La Stratégie nationale de lutte contre la violence à l'égard des femmes a eu, certes, un impact favorable à plusieurs nivaux. Toutefois, des limites importantes sont enregistrées en matière de financement gouvernemental, pour la mise en place de l'arsenal juridique et de coordination de ce projet. L'association marocaine des droits des femmes a organisé, avec l'appui de l'UNIFEM, une table ronde autour des résultats de l'étude d'évaluation de la stratégie nationale de la lutte contre la violence à l'égard des femmes et de son plan d'action opérationnel. D'emblée, Najat Errazi, présidente de l'association a souligné l'importance de cette étude qui permettra d'une part une analyse approfondie de la portée de cette stratégie et en même temps d'en connaître les limites et les lacunes. Cette étude d'évaluation révèle d'abord l'impact favorable de la stratégie nationale de lutte contre la violence à l'égard des femmes, notamment en matière de destruction graduelle de ce tabou. Cette stratégie concrétise l'engagement du gouvernement à ce sujet, traduit par la création de cellules ou unités d'accueil des femmes battues. Parmi les avancées importantes enregistrées, il est noté également l'annonce officielle de l'élaboration d'une loi relative à la violence faite au genre, le lancement d'une enquête nationale sur la prévalence par le Haut commissariat du Plan, ainsi que l'annonce de la levée des réserves sur la Convention internationale de lutte contre toutes les formes de discrimination (CEDAW). Néanmoins, l'étude a mis le doigt sur plusieurs limites en matière de mise en application de la stratégie. La première est relative au référentiel qui n'est pas inscrit au haut niveau de l'influence de la décision politique. De même, la question de la violence à l'égard de la femme est encore tributaire des aléas politiques qui constituent une menace à l'ancrage de l'égalité des sexes surtout par une mouvance islamiste qui n'adhère pas réellement à ce principe. Le second indicateur qui entrave l'efficacité de la SNLVF concerne le financement gouvernemental toujours en deçà des actions entreprises. La mise en exécution de la plupart des projets a été financée par des bailleurs de fonds, c'est-à-dire à travers des budgets-projets alloués par des organismes internationaux. Ce qui pose le problème de la pérennité de la stratégie. La stratégie souffre d'une absence d'institutionnalisation réelle des mesures concrètes opérationnelles et d'une démarche de coordination de l'action gouvernemental en la matière à toutes les échelles mis à part les deux circulaires portant sur la violence à l'égard du genre diffusées par le ministère de la Justice et celui de la Santé relatif aux cellules d'accueil et un troisième du Comité de pilotage qui a vu le jour dans le cadre du plan opérationnel de SNLVF. A souligner également que ce comité lui-même s'est avéré le maillon faible de la stratégie puisqu'il n'est pas opérationnel. La non mise en place de l'arsenal juridique adéquat constitue une limite réelle à l'aboutissement de la stratégie nationale, soulève Naima Chikhaoui, sociologue qui a chapeauté le l'étude. « Le projet de loi portant sur la violence à l'égard des femmes fait l'objet d'un processus long et fluctuant », souligne-t-elle. Cette loi dont l'élaboration a été annoncée depuis 2006 tarde encore à venir. La levée non effective des réserves sur la CEDAW constitue aussi l'un des obstacles importants à la mise en application réelle de toute politique de lutte contre la violence. Depuis l'annonce par SM le roi de la levée des réserves sur la convention internationale, aucun mécanisme gouvernemental n'a été annoncé. Si les compagnes sur la violence des femmes effectuées au niveau national a permis de sensibiliser visiblement le public à la question (94,05% personnes ont affirmé avoir pris connaissance du sujet à travers des compagnes), toutefois, l'absence de coordination entre les différentes actions et d'approches transversales n' a pas permis à ce processus d'aboutir efficacement. Le rapport fait état que les 16 cellules d'accueil, qui devaient être mises en place, n'ont pas encore vu le jour ainsi que le cadre juridique les instituant n'a pas été établi. L'ensemble des indicateurs font montre de l'absence d'une politique claire traduisible par une politique publique et un financement alloué à la question, soulève l'étude. Naima Chikhaoui attire, par ailleurs, l'attention sur la multitude de rapports et d'études d'évaluation et dont les recommandations restent lettre morte. Pour un conseil consultatif national de l'égalité de genre Suite à une analyse des résultats, l'étude d'évaluation de la stratégie a mis en place plusieurs recommandations qui constitueront le fondement d'une politique publique en matière de la violence à l'égard du genre. de prime abord, l'institutionnalisation de l'égalité des sexes dans la constitution constitue l'ébauche à la concrétisation du processus de l'égalité. L'étude de l'AMDF appelle à la création d'un Conseil consultatif national de l'égalité de genre et d'un ministère pour l'égalité de genre avec un budget considérable destiné à la question du genre ainsi que la mise en place des politiques publiques de genre. La question du genre, souligne le rapport, requiert la création d'une banque de données pour permettre un suivi et évaluation efficients des politiques publiques en matière de l'égalité des sexes. Le processus de régionalisation doit, en outre, introduire l'approche genre, comme un élément fondamental à tout futur projet.