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Des vestiges, et des centres sous perfusion
Publié dans Albayane le 25 - 02 - 2021


Par Abdellatif EL JAAFARI (MAP)
Dans les différents recoins de la capitale économique, les vestiges de célèbres salles de cinéma, ayant cessé d'exister, sont encore fortement présents, rappelant ainsi une importante tranche de la mémoire de la ville dans sa dimension artistique et sociale, qui fait partie d'une belle époque révolue.
En effet, les restes de ces salles, qui sont fermées depuis plusieurs années et qui ont diverti des générations de passionnés du septième art, ne sont là que pour accentuer le spleen des nostalgiques, qui verront d'un bon œil les tentatives de certains cinéphiles de les faire renaitre d'une manière ou d'une autre.
Il s'agit en fait d'un problème qui dépasse l'aspect local, puisque cette question concerne la plupart des villes où existent des salles de cinéma fermées et devenues des espaces abandonnés ou transformées en centres commerciaux notamment. Jadis investies de cinéphiles qui venaient admirer des chefs d'œuvre de toutes les nationalités, ces salles subissent, aujourd'hui, les transgressions à la fois de la nature et de l'homme.
Les regards des Casablancais croisent encore les vestiges de certaines salles de cinéma fermées, comme «Saada» et «Farah» à Hay Mohammadi, «Al-Massira» dans le quartier Adil, «Royal», «Mauritania» et «Zahra» à Derb Sultan, «Sahara» à Ain Chock et «Al-Baida» à l'avenue Mohammed VI.
Dans une déclaration à la MAP, l'écrivain et chercheur universitaire Azzedine Bounit a estimé que la poursuite de la fermeture et l'abandon de ces espaces constituent une perte à la fois symbolique et concrète, soulignant qu'il est difficile de comprendre comment on pourrait dilapider la valeur symbolique que constituent ces monuments et l'histoire qu'ils renferment et qui fait partie de la mémoire collective de la ville.
Pour redonner vie à ces espaces, le phénomène des salles de cinéma abandonnées doit être traité en que composante de la crise urbanistique et pas seulement une question qui concerne le secteur des exploitants des salles de cinéma, a-t-il dit.
Il a proposé, dans ce sens, la mise en œuvre d'un programme intégré impliquant les villes, les secteurs gouvernementaux concernés et les exploitants pour trouver les moyens de financement des projets de mise à niveau de ces établissements, qui doivent être perçus non seulement comme de simples espaces pour la projection de films, mais surtout en tant que lieux d'animation culturelle, de communication et de sociabilité.
Le marasme provoqué par l'épidémie du nouveau coronavirus a exacerbé la crise qui affecte les exploitants du peu de cinémas toujours opérationnels, ce qui a poussé la Chambre marocaine des salles de cinéma (CMSC) à tirer à nouveau la sonnette d'alarme sur la situation du secteur.
Cette situation, qui a fait l'objet de plusieurs correspondances avec le ministère de tutelle en vue d'œuvrer pour sortir de la crise qui affecte les professionnels du secteur, constitue une menace existentielle pour les salles encore ouvertes et qui pourraient venir allonger la liste des cinémas fermés.
La CMSC a fait état, récemment, d'une chute des revenus estimée à 85% de chiffre d'affaires annuel pour les exploitants et distributeurs de cinéma entre 2019 et 2020.
«Etant au quotidien en lien direct avec nos employés, nous pouvons témoigner de la très forte précarité dans laquelle ils sont plongés actuellement. Même les allocations familiales et la couverture médicale leur ont été suspendues pendant cette pandémie, les condamnant à une triple peine», a souligné la même source.
D'après un décompte officiel datant de fin 2018, seulement 27 salles étaient encore ouvertes au Maroc. Ces salles «sont au bord de la faillite et se dirigent vers la fermeture», avait alors averti la CMSC, qui déplorait déjà la fermeture définitive de 250 autres.


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