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Emploi : Chômage : des critères tiers-mondistes
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 20 - 09 - 2006

Le chômage, défini comme l'inactivité subie d'une personne souhaitant travailler, reste un concept flou qui donne lieu à divers controverses, et les différentes définitions impliquent que les mesures du chômage varient d'une statistique à l'autre selon les pays, les méthodes ou les organismes comptabiliseurs.
D'après la dernière note d'information communiquée par le HCP (Haut Commissariat au Plan), la population au chômage a, entre les deuxièmes trimestres de l'année 2005 et 2006, baissé d'environ de 360.000 personnes, passant de 1,23 million de chômeurs à 879.000, le taux de chômage s'étant établi à 7,7% contre 11,1% il y a une année. Mais comment est-on arrivé à ce fabuleux résultat en l'espace de quelques petites années, sachant qu'il y a, à peine, 3 années le taux de chômage "officiel" s'établissait à plus de 12,5% en milieu urbain et à plus de 18,5% en milieu rural ? Même ces deux taux étaient peu crédibles. Il est vrai que l'action lancée par le Roi Mohammed VI dès son accession au Trône a révolutionné le monde économique et social du pays, elle a suscité l'enthousiasme des nationaux et l'admiration de l'étranger. Des opérateurs économiques français, espagnols et anglais ont investi le nord du pays, considéré depuis très longtemps comme le Maroc non utile. De très grands chantiers se sont installés à côté de chaque grande ville pour y construire une nouvelle ville.
Tous ces projets, nés de cette révolution, ne peuvent pas apporter leurs fruits alors qu'ils sont encore au premier stade de leur réalisation, il faudra attendre plusieurs années avant de récolter les fruits de ces projets et pour que chaque Marocain, sans emploi, puisse trouver du travail.
Mais alors, à quoi est dû ce passage subi du taux de chômage de 12,5 et de 18,5% à 7,7% ? Et pourquoi cette baisse, pourtant phénoménale, n'a pas suscité la réaction de nos politiciens, même pas celle de la population au chômage, alors qu'ailleurs, les politiciens montent de grade dans les sondages dès que le chômage recule d'un petit point. Est-ce parce que personne n'a pris au sérieux cette baisse peu ordinaire ?
Le HCP, par le jeu des critères qu'il a adoptés, a considérablement réduit le nombre de la population au chômage, qu'il fixe à 879.000, ce qui revient à dire que chaque fois que le taux baisse d'un seul point, cela se traduit par la création de 115.000 emplois, c'est magique.
D'après le HCP, cette baisse du chômage est due au secteur agricole qui a connu, au cours de l'année 2005/2006, une campagne exceptionnelle, elle serait due également aux emplois créés par le B.T.P et aux actions de promotion de l'emploi.
Cette explication, à elle seule, n'est pas suffisante et il faudra donc chercher ailleurs. Bien que le HCP n'en parle pas, la vraie explication se situe au niveau des critères adoptés par ses responsables, critères qui ont donné lieu à ce fabuleux chiffre de 7,7%, qui, hélas, ne reflètent pas la réalité de notre chômage.
Avant d'aborder ces critères adoptés par notre HCP, voyons d'abord comment le chômage est défini par le B.I.T et comment on comptabilise en France la population active et la population au chômage .
Selon la définition du B.I.T, est chômeur toute personne qui remplit les critères suivants:
• Etre sans travail ;
• Etre disponible pour travailler et accepter toute opportunité d'emploi;
• Rechercher un emploi.
Le taux du chômage est le résultat du rapport : Population au chômage/ Population active
En France, la notion du chômage est strictement liée au salariat, puisque la population active, âgée de 15 à 60 ans, est constituée majoritairement de salariés car, même les dirigeants de sociétés se déclarent salariés de leurs propres sociétés.
Les critères utilisés sont conformes à ceux adoptés par le B.I.T. Ainsi sont comptabilisés, comme faisant partie de la population au chômage, les travailleurs occupant un emploi précaire, temporaire ou saisonnier, les femmes volontairement inactives et les travailleurs en " noir " occupant des emplois dans l'économie informelle, ainsi que les travailleurs exerçant une activité inférieure à 78 heures par mois. Toutes les personnes au chômage, demandeurs d'emploi, sont obligatoirement inscrites sur le registre de l'ANPE (Agence nationale pour la promotion de l'emploi).
Aucun employeur ne peut engager un salarié en dehors de l'ANPE ou sans que celle-ci n'en soit informée officiellement.
Aucun employeur ne doit "oublier " de déclarer le salarié qu'il engage, d'abord à l'ANPE, puis à l'URSSAF et à l'Inspection du travail de sa circonscription et surtout à la Sécurité sociale. Une déclaration unique est réservée à cet effet. Le non respect de cette obligation peut coûter très cher à l'employeur, il peut aller jusqu'à la condamnation à une peine corporelle pour travail clandestin. L'URSSAF en France est un organisme redoutable et intraitable à ce sujet. La même procédure pour l'embauche est imposée au moment du licenciement ou de la cessation des relations de travail.
Aucun salarié ne peut prétendre à l'indemnité de chômage (Assedic) si sa situation n'est pas en règle avec l'ANPE après son licenciement.
La liste de la population au chômage, inscrite à l'ANPE, est identique à celle que détient la Sécurité sociale.
Ainsi, la population au chômage et le taux du chômage sont connus à tout moment et en temps réel, il suffit de consulter l'ordinateur de l'ANPE pour le savoir avec le maximum d'informations sur chaque demandeur d'emploi. Au Maroc, d'après la dernière note publiée par le HCP, le nombre de nos chômeurs s'élève à 879.000 pour une population active de 11.200.000. Or, d'après le recensement général, la population en âge de travailler, c'est-à-dire âgée de 15 à 60 ans, s'élève à 19 millions, on se demande, alors, où sont passés les 7,8 millions?
Par ailleurs, de l'aveu du HCP, le chiffre de 11.200.000 constituant la population active, c'est-à-dire ayant une activité rémunérée, comprend les catégories suivantes :
1- La population opérant dans l'économie informelle, composée de 760.000 unités disposant d'un local et de 400.000 unités itinérantes, utilisant 2 millions de travailleurs illégaux en "noir", soit au total 3,2 millions. S'il est vrai que l'économie informelle génère des actifs importants qui représenteraient, d'après les observateurs, près de 50% de l'activité économique du Maroc, il n'en reste pas moins vrai que ces actifs se font hors du circuit économique légal, ils ne sont pas déclarés, leurs salariés travaillent dans la stricte illégalité.
2- Les travailleurs dans l'agriculture qui sont occupés saisonnièrement (2 à 3 mois par an)
3- Les travailleurs dans l'industrie qui sont occupés temporairement, le temps d'une campagne d'exportation qui dure quelques semaines par an.
4- Les travailleurs non rémunérés dont le nombre est, d'après le HCP, particulièrement considérable.
Dans ces conditions, comment peut-on considérer comme non chômeurs les personnes disposant d'un petit revenu que représente le salaire d'un travail précaire, temporaire ou saisonnier, c'est-à-dire le revenu de quelques semaines de travail par an?
En suivant ce raisonnement, même les mendiants ne doivent pas être considérés comme chômeurs, puisque leur revenu serait de l'ordre de 50 dh par jour, si on se réfère à la somme de 170.000 dh trouvée, il y a quelques semaines, dans le sac d'une mendiante ayant exercé son "métier" pendant une dizaine d'années. Par ailleurs, il faut savoir que la comptabilité de la population active et la population au chômage relève du seul ressort du ministère de l'Emploi, qui est le mieux placé pour nous communiquer le taux du chômage, car c'est lui qui dispose des outils légaux prévus par la loi pour le faire. Voici comment :
1- Tous les chômeurs demandeurs d'emploi doivent obligatoirement être inscrits sur le registre de l'ANAPEC, qui a pour rôle l'intermédiation dans le marché de l'emploi. En vertu du dahir du 5 juin 2000 et de son décret d'application du 4 juillet 2000, aucun placement ne doit se faire en dehors de l'ANAPEC ou sans qu'il en soit informé.
2- En vertu de l'article 511 du Code du travail, tout employeur est tenu d'informer l'Inspection du travail de sa circonscription de tout embauchage ou licenciement auquel il procède, et ce dans un délai de 8 jours.
3 – En vertu du 27 juillet 1972, tout employeur est tenu de déclarer son salarié à la CNSS.
Tout cela reste théorique dans la mesure où peu d'employeurs respectent ces obligations. Y a-t-il une meilleure preuve que celle apportée par la CNSS selon laquelle seuls 1.740.000 salariés sont affiliés à son organisme, alors que la population des salariés est de 8 à 9 millions ?
De toute façon, les trois organismes sont les seuls habilités à nous fournir des statistiques concernant le marché de l'emploi. Mais en attendant que ces organismes fonctionnent normalement, ce qui n'est pas pour demain, devrions-nous faire confiance aux chiffres publiés par le HCP ?


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