Des cheveux humains qui mesurent l'humidité de l'air aux satellites de dernière génération pilotés par intelligence artificielle, un siècle sépare ces deux réalités de la météorologie marocaine. Réunis à Fès pour la Journée mondiale de la météorologie, chercheurs et praticiens ont dressé le portrait d'une science en pleine mutation, rattrapée par l'urgence climatique. L'hiver 2025-2026 a rappelé au Maroc que les phénomènes climatiques extrêmes ne relèvent plus de l'exception. Inondations, vagues de chaleur précoces, précipitations hors normes, autant d'événements qui posent une question concrète aux décideurs, aux scientifiques et aux citoyens : le pays dispose-t-il des outils nécessaires pour anticiper ces risques et protéger sa population ? C'est précisément dans ce contexte que chercheurs, météorologues et responsables institutionnels se sont réunis mardi, à la Faculté des lettres et des sciences humaines Dhar El Mahraz de Fès, à l'occasion de la Journée mondiale de la météorologie. Organisée autour du thème «Observer le climat pour protéger nos communautés aujourd'hui et demain», la rencontre a réuni la Direction régionale de la météorologie du Nord-Est, le laboratoire «Territoire, patrimoine et histoire» et l'Association marocaine de climatologie. 433 stations et huit radars : une infrastructure nationale profondément renouvelée Le Maroc a engagé depuis plusieurs années une transformation en profondeur de son dispositif d'observation météorologique. Le pays dispose aujourd'hui de 433 stations automatiques opérationnelles, réparties sur l'ensemble du territoire, de Tanger à Lagouira. À ce réseau au sol s'ajoutent huit radars météorologiques, dont celui de l'aéroport de Fès qui couvre l'intégralité de la région Fès-Meknès, ainsi que cinq stations de radiosondage dédiées à l'analyse de la haute atmosphère. Un système de détection de la foudre, composé de huit capteurs et six radars côtiers, complète ce dispositif. L'ensemble de ces équipements fonctionne en continu, 24/24h, sans nécessiter d'intervention humaine directe pour la collecte des données brutes. Au-delà des équipements, le Maroc a également mis en place un Réseau national du climat, une plateforme mutualisée qui agrège les données des stations de la météorologie nationale avec celles des Agences des bassins hydrauliques, du ministère de l'Agriculture et du ministère de l'Intérieur. Selon Amine Chennoufi, directeur régional de la Météorologie du Nord-Est, 90% des données collectées sont aujourd'hui intégrées dans des modèles numériques. Par ailleurs, l'introduction de l'intelligence artificielle au sein de ces modèles ouvre la voie à des prévisions à l'échelle d'une commune, voire à une résolution spatiale encore plus fine. Alertes précoces pour tous d'ici 2027 : l'observation au service de la protection des populations La modernisation de l'infrastructure nationale s'inscrit dans un objectif concret et mesurable. L'Organisation météorologique mondiale a lancé le programme «Early warnings for all», dont l'échéance est fixée à 2027. Celui-ci a pour ambition de garantir à chaque citoyen, où qu'il se trouve, un accès aux alertes météorologiques en temps utile. Le Maroc s'aligne sur cet objectif en renforçant la chaîne qui relie la collecte des données brutes à leur transformation en prévisions opérationnelles, puis en alertes diffusées aux autorités et au public. Le contexte climatique récent renforce l'urgence de cette démarche. Les épisodes météorologiques intenses enregistrés au cours de l'hiver 2025-2026 ont mis en évidence la nécessité de disposer de systèmes d'anticipation robustes et de mécanismes de coordination entre les différents acteurs institutionnels. Mohamed Hanchane, président de l'Association marocaine de climatologie, a rappelé lors de son intervention que chaque donnée d'observation collectée contribue directement à affiner les prévisions et à consolider les systèmes d'alerte précoce, notamment dans des secteurs aussi sensibles que l'agriculture, la gestion de l'eau ou la sécurité des populations. La recherche climatique s'organise à Fès-Meknès En parallèle de la modernisation opérationnelle, le volet académique s'organise autour de formations et de projets de recherche ciblés sur la région. La FLSH Dhar El Mahraz dispense depuis deux ans le Master «Changement climatique, eau et territoire», qui forme des experts de la variabilité climatique à l'échelle nationale et régionale. Les travaux menés au sein du laboratoire «Territoire, patrimoine et histoire» s'appuient sur des données issues de stations météorologiques, de réanalyses climatiques et d'observations satellitaires, auxquelles s'ajoutent désormais des outils de modélisation fondés sur l'intelligence artificielle. Concernant les chantiers en cours, le projet interdisciplinaire Ibn Khaldoun, consacré au changement climatique, à la justice environnementale et au développement territorial, arrive à son terme après avoir produit plusieurs publications dans des revues indexées, avec une focale sur la région Fès-Meknès. Quant au projet international PRIMA, mené en partenariat avec la Direction régionale de la météorologie, il vise à identifier des solutions fondées sur la nature pour préserver les ressources en eau du Moyen Atlas. Mohamed Moubtassim, doyen de la FLSH Dhar El Mahraz, a souligné que la mission de l'université consiste à former les compétences de demain, à produire du savoir et à contribuer à la réflexion collective sur les enjeux climatiques, et ce, en étroite collaboration avec les institutions opérationnelles telles que la Direction régionale de la météorologie du Nord-Est. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO