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Corruption : Le grand bond en avant
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 20 - 10 - 2006

De 67 cas déférés devant les tribunaux en 2000, les affaires de corruption sont passées à 3.948 en 2005. Ces chiffres, annoncés mercredi par le ministre de la Justice Mohamed Bouzoubaâ, révèlent l'échec du pays à surmonter ce fléau ravageur.
«Le Maroc n'a pas encore atteint la totalité des objectifs escomptés dans la lutte contre la corruption», a reconnu le ministre de la Justice Mohamed Bouzoubaâ, mercredi dernier au Parlement lors d'une séance des questions orales au gouvernement. Reconnaissance officielle d'une exacerbation flagrante et très préoccupante du fléau. Mais voilà à quoi a servi alors le fameux «Plan de lutte contre la corruption» annoncé en avril 2005 ? Pour Transparency Maroc, ce plan est resté «lettre morte».
Constatant qu'il n'a pas été suivi d'effet, le secrétaire général adjoint de Transparency Maroc, Abdellatif N'Gadi, nous a affirmé «avoir peur que les choses ne traînent davantage à la veille des élections de 2007», avant de rappeler que «depuis 1992, on continue de tourner en rond. Même la loi sur la déclaration des biens adoptée cette année n'a pas été appliquée». Il met également en garde contre la dégradation de la situation.
Selon le ministre de la Justice, Mohamed Bouzoubaâ, celle-ci n'appelle pas de commentaires particuliers. Il n'en demeure pas moins que «les affaires de corruption déférées devant les tribunaux au Maroc ont augmenté de manière notable en cinq ans passant de 67 cas en 2000 à 3.948 en 2005». Il y a lieu de souligner qu'il s'agit bel et bien de cas déférés devant la justice, ce qui revient à faire abstraction des cas non déclarés, mais qui sont tout aussi importants. Face à cette situation, surgit la question : Pourquoi la corruption a-t-elle atteint des proportions si alarmantes dans notre pays ? Du côté du ministère de la Justice, on parle, encore et toujours, de volonté de «renforcer le rôle du parquet» pour garantir «la mise en application du plan gouvernemental de lutte contre la corruption». Or, note M. N'Gadi, «l'impunité est restée monnaie courante». «Les retards considérables accusés dans l'instruction des grands dossiers de corruption donnent le sentiment que leurs auteurs vont rester impunis, ce qui constitue une motivation et un encouragement pour la petite corruption», a-t-il averti. Cet état de fait est susceptible d'écorner l'image du Royaume à l'étranger, sachant bien que notre pays est signataire de la Convention des Nations Unies de lutte contre ce fléau. D'après le dernier classement établi par cette Organisation, le Maroc se positionnerait à la 78ème place, se trouvant bien à la traîne des pays arabes et de plusieurs pays d'Afrique.
Selon ce classement, le Bahreïn serait le pays arabe le plus « clean » en se situant à la 34ème position, suivi de près par la Jordanie (37ème), le Qatar (38ème) et la Tunisie (39ème). Un dernier sondage de Transparency International a donné au Maroc une note de 3,2 sur 10, soit la même que le Bénin, l'Egypte et le Mali : un «palmarès» peu enviable …


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