Publication : Nasser Bouchiba esquisse 60 ans d'Histoire des Relations entre le Maroc et la Chine    Twitter propose aux utilisateurs de donner des "pourboires" à leurs comptes favoris    LDC : Tuchel a-t-il pris un ascendant psychologique sur Guardiola ?    Sadiq Khan réélu maire de Londres    Marrakech: destruction de 2,2 tonnes de produits impropres à la consommation    Météo: le temps prévu ce dimanche 9 mai au Maroc    CAN Féminine, Maroc 2022 : Participation record aux éliminatoires    3ème édition du programme TOYP: la JCI honore les jeunes talents    Hakim Ziyech : "C'était un bon moment pour moi de marquer"    Vente illégale de médicaments: le chef du parquet a envoyé une circulaire aux procureurs    Affaire Brahim Ghali : «l'Espagne maintient sa posture», selon Arachan Gonzalez Araya    Manchester-Chelsea (1-2) : City puni par les Blues grâce à Ziyech, Alonso et à... Aguero !    Association Internationale de la Presse Sportive : Session hispanophone de la photographie    L'insécurité alimentaire aiguë a atteint son niveau le plus élevé en cinq ans (GNAFC)    Deux Marocains remportent les troisième et cinquième places du prix Katara pour la récitation du saint Coran    Des manifestants tchadiens brûlent le drapeau français, France 24 filme mais no comment    Baccalauréat 2021 : le MEN publie un guide des candidats    Allemagne: le Bayern remporte son 9è titre consécutif    Maroc-Espagne : un manifeste signé par 9 partis politiques    Le wydad reçoit des vœux pour son 84e anniversaire (PHOTOS)    Al Hoceima: une opération d'immigration illégale avortée, un individu interpellé    L'accueil du dénommé Brahim Ghali en Espagne, un acte «inacceptable» et «condamnable» (Partis politiques marocains)    Covid-19/Maroc : Sept décès et 314 nouvelles contaminations ces dernières 24 heures    Aïd El-Fitr: Marrakech sous haute surveillance    Commémoration du 8 mai 1945 : la France met à l'honneur un goumier marocain âgé de 103 ans    Covid-19 / Maroc : La situation épidémiologique au 8 mai 2021 à 16H00    Al Akhawayn pilote un projet de transformation des huiles de friture en biodiesel carburant    Médias: le long calvaire des journalistes    Enseignement supérieur: Amzazi s'attaque au cumul d'activités des enseignants-chercheurs    Le rappeur marocain Issam dévoile son premier album "Crystal"    La Chine lance une campagne contre la fraude et la cyberviolence    Coworking : le suisse IWG ouvre un nouvel espace de travail à Casablanca    AstraZeneca: la France recense deux nouveaux cas de thromboses, dont un décès    Marocains bloqués à l'étranger : la DGAC annonce les conditions d'accès au territoire national    Marocains bloqués à l'étranger : voici les conditions exigées pour les vols de rapatriement    La Bourse de Casablanca en nette hausse du 3 au 7 mai    Le régime algérien réclame toujours la «repentance» de la France pour la période coloniale    Le Maroc et le Koweït déterminés à donner une forte impulsion à leurs relations bilatérales (ministre Koweïtien)    Programme foot: les matchs à suivre ce week-end    Météo Maroc: le temps prévu ce samedi 8 mai    Le FEC ouvre une ligne de crédit de 2,2 MMDH pour la région Fès-Meknès    Le projet Andam pour que reste la parole    Mounia Lamkimel : "J'aime les personnages complexes et je n'aime pas que l'on me colle une étiquette"    Cinéma : Un réseau d'acteurs pour la promotion des droits de l'Homme voit le jour    "Tlata Del Ferhate", le bonheur est le plus grand des trésors ! Dimanche à 23h00    L'icône de la chanson amazighe moderne !    Bilan cinématographique de 2020 : 13 longs-métrages et 83 courts-métrages produits    Nouvelle édition du Festival international de Meknès du cinéma des jeunes    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





La reconnaissance de la marocanité du Sahara: un tournant qui promet
Publié dans Albayane le 17 - 01 - 2021

La reconnaissance par l'administration américaine de la marocanité du Sahara et la décision de l'Etat marocain de reprendre les relations avec l'Etat d'Israël, interrompues au début de ce millénaire, ont fait couler beaucoup d'encre. Globalement, les réactions ont oscillé entre l'approbation et la réprobation.
Ceux qui ont approuvé font valoir l'importance que revêt la reconnaissance de la marocanité du Sahara par un pays aussi important que les Etats Unis qui, non seulement, est la première puissance mondiale, mais aussi et surtout membre du conseil de sécurité. Ceux qui ont désapprouvé, voient dans la normalisation des relations du Maroc avec Israël, une déviation de la ligne de conduite qui a toujours été celle du Maroc depuis qu'il a rompu ses relations avec l'Etat d'Israël.
Cette controverse est improductive et ne fait que nourrir les malentendus, entretenir les hostilités et générer du ressentiment. Son caractère récurrent (Camp David, Oslo, etc.) s'explique par l'absence du débat démocratique. Ce n'est pas par hasard si le monde arabe se démarque par son despotisme oriental, son absolutisme et son autoritarisme. Il a tourné le dos à la Raison et s'est détourné de la modernité. De fait, malgré ses atouts qui le prédisposent à jouer dans la cour des grands et à agir en tant que faiseur de l'histoire, il sombre dans une inquiétante léthargie.
Que traduit cette controverse si ce n'est l'incapacité de ce monde arabe à transcender le catégoriel. D'ailleurs, il est condamné à subir l'humiliation et à supporter les caprices de ses soi-disant protecteurs, tant qu'il ne repense pas son rapport au temps et n'arrive pas à se remettre en question. La Palestine de 1948 n'est plus la Palestine de 2021. Que d'échecs ! Le boycott d'Israël, comme la normalisation initiée très tôt par la Turquie et suivie par l'Egypte et la Jordanie, n'ont pas empêché cet Etat spoliateur à faire valoir «la légitime défense» pour poursuivre sa politique expansionniste et justifier ses actes barbares et sa politique d'apartheid. Ce qui importe pour lui est de mettre à contribution le temps pour faire avaler aux palestiniens des couleuvres. Sans le renversement, ou du moins, un rééquilibrage des rapports de force, Gaza restera une prison à ciel ouvert et la Cisjordanie disparaitra sous le poids des colonies.
Il va sans dire que ce renversement restera un vœu pieux tant que les régimes arabes conçoivent l'adversaire horizontalement et s'opposent, ainsi, mutuellement. A dire vrai, cette manière de concevoir l'horizontalité a fait de ces régimes une nouvelle version de «Moulouk tawaif».
Force est de constater que cette conception de l'horizontalité fragilise le monde arabe et l'empêche d'évoluer vers une intégration régionale. Le dossier du Sahara est un exemple édifiant de la manière dont l'horizontalité est perçue. Au lieu de constituer une force, en favorisant l'édification du grand Maghreb, elle est source de divergence et de tentions.
Le conflit du Sahara a trop duré. Toutes les tentatives du Maroc pour ramener le régime algérien à de meilleurs sentiments se sont heurtées à l'intransigeance de ce dernier (l'appel à l'ouverture des frontières, la main tendue, l'autonomie pour les provinces du sud). En s'accrochant au référendum, que l'ONU a abandonné, le régime algérien cherche à éterniser le conflit et fait preuve de son incapacité à renouveler son logiciel pour se mettre au diapason avec le monde d'aujourd'hui.
Faut-il rappeler que le conflit du Sahara est le produit d'une époque révolue où le monde arabe était divisé en deux blocs opposés : les panarabistes, constitués de régimes militaires qui se sont alliés au bloc de l'Est, et les « islamistes », constitués, essentiellement, de régimes monarchiques d'obédience occidentale. Le panarabisme, comme l'islamisme, sont deux «idéologies locales» conçues pour se prémunir contre l'universalisme.
Les régimes militaires qui se voulaient progressistes et à coloration soi-disant socialiste, se sont constitués en front de refus non pour faire triompher la cause palestinienne, mais pour s'en servir en vue de consacrer leur autoritarisme voire leur despotisme, légitimer leur animosité vis-à-vis des régimes dits islamiques qui leur faisaient de la résistance ou qui leur disputaient le leadership et justifier, en conséquence, leur hégémonisme et les manœuvres qu'ils entreprenaient pour les déstabiliser.
Le régime militaire égyptien a mené une guerre au Yémen et s'est allié au régime militaire algérien lors de la guerre des sables. Ce dernier s'est associé au régime de Kadhafi, pour récupérer le POLISARIO et en faire un « caillou dans les souliers du Maroc ». Le régime de Saddam s'est lancé dans une guerre par procuration, contre les Ayatollahs qui venaient juste de destituer le Chah, considéré comme gendarme de l'impérialisme. Al Assad a mobilisé ses troupes pour mettre le Liban sous protectorat syrienne.
Ces agissements qui se sont révélé un gouffre financier, ont eu des effets désastreux sur les peuples de ces pays, en particulier, et sur la région en général. L'Irak a été détruit, la Syrie a été mise à genoux, la Libye fait l'objet d'une guerre fratricide et le Soudan a été amputé de son sud et s'est trouvé au banc des nations. Seuls les régimes militaires égyptien et algérien ont pu survivre. Le premier parce qu'il est entré dans les rangs très tôt, en signant les accords de Camp David, et en s'alignant sur les positions anti-démocratiques des monarchies du Golfe suite au printemps arabe. Le régime militaire algérien semble bénéficier d'une certaine bienveillance après avoir interrompu le processus démocratique et écarté, en conséquence, l'épouvantail islamiste que craignait l'Europe en particulier. Néanmoins, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis la fin de la décennie noire.
Ainsi, le Hirak qui a été contraint au confinement suite à la COVID19, a été un avertissement à la junte militaire pour qu'elle se retire dans ses casernes avec les honneurs. D'ailleurs, le taux d'abstention lors du référendum sur la nouvelle constitution, ne lui a laissé qu'une seule et unique légitimité, à savoir la légitimité des armes. Or, la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara, est à même de remettre en cause cette légitimité en réduisant davantage sa marge de manœuvre pour se maintenir au pouvoir.
Les régimes autoritaires et despotiques sont inéluctablement voués à l'échec. La quasi-totalité des régimes militaires arabes ont disparu. En Afrique, la légitimité par les armes est bannie. Les régimes des généraux en Grèce, en Turquie et en Espagne ne sont plus que de mauvais souvenirs. Le régime algérien doit tirer les leçons de l'histoire et se retirer avec les honneurs en rétrocédant le pouvoir aux civils. Il devrait suivre l'exemple des militaires portugais (la révolution des œillets) et sud-coréens, et méditer le comportement de l'armée tunisienne lors du printemps arabe.
Avec la reconnaissance par les USA, de la marocanité du Sahara, qui est en fait une opération de recadrage, le double discours ne serait plus de mise. L'Algérie des généraux ne peut plus se cacher derrière un principe aussi noble que le droit des peuples à disposer d'eux –mêmes qu'elle veut, par ailleurs, sélectif. Elle l'exige pour le Sahara marocain, mais refuse de l'accorder à la Kabylie qui n'a cessé de réclamer son droit à l'autodétermination. Les puissances, notamment celles qui ont un passé colonial dans la région qui auraient dû témoigner et rétablir le Maroc dans ses droits, devraient sortir du bois.
Cette reconnaissance profite, objectivement, à l'ensemble des pays du Maghreb et par ricochet à la cause palestinienne. Elle peut contribuer à l'accélération du règlement du conflit du Sahara ; règlement qui est de nature à ouvrir de nouvelles perspectives pour reprendre la construction du Grand Maghreb ; prélude à un rééquilibrage des rapports de force dans la région de l'Afrique du Nord et du Moyen Orient.
La position américaine interpelle le régime militaire algérien pour reconsidérer son objectif d'encercler le Maroc et le couper du reste de l'Afrique, son prolongement naturel et profondeur stratégique. Elle l'incite, implicitement, à s'engager dans une solution négociée qui préserve l'avenir.
En fait, les deux Etats voisins sont condamnés à s'entendre. Ils finiront par se mettre autour d'une table de négociation tôt ou tard, en vue de dissiper les équivoques et les malentendus et régler ainsi, tous les litiges et les problèmes qui les opposent. Le Maroc s'est déclaré disposé à aller dans ce sens (discours royal ;2018) en tendant la main que le régime militaire algérien ne s'est pas empressé à prendre. Ce dernier doit donc, assumer les conséquences de son obstination et reconnaitre sa responsabilité pleine et entière de l'état où se trouve actuellement la région. Le Maroc n'a fait jouer la carte des Etats-Unis et d'Israël qu'après avoir épuisé tous les recours dont il disposait pour régler le conflit du Sahara. Reste à se demander si la position des Etats-Unis va amener le régime militaire algérien à changer son fusil d'épaule.
Il est peu probable que ce régime aille contre sa nature et accepte de faire son mea -culpa. Il serait plus enclin à une fuite en avant dans une tentative désespérée pour se faire une nouvelle légitimité. Cependant, là où croît le péril croît ce qui sauve. C'est pourquoi, il faut garder l'espoir tant que l'imprévisible relève du possible.
Rabat le 4/1/2021
*Président du centre d'Etudes et de Recherches Aziz Belal (CERAB)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.