Le Maroc a intensifié ses efforts de lobbying à Washington, atteignant 3,49 millions de dollars en 2025, dans le but notamment de consolider la reconnaissance américaine de sa souveraineté sur le Sahara occidental. Rabat conserve un avantage budgétaire et politique au Congrès, tandis que les relais du Polisario apparaissent plus limités, selon plusieurs indicateurs. DR ‹ › Selon les données du centre indépendant OpenSecrets, référence aux Etats-Unis sur le suivi des flux financiers en politique, le Maroc dépasse l'Algérie en matière de dépenses de lobbying. Selon cette source, Rabat a sensiblement renforcé les moyens alloués à cette activité, atteignant 3,49 millions de dollars en 2025, contre 3,37 M$ en 2024 et plus de 1,7 M$ en 2023. Malgré cette progression, ce niveau reste nettement inférieur au pic enregistré en 2021, qui s'élevait à plus de 14 M$. Cette forte mobilisation en 2021 s'inscrivait dans le contexte du départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, après sa défaite face à Joe Biden. Rabat cherchait alors à consolider la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, annoncée le 10 décembre 2020. Une stratégie d'influence réorganisée depuis 2021 Dans cette optique, le royaume a procédé à une réorganisation de son dispositif d'influence, mettant fin à son contrat avec JPC Strategies, dirigé par un proche du sénateur républicain Ted Cruz. Par la suite, le Maroc a diversifié ses relais en s'attachant les services de quatre cabinets de lobbying : Yorktown Solutions, Brownstein Hyatt, Holly Strategies et Akin Gump. En 2022, les engagements financiers du royaume dans ce domaine avaient atteint près de 5,86 millions de dollars. Parallèlement, l'administration de Joe Biden n'est pas revenue sur la décision prise sous Donald Trump, malgré les pressions répétées du sénateur James Inhofe, décédé le 9 juillet 2024. Cette dynamique contraste avec celle observée du côté algérien, où l'effort de lobbying apparaît plus limité. Face au Maroc, une stratégie algérienne plus modeste Si Rabat s'inscrit dans une stratégie d'influence structurée depuis plusieurs années, les données disponibles suggèrent une mobilisation plus récente et d'ampleur plus limitée du côté algérien. En 2025, le gouvernement algérien y a consacré 660 000 dollars, un niveau en hausse par rapport aux 240 000 $ enregistrés en 2024. En revanche, aucune dépense publique n'avait été officiellement déclarée en 2023. En septembre 2024, l'Algérie, par l'intermédiaire de son ambassade à Washington, a conclu un contrat avec le cabinet BGR Group, réputé pour ses liens avec le Parti républicain et certains cercles proches d'Israël. Cet accord, visant à promouvoir les intérêts algériens auprès des décideurs américains, a été prolongé jusqu'au 9 septembre 2026. Depuis le retrait de la vie politique en 2023 de James Inhofe, figure historiquement engagée sur ce dossier, aucun relais d'influence comparable n'apparaît clairement au Congrès en faveur du Polisario. À l'inverse, sur le plan législatif, des parlementaires américains ont déposé deux propositions de loi au Congrès en cours de discussion, visant à classer le Polisario comme organisation terroriste, au même titre que le Hezbollah ou les Gardiens de la révolution iranienne. Sur le plan institutionnel, le "Congressional Morocco Caucus", groupe bipartisan actif au Congrès, structure aujourd'hui une partie du soutien parlementaire à Rabat. Cette instance est co-présidée par le représentant démocrate Brad Schneider et le républicain Joe Wilson. En revanche, le Polisario ne dispose plus, à ce stade, d'un groupe de soutien actif d'ampleur comparable au "Western Sahara Caucus", aujourd'hui inactif. Rabat bénéficie également à Washington de l'appui du "Congressional Abraham Accords Caucus", qui réunit 55 parlementaires des deux grands partis américains. Pour rappel, le lobbying aux Etats-Unis est une activité légale, protégée par le premier amendement de la Constitution, permettant aux groupes d'intérêt d'influencer les décideurs politiques. Les données des budgets de lobbying ne reflètent pas l'ensemble des canaux d'influence, notamment informels.