une fascination pour les morts. C'est pour ça que j'ai exposée beaucoup de jeunes à l'époque où il n'y avait aucun lieu pour monter leur travail. J'ai exposé Hicham Gardaf, Said Afifi… quand on voit dans de grandes manifestions artistiques au Maroc et à l'étranger. Je pense que ce lieu a fait son rôle de tremplin. Ça permet aussi de faire venir un public jeune curieux qui regarde aussi les livres. J'ai toujours voulu faire de ce lieu, un lieu vivant.


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