Marrakech s'impose, le temps de quelques jours, comme l'un des épicentres mondiaux de la transformation digitale. Depuis ce mardi 7 avril 2026, la ville ocre accueille la quatrième édition de GITEX Africa Morocco, un rendez-vous désormais incontournable qui attire plus de 50 000 participants et 1 450 exposants venus de 130 pays. Derrière ces chiffres, une réalité plus stratégique se dessine : celle d'un continent qui cherche à reprendre le contrôle de son destin numérique. Sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, et en présence du Chef du gouvernement Aziz Akhannouch, l'événement prend une dimension politique autant que technologique. L'intelligence artificielle y occupe une place centrale, non plus comme simple innovation, mais comme levier de puissance économique et de repositionnement géopolitique pour l'Afrique. Dans les allées du salon, les discussions dépassent largement le cadre des startups ou des démonstrations technologiques. Data centers, fintech, mobilité intelligente, sport tech... autant de secteurs qui traduisent une accélération concrète des investissements numériques sur le continent. Le Maroc, en orchestrant cet écosystème avec le soutien du ministère de la Transition numérique, de l'ADD et de KAOUN International, cherche clairement à consolider son rôle de hub régional capable de connecter investisseurs, décideurs publics et innovateurs. Mais c'est surtout sur le terrain de la cybersécurité que les enjeux se cristallisent. À l'heure où les infrastructures critiques deviennent des cibles privilégiées, le sommet STAR dédié à la "Strategic Digital Defence AI Readiness" met en lumière une nouvelle réalité : la sécurité numérique est désormais indissociable de la souveraineté des Etats. En partenariat avec la DGSSI, cette initiative souligne l'urgence d'anticiper des menaces de plus en plus sophistiquées, notamment celles amplifiées par l'intelligence artificielle. Au-delà des démonstrations technologiques, le discours politique donne le ton. Amal El Fallah Seghrouchni défend une ligne claire : celle d'un Maroc qui refuse de s'aligner sur les grandes puissances traditionnelles du numérique. Face aux modèles dominants des Etats-Unis, de la Chine et de l'Europe, le Royaume avance l'idée d'une « troisième voie », fondée sur un équilibre entre innovation, souveraineté et coopération internationale. Ce positionnement n'est pas anodin. Il intervient dans un contexte mondial marqué par une intensification des investissements dans l'IA et par une compétition accrue pour le contrôle des technologies critiques. En se positionnant comme plateforme africaine crédible, le Maroc tente de capter une partie de cette dynamique, tout en proposant un modèle alternatif basé sur des partenariats plus équilibrés.