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Un dossier épineux
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 12 - 05 - 2004

Abdelkader Terfai, secrétaire général du Syndicat de la Santé affilié à l'UNTM, estime que pour pallier le manque d'infirmiers, le ministère doit adopter une véritable politique de formation, de recrutement et d'affectations.
ALM : Que pensez-vous de la situation des infirmiers au Maroc?
Abdelkader Terfai : Je peux vous dire tout de suite que le dossier des infirmiers marocains est très épineux. Au Maroc, nous avons un manque affreux en personnel infirmier. On tourne aujourd'hui avec un peu plus de 25.000 infirmiers, toutes spécialités confondues.
Sur ce chiffre, entre 13 % et 15 % travaillent à des tâches purement administratives.
Pour illustrer ce manque flagrant d'infirmiers, il suffit de rappeler que des centaines d'établissements hospitaliers, au Maroc, sont carrément fermés à cause du manque d'infirmiers. C'est le cas de l'hôpital de Tinghir, toujours fermé et où, je tiens à le souligner, un chirurgien est affecté depuis plus d'un an. Des exemples comme celui-là, il y'en a plusieurs et pas uniquement dans le milieu rural. A Casablanca, en plein Hay Hassani, un grand hôpital de 250 lits est toujours fermé, par manque d'infirmiers. Tous ces hôpitaux, dont je vous parle, sont construits et totalement équipés.
Ce manque en infirmiers, est-il dû au niveau des rémunérations?
Pas du tout. On a tout simplement bloqué l'accès à ce secteur aux jeunes Marocains. Les écoles de formation ont fermé leurs portes pendant plusieurs années. Elles ont été réouvertes par la suite. Un concours a été organisé, il y a quelques années, pour le recrutement de 300 infirmiers qui devaient être spécialement affectés dans les établissements en milieu rural ; jusqu'à présent, les résultats n'ont pas été publiés. La raison est que l'ancien ministre de la Santé, Thami El Khyari, aurait tout simplement annulé le concours.
Avez-vous soulevé ce problème avec les responsables du ministère de la Santé?
Bien évidemment. La gestion des ressources humaines au sein de ce ministère est l'une de nos principales revendications. Mais force est de constater que le ministère de la Santé, n'a mis en place aucune stratégie ni politique pour résoudre ce problème.
A chaque fois que nous rencontrons le ministre de la Santé, nous lui proposons de sous-traiter la gestion du personnel.
Toutes les tâches administratives concernant les employés du ministère doivent être effectuées par une société privée. Il n'y a pas de honte à cela. Le ministère s'est avéré incapable de le faire. Figurez-vous qu'après vingt ans de mutation vers Témara, un infirmier est toujours considéré par le ministère comme travaillant à Fès. Nous nageons dans un océan d'anarchie administrative depuis des années et, jusqu'à présent, l'actuelle équipe ne semble pas prendre au sérieux ce dossier. Ce manque de visibilité se répercute négativement sur la qualité des soins.
Quel type d'effets cela a-t-il sur la qualité des soins?
Sachez que le travail effectué par 20 infirmiers est aujourd'hui assuré par quatre seulement. Les infirmiers fournissent un effort colossal, mais ils sont débordés. Des accidents surviennent facilement. Par ailleurs, la prime de risque accordé aux infirmiers, une misère, en moyenne 300 DH par mois, n'est pas comptabilisée dans la retraite. Et ce en complet désaccord avec les dispositions légales.


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