Entretien avec les grands doubleurs, Philipe Peythieu et Véronique Augereau Propos recueillis par Mohamed Nait Youssef Un temps fort. Le FICAM a rendu un vibrant hommage Philipe Peythieu et son épouse Véronique Augereau ; deux figures de proue de l'art du doublage en particulier et du cinéma d'animation, en général. Ces deux monstres sacrés ont mis en avant cet art à part entière en marquant des générations de cinéphiles et de férus du cinéma. En effet, Philipe Peythieu et Véronique Augereau ont prêté leurs voix à plusieurs personnages connus mondialement, entre autres, Homer et Marge de la famille Les Simpson. Al Bayane a rencontré les deux grands doubleurs dans le cadre de la 20ème édition du FICAM. Entretien. Al Bayane : Vous êtes les invités d'honneur de cette édition anniversaire du FICAM. Que représente cet hommage pour vous ? Véronique Augereau : Nous sommes invités à cette 20ème édition du FICAM qui était pour nous une surprise, mais incroyable. On s'est vus remettre cet hommage, et on a senti un enthousiasme chez le public marocain pour la version française des Simpson qu'on n'imaginait pas ; comme quoi la culture dépasse les frontières. En fait, on était étonné de ce côté chaleureux et de cette émotion qui a ponctué ce moment là. Philipe Peythieu : vraiment, on ne s'attendait pas un tel impact des Simpson au Maroc, parce que nous avions beaucoup de retour en France. Mais on ne pensait pas que le FICAM allait nous rendre un hommage par rapport aux Simpson qui ont été diffusés sur la chaîne 2M. C'est juste incroyable ! Vos débuts, surtout Véronique Augereau, ont été sur les planches. Comment êtes-vous venus alors à l'art du doublage ? Véronique Augereau : On vient du théâtre, on interprétait des rôles différents. Personnellement, j'ai fait mes débuts dans une troupe de théâtre. Puis, cela m'a amené à faire de la radio et de la publicité. La radio a eu un impact sur vos choix de comédienne et d'artiste? Véronique Augereau : En fait, j'ai eu une émission de radio. C'est à ce moment là que je me suis lancée dans le doublage... Par la suite, je suis rentrée discrètement et je me suis installée dans une école du doublage. Au début, j'observais, j'écoutais, je regardais pendant des semaines, des mois... Après une petite chance et de petits rôles, j'ai commencé à faire des essais pour Marge Simpson. Je croyais que les gens qui ont pensé à moi lors de ce casting pensaient que je pourrais moduler ma voix pour représenter cette voix rauque qu'a jouée l'américaine, Julie Kavner. A votre avis, prêter sa voix à un personnage n'est-il pas une chose assez difficile ? Comment choisissez-vous vos personnages ? Philipe Peythieu : Le travail du doublage est un véritable exercice de comédien. Car, il faut être comédien, il faut savoir ressentir des émotions et les retransmettre. Malgré le côté technique qui peut paraître un peu compliqué ; il y a à vrai dire, une gymnastique à prendre. Mais, je pense aussi que c'est un travail de modestie. Par ailleurs, un doubleur doit être un peu caméléon du fait de s'adapter aux personnages à doubler, à interpréter. C'est très important pour pouvoir renter dans la peau d'un personnage qui n'est pas soi. Que faites-vous alors pour mieux comprendre et incarner un personnage ? Philipe Peythieu : Moi, à la limite, si j'avais une scène à jouer originalement, je la jouerais en tant que comédien. Il faut se mettre au service en tant que comédien, et il faut le transcrire le plus défilement possible de ce qui est joué dans la version originelle. C'est aussi un exercice de traduction, où il faut respecter l'œuvre originelle. Tout y est dans la voix. En effet, le personnage que vous avez doublés dans les Simpson a une voix rauque et difficile. Comment avez-vous travaillé sur ce personnage ? Avez-vous rencontré des difficultés au début? Véronique Augereau : quand j'ai passé les essais, on m'a passé des petites scènes avec la voix de Julie Kavner. Alors, j'ai repéré qu'elle avait cette voix de gorge éraillée. Donc, j'ai proposé lors du casting quelque chose d'improbable. Je vous l'avoue, mais, à priori, je suis allée la chercher dans ma gorge. Et, par la suite, la seule question qu'on m'a posée, est celle de savoir si je pouvais garder cette voix dans la durée, dans la continuité, parce qu'il faut tenir pendant plusieurs épisodes. Avez-vous facilement gagné ce pari ? Véronique Augereau : c'était la seule question qui les intéressait avec cet essai qui pourrait être relativement probant. Puis, on a eu des résultats quelques semaines après. Par la suite, on a commencé à enregistrer. Et là, il a fallu retrouver cette voix. Honnêtement, j'ai perdu ma voix deux fois les premières saisons parce que j'ai trop forcé sur les cordes vocales. Donc j'ai reporté les enregistrements. Revenons un peu sur la question de la traduction : est-il assez facile de rester fidèle à la langue originelle ? Comment travaillez-vous vos textes ? Une voix peut-elle apporter quelque chose au personnage dans une autre langue? Philipe Peythieu :L'adaptation est très importante, notamment avec travail qui se fait en amont parce qu'il arrive en phase finale en imposant la voix sur une adaptation. Puis, il y a le mixage. Autrement dit, l'adaptation est très essentielle parce qu'il faut travailler sur le jeu de mots adaptés dans une autre langue tel que le français, en l'occurrence. Donc, il faut toujours trouver la bonne formulation. En général, l'adaptateur propose des choses et puis on en discute ensemble sur le plateau pour essayer d'être le plus performant possible par rapport à ce qui est dit dans l'œuvre originelle afin de le transférer dans une autre culture. Il faut le dire, c'est très compliqué parce qu'il y a des références typiquement américaines qu'il faut transférer afin de trouver des équivalents en français. Or, on peut s'en éloigner un peu de la version originelle. Mais il faut toujours rester dans l'esprit de la série et de l'œuvre. Véronique Augereau : C'est une chance inouïe de travailler avec le même directeur artistique qui nous guide sur le plateau depuis 33 ans. Et maintenant, il adapte des textes. C'est pour cela d'ailleurs que ce travail est devenu très convivial pour nous, parce que sur le plateau, on peut discuter d'un mot et d'être plus subtile. Le FICAM consacre une partie importante de sa programmation au forum dédié au marché du cinéma d'animation au Maroc. En tant que deux spécialistes de l'art du doublage, quels sont vos conseils aux jeunes créateurs et professionnels de cette filière connaissant un véritable essor dans le monde ? Véronique Augereau : je pense qu'il y a une effervescence et un enthousiasme qu'il faut améliorer. Je pense que l'avenir peut être là pour les comédiens et créateurs parce que ce n'est pas du karaoké. Pour ce faire, il faut prendre des cours du cinéma, théâtre, chant... il faut apprendre à oser faire des choses. Philipe Peythieu : La formation des acteurs est très importante. Or, le doublage permet de faire connaitre une œuvre, de la faire approprier. Il faut développer le doublage au Maroc pour permettre à la culture de s'élargir. C'est une chose importante !