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Lahcen Haddad : «Il faut une application effective des lois relatives aux droits de l'enfant»
Publié dans Aujourd'hui le Maroc le 19 - 02 - 2009

Le directeur de l'association «Dima Adros», Lahcen Haddad explique les risques et les facteurs du travail précoce. Ce dernier appelle à une mobilisation du système éducatif pour préserver les enfants.
ALM : Votre étude a ciblé uniquement le milieu rural au détriment des villes. Quelles sont les raisons qui expliquent ce choix ?
Lahcen Haddad : La majorité des études établies dans ce sens ont mis l'accent sur les villes et ont délaissé le milieu rural. Notre étude corrèle entre pauvreté, déperdition scolaire et le phénomène du travail des enfants. Cela est frappant dans les zones rurales. Les résultats des études menées par d'autres organismes ont démontré que 85% des enfants exercent dans l'agriculture. À signaler aussi que les campagnes sont expéditrices d'enfants travailleurs. Tel est le cas pour les régions d'Azilal, d'Essaouira, de Taounate, de Taza, de Chichaoua, d'El Haouz et de Kalâat Sraghna.
Hormis la pauvreté, quels sont les facteurs qui poussent les enfants à travailler ?
L'abandon scolaire constitue le principal facteur. Les parents valorisent le rôle de l'école. Malheureusement, le mauvais fonctionnement des établissements scolaires notamment dans le milieu rural et l'absentéisme permanent des enseignants conduisent les enfants au travail. Le travail représente une seconde chance pour ces enfants déscolarisés. D'après notre enquête, 96% des parents sont conscients de l'importance de la scolarité. En dépit de leur situation financière, ces familles font des sacrifices pour financer la scolarité de leurs enfants.
Quelles sont les mesures à prendre pour lutter contre le travail des enfants ?
Le Maroc a entrepris de bonnes démarches comme la mise en place d'importantes lois et la ratification des conventions internationales, mais la faille résiste à l'application de celles-ci. À titre d'exemple, deux Unités de protection de l'enfant (UPE) ont été mises en place à Casablanca et à Marrakech, malheureusement, elles ne sont pas fonctionnelles. Il faut passer à une vitesse supérieure et effective dans l'application des lois relatives aux droits de l'enfant et surtout celles qui sont liées au travail de cette population juvénile. Nous revendiquons, également, la responsabilisation de l'école.
Le système éducatif doit se mobiliser pour préserver les enfants. Nous appelons aussi les autorités nationales, en particulier le Haut commissariat au Plan à aider les différents acteurs dans leur lutte contre le travail des enfants. Cette instance est capable de mener des études, de donner des statistiques et de mettre en place les informations nécessaires pour mieux comprendre et agir contre ce phénomène.

A combien s'élèvent les salaires des enfants ? Et quels sont les secteurs où ils sont les plus présents ?
Une bonne partie travaille chez leurs familles et ne sont pas rémunérés. Les autres gagnent entre 300 et 1.000 DH. Pour ceux qui travaillent dans le milieu rural, ils sont majoritairement présents dans l'agriculture (35%). Dans les villes, il a été constaté que les filles se dirigent vers le travail domestique alors que les garçons exercent dans la construction (14%), la restauration (9%) et le commerce (17%).
Quel est le risque du travail sur la santé et l'avenir des enfants ?
Le plus grand danger pour les enfants qui travaillent dans l'agriculture provient de la manipulation des machines, des insecticides ainsi que du risque de viol pour les bergers et pour les filles travaillant dans les fermes. Les petites filles domestiques, travaillent plus de 16 heures par jour et sont exposées aux abus verbal, psychologique et même sexuel.


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