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Rabia Mardi : «Pour Driss Benzekri, l'intérêt de la Nation primait sur tout»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 13 - 07 - 2007

Rabia Mardi, veuve de Driss Benzekri, confie à ALM quelques moments forts de son histoire avec le défunt président du CCDH et de l'IER. Elle apporte un précieux témoignage, entre autres, sur les débuts d'Ila Al Amam.
ALM : Dans quelles circonstances aviez-vous rencontré Driss Benzekri ?
Rabia Mardi : Nous nous sommes rencontrés en octobre 1970 à la Faculté des lettres et des sciences humaines de Rabat, sur les bancs du département de langue et littérature françaises. Driss, déjà militant, était en rupture avec son parti politique et œuvrait à la création de l'organisation clandestine Ila Al Amam. Nous nous sommes retrouvés dans le même groupe d'amis d'abord pour lire la poésie, les œuvres littéraires et pour préparer nos examens ensemble. Puis, petit à petit, la politique s'installa dans le groupe, à l'instar de l'ambiance générale qui régnait à l'Université à cette époque-là. Driss était calme et discret mais avait une très grande force de conviction. Je m'engageai à ses côtés, ainsi que tout le groupe, dans le «Front» qui servait de base à la mouvance d'extrême gauche. Notre 1ère année s'était déroulée sans problèmes, tout le monde avait réussi ses examens et nous entamions la 2ème année, plus déterminés à nous engager dans la lutte politique pour un avenir meilleur. Mais la situation allait vite se gâter quand la répression s'abattit sur les militants de gauche. Driss, poursuivi et recherché par la police, disparut de la circulation. Le hasard le mit sur le chemin de Tijania Fertat, actuelle directrice de l'Académie régionale pour l'éducation et la formation, militante de gauche elle aussi, qui le ramena dans l'appartement que nous partagions avec deux autres étudiantes sans engagement politique mais qui prirent le risque de l'héberger par humanisme. Et, voilà Driss installé dans un «harem» pendant plus d'une année sans jamais le moindre problème. Pendant tout ce temps-là, nos discussions (Tijania, Driss et moi) portaient sur l'action politique de façon générale mais surtout sur la condition des femmes, de façon particulière, ce qui donna naissance à la toute première cellule féminine d'Ila Al Amam, formée de notre regrettée Saïda Lemnebhi, Tijania, moi-même et une autre personne, sous la direction de Driss.
Nous nous sommes quittés en pleurs, le jour où la direction d'Ila Al Amam l'appela à Casablanca où il fut arrêté quelques mois plus tard, le 30 janvier 1975.
Pour l'anecdote, dans l'immeuble que nous habitions, rue Bin El Ouidane, place Bourgogne, vivait, au rez-de-chaussée, un ministre du gouvernement actuel, étudiant à l'époque qui nous connaissait, mais ne soupçonnait même pas l'existence de Driss à ses côtés.
Certains milieux affirment que Driss Benzekri a toujours vécu seul. Qu'en est-il exactement ?
Ila Al Amam décapitée, il a fallu prendre le relais et reconstituer l'organisation avec les camarades qui échappèrent à la répression. Ce fut une tâche très difficile dans la clandestinité la plus totale qui exigeait d'énormes sacrifices. Ce n'était plus le milieu estudiantin, mais un milieu ouvrier des plus complexes. Moins de deux années plus tard, le mouvement de gauche allait recevoir le coup de grâce par des arrestations massives. Des gens qui étaient dans la même cellule que moi disparurent et ce fut, pour moi, une angoisse terrible et de longue durée, dans l'attente de l'inconnu. Jusqu'au jour où Driss me fit signe de le joindre sans crainte, à l'hôpital d'abord où il était soigné pour des problèmes de santé puis à la prison centrale de Kénitra.
À partir de ce moment-là, Driss n'était plus seul. Il a fallu batailler pour le convaincre de reprendre ses études et nous nous sommes réinscrits à la Faculté des lettres en langue et littérature françaises. La tâche était très difficile, certes, puisque je travaillais à Casablanca et j'étudiais à Rabat. Le soir, je copiais les cours qui manquaient et je faisais les visites une ou deux fois par semaine à Kénitra.
Driss recevait très peu de visites, mais il n'était pas seul. J'étais toujours là pour veiller à ce qu'il ne manque de rien. Comme par le passé, nous passions nos moments de visite à étudier les cours que je ramenais. Il était très studieux et il faisait même les devoirs que les professeurs acceptaient gentiment de corriger pour lui. C'est ainsi qu'il eut la licence puis le DEA et s'inscrivit pour un 3ème cycle à l'université d'Aix-En-Provence. Il n'était pas seul, j'étais toujours là pour tout arranger, dactylographier les travaux, les envoyer au directeur de recherche, recevoir les réponses, réorganiser le travail et m'occuper de mes propres travaux en même temps. Driss n'était pas seul, nous étions terriblement seuls tous les deux. A sa sortie de prison le 16 août 1991, j'étais seule avec notre ami et voisin, Seddik Lahrach, à l'accueillir pour le ramener à la maison. Puis commença le calvaire de la réadaptation à la vie courante, les frustrations du manque d'argent, la maladie. Nous étions vraiment seuls mais silencieux, dignes et solidaires dans nos souffrances.
Il n'était jamais seul, j'étais toujours là, corps et âme, peut-être la seule à avoir perçu en lui l'homme du changement.
J'ai accompagné les étapes les plus difficiles de sa vie, à coup de patience, à coup de cumul de crédits bancaires, mais avec dignité et abnégation car notre souci commun résidait dans notre engagement à oeuvrer pour l'intérêt suprême de la Nation et cet idéal n'a pas de prix.
Il s'engagea à fond dans la réorganisation de l'OMDH dont il fut vice-président. À force de recherche en droits humains, de nature très perfectionniste, il jugea nécessaire de suivre une formation spécifique en droit international des droits humains et ce fut le départ pour l'université d'Essex en 1998.
Ce séjour marqua la 1ère étape décisive dans la carrière militante de Driss. Il eut comme encadrant Sir Nigel Rodley KBE, rapporteur spécial sur la torture mais aussi homme-clé dans le tournant décisif de l'action de Driss, qui le dota de nouvelles méthodes et techniques pour exorciser le passé, à savoir: faire l'état des lieux et créer une instance spécifique pour se pencher sur les «années de plomb».
Fort de cette nouvelle vision et l'«EUREKA» en poche, il rentra rapidement à Rabat et se lança tout seul dans l'élaboration du projet de «Lecture des pages du passé» douloureux de notre pays afin de s'atteler à l'édification d'une Nation digne de l'ère du 21è siècle. Il décida alors d'aller enquêter sur les lieux des atrocités les plus terribles avec comme seule subvention une partie de l'argent de la petite voiture que nous avons été obligés de vendre (celle-là même qui le ramena de prison quelques années plus tôt). L'enquête eut lieu en avril-mai 1999 et donna naissance au Forum Vérité et Justice vers la fin de la même année.
La 2ème étape décisive dans l'œuvre sans répit de Driss fut marquée par son séjour à New York, du 15 octobre au 15 novembre 2001, où il participa aux travaux du Centre de Justice Transitionnelle au sein de l'ONU, ce qui lui permit d'éplucher, d'analyser et d'évaluer toutes les expériences vécues dans ce domaine de part le monde et d'en tirer la conclusion que la Nation ne peut se réconcilier avec elle même et franchir le pas d'une nouvelle ère qu'avec la ferme implication de toutes ses composantes dans la lecture des pages du passé. Je vous fais grâce des détails qui suivirent l'arrivée au CCDH, abondamment étayés depuis lors mais je tiens à souligner que, comme par enchantement, l'amnésie générale se dissipa et mille et une mains se tendirent non pas pour soutenir Driss (il s'en passait noblement), mais pour cueillir le fruit bien mûr qui se présentait à toutes les convoitises.
Etiez-vous séparés ? Divorcés ? Quel statut ?
Ce qui me suffoque, c'est l'amalgame qui se fait malheureusement entre vie publique et vie privée dans les sphères censées donner l'exemple dans la protection des droits humains faisant fi de l'un des principes fondamentaux de ces droits consignés dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme dans son article 12. Or, je découvre, à ma grande stupéfaction, qu'une justice parallèle et insolite s'est accordé le pouvoir de faire de votre vie privée une affaire d'Etat, de vous enterrer vivant, de vous divorcer ou même de vous marier à titre posthume sans en dévoiler les mobiles.
Pour clore ce chapitre, je maintiens que ma vie privée ne concerne que moi et moi seule, en l'absence du regretté Driss et que seule la justice du pays est en mesure de me demander des comptes si besoin est.
Plusieurs versions ont été avancées sur les derniers moments du défunt. Quelle est la vôtre ?
Je vais reprendre, ici, l'adage populaire « melli kay mout lmeyyet ka yetwalou rejlih ».Une fois que le disparu n'est plus là pour se défendre, on peut se prêter à tous les fantasmes autour de sa personne. Quant à moi, et contrairement à toutes les allégations, je maintiens que c'est dans mes bras et en ma présence que le défunt a prononcé ses tous derniers mots avant de sombrer dans l'inconscience qui précéda son départ définitif, discrètement, avec pour seul témoin, le corps médical qui est toujours là pour en attester.
Quel souvenir gardez-vous de ce parcours ?
J'en garde les valeurs et les qualités qui me lièrent à Driss, dès le début. J'en garde l'humilité, la discrétion, l'abnégation, le don de soi et la volonté de ne se mettre qu'au service de la Nation, fidèle à cette affirmation qu'il répétait souvent : «Que vaut mon être auprès des préoccupations majeures de la Nation». Je pense y avoir suffisamment contribué en soutenant Driss dans toutes ses entreprises et je n'y dérogerai pas en m'attelant à la tâche aussi silencieusement et aussi discrètement que je l'ai toujours fait. Ce sera là mon gage envers l'homme que j'ai aimé, par les moments les plus incertains, dénudé de toute étiquette, de tout titre et de tout prestige : Driss tout court.
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Bio express
Pour ceux qui la connaissent de près, Rabia Mardi est une militante des droits de l'Homme convaincue. Elle a beaucoup milité pour la libération des anciens prisonniers politiques. Après l'amnistie, elle a continué avec sa ferveur et discrétion accoutumées à agir en faveur des droits de l'Homme en attachant une attention particulière aux jeunes militants. Rabia Mardi a, en effet, été d'un grand soutien aux jeunes activistes des droits de l'Homme. A Amnesty-Maroc comme à l'OMDH (Organisation marocaine des droits de l'Homme), où elle a été l'un des membres les plus actifs, son souci majeur a été d'assurer la relève. Forte d'une formation solide en enseignement (3ème cycle en science des textes et des documents à l'université de Jussieu Paris VI, puis une formation des formateurs à l'Ecole normale supérieure de Fontenay-Aux-Roses, en France), elle a su mettre son expérience au profit de la jeunesse. Entre 1991 et 1999, période à laquelle elle militait au sein de l'OMDH, elle a participé à l'élaboration d'un ambitieux projet de formation des jeunes à l'action associative. Elle était consciente de la nécessité d'intégrer les jeunes à cette action. Tout comme à l'OMDH, de même elle a consenti à Amnesty-Maroc des sacrifices indéniables au service des futurs « sherpas » de la cause humanitaire. Elle a été de toutes les actions entreprises par l'Association des groupes Amnesty-Maroc (Agaim), où elle a occupé plusieurs postes dont celui de responsable des relations avec l'Europe et les pays francophones. Un bel exemple de dévouement.


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