Le Maroc réorganise ses programmes de lutte contre le sida, la tuberculose, les hépatites virales et les IST pour les intégrer dans le nouveau modèle des Groupements sanitaires territoriaux. À partir du GST pilote de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, il s'agit de définir parcours de soins, gouvernance, gestion des intrants et harmonisation des systèmes d'information. Une mutation stratégique à l'horizon 2030. Une transformation structurelle du système national de santé est enclenchée, et les programmes de lutte contre les grandes maladies ne feront pas exception. Les programmes nationaux de santé publique (VIH, hépatites virales, tuberculose et réduction des risques) s'apprêtent à vivre une mutation profonde. Objectif : quitter une logique verticale et centralisée pour s'ancrer durablement dans le nouveau modèle territorialisé, transversal et intégré. Le ministère de la Santé, via la Direction de l'épidémiologie et de lutte contre les maladies (DELM) souhaite en effet réorganiser ces programmes et les intégrer dans le GST de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Cette réorganisation s'inscrit dans la réforme plus large du système de santé marocain, fondée sur quatre piliers : la régionalisation du système de santé, la revalorisation des ressources humaines, la mise à niveau de l'offre de soins et l'amélioration de la qualité des services, ainsi que la digitalisation et l'intégration des systèmes d'information. La refonte implique une réorganisation des programmes de santé publique afin d'assurer leur intégration effective dans le nouveau modèle de gouvernance, basé sur la territorialisation, la transversalité et l'intégration des soins. Le GST TTA, modèle pilote pour une nouvelle architecture Le premier Groupement sanitaire territorial pilote est opérationnel depuis le 1er octobre 2025 dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. À travers l'implication effective de l'ensemble des intervenants régionaux en santé, le GST TTA est responsable non seulement de l'organisation de l'offre de soins, mais également de toutes les actions de santé publique au niveau de cette région. Le Programme national de lutte contre les IST, sida et hépatites virales, le Programme national de lutte antituberculeuse et le Programme de réduction des risques auprès des usagers de drogues sont appelés à harmoniser leur organisation, leurs fonctions et leurs interventions avec ce nouveau modèle de gouvernance. L'échéance de l'atteinte des objectifs de développement durable (ODD) 2030 est proche, ce qui rend urgente cette adaptation. Un cadre organisationnel et fonctionnel à définir Pour accompagner cette transition, un consultant national sera recruté afin d'élaborer une proposition d'architecture organisationnelle et fonctionnelle adaptée au nouveau modèle du GST TTA. La mission, d'une durée de vingt-six jours, devra garantir la continuité, l'efficacité et la durabilité des interventions dans les différents niveaux de soins. Le nouveau cadre devra répondre à plusieurs objectifs. Il s'agit d'abord de définir les parcours de dépistage, diagnostic et confirmation du VIH, des hépatites virales, des IST et de la tuberculose au sein des GST. Il faut également définir le parcours de soin des personnes vivant avec le VIH, des tuberculeux, des porteurs d'IST, des usagers de drogues et des personnes affectées par les hépatites virales. Le consultant devra aussi proposer des procédures de gestion des intrants des programmes de santé en coordination avec la Division de la pharmacie centrale et la Direction des achats, de l'approvisionnement et de la logistique du GST. Un plan sera établi pour l'harmonisation des systèmes d'information des programmes de santé avec ceux de la Direction des systèmes d'information du GST, afin d'assurer la remontée fiable des données pour la surveillance épidémiologique. Enfin, le nouveau modèle de gouvernance et de partenariat des programmes de santé au sein du GST sera défini, notamment pour les volets prévention et suivi psychologique et social, conformément aux plans stratégiques régionaux. Une méthodologie participative en quatre phases Le consultant travaillera en étroite collaboration avec un comité de pilotage composé de la Direction de l'épidémiologie et de lutte contre les maladies (DELM), des directions régionales et provinciales, des ressources humaines, du GST TTA et des autres GST, des ONG thématiques, du CCM Maroc, de l'OMS et d'ONUSIDA. La mission se déroulera en quatre phases. La première, consacrée au diagnostic organisationnel et fonctionnel, comprendra une analyse documentaire et réglementaire, des entretiens avec les parties prenantes, et l'analyse des organigrammes et des processus de travail actuels. La deuxième phase portera sur les propositions d'alignement fonctionnel et opérationnel, avec l'optimisation du parcours du patient au sein du réseau d'établissements du GST, l'élaboration d'un organigramme intégré des programmes de santé spécifiant les mécanismes de coordination, et la standardisation des procédures logistiques pour la gestion des intrants. La troisième phase consistera à élaborer le plan d'intégration, de digitalisation et de renforcement des compétences, en insistant sur la sécurisation et la protection des données, et en déterminant les besoins en effectifs spécialisés ainsi qu'un plan de formation continue pour le personnel du GST. Enfin, la quatrième phase sera dédiée à la validation et à la finalisation des livrables, avec la présentation des résultats lors d'un atelier de validation impliquant les dirigeants du GST et les acteurs des programmes. Un enjeu majeur à l'horizon 2030 Cette réorganisation vise à garantir la continuité et la qualité des services de lutte contre le sida, la tuberculose, les hépatites virales et les IST, alors que l'échéance des objectifs de développement durable 2030 approche. En ancrant ces programmes dans les GST, le Maroc espère renforcer l'efficacité de sa riposte, améliorer l'accès aux soins pour les populations vulnérables et assurer la durabilité des interventions. Le modèle pilote de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma servira de référence pour les autres GST dont les responsables ont récemment été désignés. La réforme sanitaire, déjà engagée sur le terrain, prend ainsi une nouvelle dimension, celle de l'intégration effective des programmes de santé publique dans l'architecture territoriale de demain. Ilyas Bellarbi / Les Inspirations ECO