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Souvenirs de "Al-Tahrir" (55)
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 12 - 10 - 2004

Mohammed Abed al-Jabri, l'un des philosophes fondateurs de la pensée arabe moderne, s'intéresse dans ses «Positions : témoignages et mises en lumière» à l'histoire contemporaine du Maroc. Il nous la présente avec cette acuité et cette pertinence qui ont fait sa renommée de penseur perspicace.
La France ayant en effet décidé cette dévaluation en fonction des seules données de sa propre économie, le Maroc n'avait absolument aucun profit à attendre d'une décision qui n'était pas dictée par ses intérêts nationaux.
En libérant la monnaie nationale de cet alignement, le gouvernement venait d'accomplir un premier pas vers la libération de l'économie de notre pays : un pas qui n'aura point été sans susciter de vives réactions parmi les milieux colonialistes et autres groupes d'intérêts, en France comme au Maroc.
Les forces locales de réaction, qui trouvèrent là une belle occasion de s'en prendre au gouvernement et de critiquer sa politique économique, alignèrent alors tous les appareils et les moyens dont dispose l'Etat -et dont la propriété revient pourtant au peuple- dans leur bataille contre ce gouvernement. Mais indifférent aux attaques des colonialistes comme à celles de la réaction locale, sûr d'avoir choisi la seule voie pouvant mener à la libération de l'économie nationale, le gouvernement persista dans la mise en application de ses décisions, se lançant dès lors dans la mise en place des moyens et conditions que nécessitaient la séparation d'avec l'économie française et l'édification d'une économie nationale ne répondant qu'aux exigences du peuple et de l'Etat marocains.
Conscient de ce que la libération de l'économie nationale exigeait la mise en place préalable de structures sur lesquelles cette économie devait reposer pour être à l'abri de toute pression étrangère, le gouvernement s'est attelé à la réalisation de ces structures. Tel est le cas, par exemple, de la fondation de Bank al-Maghrib, institution venue supplanter l'ancienne Banque Makhzénienne, dirigée par le gouvernement français et alignée sur les décisions et intérêts des institutions bancaires et financières françaises. Voyant là un grand pas que le Maroc venait d'accomplir, et une preuve de ce que le gouvernement marocain était résolu à aller de l'avant sur la voie de la libération économique, les colonialistes lui déclarèrent une guerre ouverte, dans laquelle ni les pressions financières, ni les campagnes de presse -orchestrées de l'intérieur même du pays, par les suppôts du colonialisme- ne furent épargnées.
On se souviendra longtemps des campagnes menées par la presse de la réaction à l'intérieur du pays contre le gouvernement lors de la fondation de Bank al-Maghrib. Mais fort de la confiance royale et du soutien populaire, le gouvernement n'a eu cure de ces attaques. Quand les Français décrétèrent le gel des opérations financières marocaines, le gouvernement réagit avec force et fermeté, gelant à son tour tout transfert de fonds depuis le Maroc vers la France.
Dans le même élan, le gouvernement créa la Banque nationale pour le Développement économique, la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, ainsi que la Caisse de Gestion et de Dépôt. Il promulgua également de nembreuses lois, dont celle organisant l'action des entreprises, et celle encadrant les transactions foncières avec les étrangers.
• Par Mohammed Abed al-Jabri


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