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Y a-t-il vraiment un lien entre pilule et cancer du sein?
Publié dans Albayane le 26 - 09 - 2010

Cet été, dans une étude portant sur plus de 50.000 femmes afro-américaines, l'épidémiologiste Lynn Rosenberg (Université de Boston)
trouvait que le risque de développer une forme particulièrement agressive de cancer du sein augmentait de 65% chez celles qui avaient pris la pilule contraceptive. Le risque doublait même chez celles ayant utilisé le contraceptif au cours des cinq dernières années, et qui l'avaient pris en tout pendant plus de dix ans.
Cette mauvaise nouvelle ne cadre pas très bien avec la vague médiatique qui s'est récemment déchaînée autour du 50e anniversaire de la pilule. Une chroniqueuse de Newsweek s'est ainsi extasiée sur le fait que la pilule «avait fait plus de bien à plus de gens que n'importe qu'elle autre invention du XXe siècle». Dans un article de une, le magazine Time vantait la pilule comme étant «le moyen par lequel les femmes ont dénoué leurs tabliers, pris leurs ambitions en main et sont entrées triomphantes dans une nouvelle ère.» (C'est vrai. Merci la pilule!) Un article commémoratif sur MSN.com avait même affirmé catégoriquement en début d'année que «prendre la pilule n'a aucune incidence sur le risque de développer un cancer du sein.»
La pilule protège du cancer de l'ovaire
Les résultats de Rosenberg remettent en question une telle affirmation. Si elle a voulu étudier des femmes noires, c'est parce que ces femmes ont été jusqu'ici sous-représentées dans les recherches sur le cancer, alors même qu'elles souffrent plus que les autres du cancer du sein dit «triple négatif». Cette forme relativement rare de cancer du sein, dans lequel l'absence de certains gènes fait que les tumeurs ne répondent pas aux traitements standards tels le tamoxifène, est celle où la mortalité est la plus élevée et la plus rapide. Dans l'étude de Rosenberg, le lien avec la pilule concernait ces cancers-là. D'autres études multi-raciales confirment ses résultats liant pilule et cancer du sein, y compris des recherches faites en Nouvelle Angleterre; en Caroline du Sud; à Long-Island, dans l'Etat de New-York; et en Scandinavie.
Parallèlement, d'autres études majeures, y compris celle publiée en 2002 dans le New England Journal of Medicine (Revue de médecine de Nouvelle Angleterre) ne voient pas d'augmentation du risque de développer un cancer du sein chez les utilisatrices de pilule. Pour compliquer encore plus l'équation médicale, il est d'ores et déjà prouvé que la pilule possède certains bénéfices, en particulier en ce qu'elle protège des cancers de l'ovaire et de l'endomètre.
65% contre 2000%
Une étude récente portant sur 46.000 femmes de plus de 40 ans et publiée par le Royal College of General Practitioners (Faculté royale des médecins généralistes) montrait que, malgré une petite augmentation du risque de cancer du sein chez les femmes de moins de 45 ans prenant la pilule, les utilisatrices du contraceptif oral vivaient globalement plus longtemps que les autres femmes. Mais ce qui n'est pas si surprenant que cela, vu que les femmes prenant la pilule ont tendance à être en meilleure santé que les autres (déjà parce qu'elles doivent régulièrement rendre visite à leur médecin pour renouveler leurs ordonnances.)
Qu'en est-il donc du lien avec le cancer du sein? S'il existe, pourquoi les études ne sont-elles pas cohérentes? Déjà parce que, comme l'explique Rosenberg, la corrélation détectée dans ses recherches est relativement faible. Comparez son augmentation de 65% avec celle de 2000% concernant le cancer du poumon chez les fumeurs. De telles proportions sont d'ailleurs difficiles à révéler puisque, même lorsque les chercheurs travaillent sur de larges cohortes, seule une toute petite partie de ces personnes étudiées développera un cancer. (Le lien entre cigarettes et cancers a ainsi exigé des décennies de persévérance épidémiologique pour être dénoncé.) Et si la pilule est majoritairement responsable du type de cancer du sein dit «triple négatif», un tel effet peut passer inaperçu dans des études portant sur le cancer du sein dans sa globalité.
Réfléchir à un autre moyen de contraception
Pour de nombreuses femmes à travers le monde, les bénéfices de la pilule surpassent ses risques. Mais cela n'excuse en rien les médias et les médecins qui les sous-estiment. Peut-être se cachent-ils derrières des statistiques concurrentes, mais il est bien plus probable qu'un bon vieux paternalisme des familles soit à l'œuvre derrière une telle attitude. «Du point de vue du médecin, la pilule est une chose tellement facile», déclare Irwin Goldstein, directeur du département de médecine sexuelle à l'hôpital Alvarado, à San Diego, et contempteur déclaré de la pilule. «Vous la prescrivez à une étudiante de première année et vous n'avez plus à vous soucier qu'elle tombe enceinte. Elle est bonne pour la société, alors tant pis pour ses effets secondaires.»
En particulier pour les femmes jeunes, la pilule n'a «jamais été aussi sûre, mais comporte encore certains effets secondaires», déclare Rosenberg. En général elle conseille aux femmes, qu'importe leur âge, et qui sont sous pilule depuis plus de dix ans de réfléchir à un autre moyen de contraception. Quant à Goldstein, il préfère voir ses patientes prendre des contraceptifs sans hormones, ou des dispositifs intra-utérins microdosés comme le stérilet Mirena qui envoie ses hormones synthétiques dans une zone de leur corps réduite et circonscrite.
Une pilule sans cancer
La notion de confort est différente pour chaque femme. A l'heure actuelle, de nombreuses femmes décident que la pilule ne leur convient pas, pour une raison ou pour une autre. Globalement, la moitié des femmes prenant la pilule l'arrêtent au cours de la première année, selon John Townsend, vice-président chargé de la santé reproductive au sein du Population Council. Une organisation qui milite activement pour l'arrivée sur le marché de nouveaux contraceptifs. Et il est franchement temps. «Les femmes préfèrent des alternatives plus sûres, avec moins d'effets secondaires», déclare Townsend. Une nouvelle formule (d'un anneau vaginal) devrait remplacer son œstrogène synthétique par de l'œstradiol, un œstrogène naturel qui, selon Townsend, réduit le risque de caillots sanguins. Une future pilule est aussi à l'étude et dont le principe actif est l'ulipristal acétate, une substance déjà présente dans la nouvelle pilule du lendemain ellaOne. Contrairement à la pilule contraceptive standard, sa progestérone synthétique semble ne pas se lier aux récepteurs du sein ou générer une croissance cellulaire.
La voilà, peut-être, la pilule sans cancer. Mais, encore une fois, elle pourrait avoir d'autres problèmes. Et si cela se passe comme pour la pilule, il faudra un bon bout de temps avant de le savoir avec certitude.
Florence Williams


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