Bassiste connu de la scène marocaine, Khalil Bensouda se sert de son instrument musical pour effacer les frontières entre les styles et laisser place à l'expérimentation. Ayant appris en autodidacte à maîtriser la basse, il travaille à transmettre cet apprentissage et à enrichir son expression artistique, notamment dans le cadre de sa formation Urban Folklore. Khalil Bensouda ‹ › Né à Montpellier et ayant grandi à Rabat, Khalil Bensouda s'est passionné pour la musique depuis son adolescence. Vers ses 14-15 ans, il a jeté son dévolu sur Guns'N'Roses et Led Zeppelin, ou encore les Pink Floyd et Deep Purple. Au Lycée Moulay Youssef de la capitale, il s'est joint à une formation de ses amis en tant que bassiste. «Tout a commencé par un joyeux accident !», nous a confié le musicien, qui affirme avoir eu le déclic à partir de ce baptême du feu. Ni les études scientifiques, ni un parcours universitaire jusqu'à un master en marketing n'auront donc éloigné Khalil de la scène. Parallèlement à son cursus, il a multiplié les collaborations avec les artistes locaux, ce qui lui a permis de développer sa maîtrise de la basse et de la prestation sur scène. «J'ai toujours voulu faire de la musique, mais avec à peine deux ans dans cet univers, on n'a pas assez de perspectives et on veut assurer ses arrières. Je n'avais pas non plus de modèles succès, la basse étant un instrument récent par rapport aux autres plus largement pratiqués», déclare-t-il à Yabiladi. Pour autant, le musicien a travaillé à développer son registre et s'est ouvert à des genres divers, sur la scène locale. D'une rencontre musicale à l'autre, il est appelé par des artistes différents à la recherche d'un bassiste, dont Soukaina Fahsi, Small X, Tchubi, Hindi Zahra ou encore Majid Bekkas. «Devoir m'adapter à plusieurs styles m'a permis cette ouverture à toutes les expressions, ce qui m'a donné de la polyvalence et a nourri ma curiosité», nous confie le musicien. «Lorsqu'on joue du rock, du jazz ou du metal, on a l'impression que c'est le meilleur modèle d'expression musicale. Une fois que cette idée préconçue est déconstruite, on commence à considérer toutes les formes de musique comme légitimes. On s'intéresse alors à divers genres. C'est un processus qui s'est fait naturellement et qui m'a aidé à mûrir.» Khalil Bensouda Une démarche de recherche musicale Grâce à sa polyvalence, le bassiste a pu se produire notamment avec les artistes Othman Elkheloufi et Nabyla Maan, entre autres chanteurs issus de divers processus d'apprentissage musical, classique ou en autodidacte. Autant d'expériences qui lui ont donné une aisance et une capacité à jouer aussi bien par l'écoute qu'à partir des partitions. «En collaborant avec Nabyla Maan, j'ai en effet été amené à me tenir à la partition, pour la toute première fois. C'était pour moi une initiation à la notation musicale», nous déclare-t-il. De fil en aiguille, Khalil Bensouda se démarque par son propre style, qui n'est pas rattaché à un registre en particulier, mais plus à une approche personnelle qu'il décline dans les projets artistiques auxquels il est associé. Sur scène, il se produit aussi avec plusieurs formations, notamment Meteor Airlines. Au-delà de la performance de la basse, le musicien s'est inscrit dans une démarche de recherche musicale, qui se construit autour de l'harmonie et de la complémentarité entre les divers instruments, afin de créer une composition où l'ensemble se distingue par un équilibre esthétique et artistique singulier. C'est cet esprit qui s'incarne au mieux dans Urban Folklore, le projet que Khalil Bensouda porte depuis 2019 avec un ensemble d'autres musiciens ayant une vision expérimentale commune. Après plusieurs années de travail, le groupe revendique désormais son registre de jazz ethnique. Depuis quelques mois, il a sorti son premier EP, «Skip Code». Enregistré au Studio Hiba, le plus grand studio au Maroc, cet opus musical est mixé par l'un des plus grands ingénieurs son de jazz moderne et de musiques du monde, Klaus Scheuermann. Il se caractérise par une combinaison subtile entre les sonorités du monde, du Maroc à l'Amérique latine, en passant par l'Afrique centrale et de l'Ouest, ou encore l'Asie et l'Europe. «C'est la nature même du projet, qui reflète une vision et une idée que nous partageons ensemble, membres du groupe. Nous apprécions le jazz pour la richesse harmonique et pour l'improvisation qu'il permet, mais cette approche s'inspire aussi du rock et des sonorités du monde que l'on n'identifie qu'à travers un contexte culturel, car il n'existe qu'une seule musique, mais qui peut avoir plusieurs accents.» Khalil Bensouda «Notre création musicale se fait dans cet esprit-là, car nous sommes nous-mêmes issus d'une diversité culturelle qui ne connaît par de frontières. J'ai grandi avec la radion, la télévision et Internet. Bien avant de voyager, j'ai donc eu accès à diverses cultures et musiques. En cherchant à m'exprimer artistiquement, ce sont toutes ces influences-là que j'ai fait sortir, sans avoir à me confiner à un style, ni à le reproduire fidèlement. Autrement, cela n'aurait pas donné une création musicale naturelle qui coule de source», nous dit le bassiste. Urban Folklore, la formation ethno-jazz marocaine qui explore les rythmes du monde Une combinaison née d'influences sans frontières Dans cette dynamique, Khalil Bensouda et ses compères se sont essayés aux standards du jazz, aux influences arabes, indiennes et africaines, tout en accueillant de nouveaux membres au sein du groupe. Avec l'intégration de Mourad Belouadi, Urban Folklore a affirmé davantage son ADN. «C'est un artiste qui a la particularité de jouer plusieurs instruments variés et exotiques, ce qui nous a tout de suite élargi le terrain de jeu. À chaque fois, il manie un instrument à sa manière et non pas au sens classique du terme», explique le bassiste. Dans ce processus créatif, le groupe a enregistré «huit à neuf morceaux», initialement en préparation d'un premier album. «Nous avons fini par en retenir quatre pour notre EP, qui est auto-produit. Beaucoup de gens ont travaillé avec nous et nous avons voulu présenter ce premier travail, avant de commencer à diffuser d'autres morceaux», souligne encore Khalil Bensouda, qui se félicite des retours et de l'engouement du public marocain. «Jusque-là, nous avons fait à peu près tous les festivals où notre style de musique peut avoir une place et à chaque fois, nous avons été devant un public conquis. On n'aurait pas imaginé d'emblée que ce registre aurait autant de fans au Maroc», souligne Khalil, qui dit apprécier cette «connexion» avec l'auditoire. «Nous sommes conscients que toutes les oreilles ne seraient pas prêtes à écouter de l'instrumental, mais c'est une expérience intéressante en elle-même, car elle propose une découverte», dit-il. Lorsqu'il n'est ni au studio, ni sur les scènes de concerts, Khalil Bensouda inscrit ce processus dans le partage et la transmission. Riche de son bagage musical éclectique, combinant parcours en autodidacte et professionnalisation, il maîtrise les codes de l'initiation. «Je donne des cours particuliers de basse, mais surtout des ateliers d'improvisation musicale. J'ai passé beaucoup de temps à chercher à apprendre par moi-même. Si cela peut permettre à d'autres d'apprendre plus facilement, alors pourquoi pas ?», affirme-t-il.