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Rabat sous l'intrusion des caméras : pour le RNI, le questionnement sur l'espace des libertés est un luxe
Publié dans Barlamane le 19 - 03 - 2025

La capitale marocaine se dote d'un dispositif de vidéosurveillance d'ampleur, attribué à deux entreprises pour un montant total de 108,6 millions de dirhams. Si l'aménagement des postes de commandement et du centre de données (34,8 millions de dirhams) incombe à Finatech Group, la mise en place du système de captation et d'analyse des images (73,8 millions de dirhams) a été confiée à Alomra Group International. Derrière cet arsenal technologique, censé accroître la vigilance sur l'espace public, se profilent des interrogations sur la nature exacte des données collectées, les mécanismes de contrôle démocratique et l'évolution du cadre législatif encadrant ces pratiques. Cette logique se trouve amplifiée par la mise en œuvre d'un maillage dense de caméras, destiné à fournir une couverture exhaustive de l'espace public. Ce dispositif inaugure une nouvelle ère où la surveillance, discrète mais omniprésente, s'institutionnalise comme élément structurant du paysage urbain. Sans débat sociétal ?
La récente adjudication d'un marché de vidéosurveillance d'envergure dans la capitale marocaine, pour un montant cumulé de 108,6 millions de dirhams, vient sceller un plan dont la portée dépasse le simple impératif de lutte contre la délinquance. En érigeant la captation d'images en outil de régulation urbaine, la ville s'engage dans une reconfiguration silencieuse du rapport entre espace public et contrôle institutionnel, au risque de soulever de subtiles mais profondes interrogations quant aux implications d'une telle infrastructure. Le RNI (majorité) de Fatiha El Moudni, qui dirige la capitale, n'a annoncé aucune délibération sur le sujet.
L'architecture d'un dispositif tentaculaire
Le projet, piloté par la Société Rabat Région Aménagements, se décline en deux volets distincts. Le premier, confié à Finatech Group pour 34,8 millions de dirhams, prévoit l'aménagement des postes de commandement et d'un centre de données, véritables carrefours informationnels où convergeront des flux d'images en temps réel. La centralisation de ces captations ouvre la voie à une supervision instantanée des mouvements urbains où chaque anomalie serait immédiatement détectable, chaque incident immédiatement consigné.
Le second lot, attribué à Alomra Group International pour 73,8 millions de dirhams, consiste en la mise en place du réseau de vidéosurveillance lui-même. Si le cahier des charges officiel demeure évasif quant aux capacités analytiques des dispositifs déployés, leur simple présence modifie déjà la nature même de l'espace public, désormais structuré par un regard mécanique omniprésent.
Un équilibre subtil entre vigilance et intrusivité
L'introduction de ces dispositifs dans le paysage urbain confère à la ville une visibilité accrue sur elle-même, substituant à la vigilance citoyenne une surveillance déléguée à des circuits technologiques autonomes. Or, un tel basculement ne peut être envisagé sans une réflexion approfondie sur les garanties qu'exigent ces nouvelles modalités d'observation. À qui ces images seront-elles accessibles ? Quels protocoles encadreront leur usage et leur conservation ? Jusqu'où s'étendra le champ d'intervention de ce dispositif ?
Là réside toute la complexité de l'enjeu : si la sécurité urbaine justifie l'amélioration des moyens de contrôle, elle ne saurait pour autant légitimer une captation débridée des données personnelles, sans garde-fous ni cadre rigoureux de régulation. La frontière entre la vigilance nécessaire et l'intrusion indue est parfois ténue, et l'instauration d'une surveillance diffuse, pour être admise, ne saurait s'abstraire d'un questionnement sur les modalités de sa mise en œuvre.
Vers une surveillance de plus en plus intériorisée ?
L'un des paradoxes d'une telle infrastructure réside dans sa capacité à transformer insidieusement le rapport des citoyens à leur propre environnement. Une ville où chaque déplacement, chaque station immobile, chaque regroupement serait potentiellement analysé, fût-ce par des systèmes anonymes, dessine une nouvelle cartographie du mouvement où le spontané se trouve immanquablement contraint par la perception d'un regard extérieur. Or, les autorités de Rabat n'ont pas jugé utile de consulter la population sur un sujet si crucial. L'enjeu n'est donc pas uniquement technique, ni même juridique, mais profondément anthropologique. Ce que révèlent de tels dispositifs, au-delà de leur efficacité immédiate, c'est une mutation du cadre de vie où la liberté de vaquer sans contrainte se heurte à une surveillance diffuse, intégrée au décor, normalisée dans l'espace social.
Une mutation silencieuse du pacte urbain
Rabat s'apprête à franchir un seuil aux implications multiples. La ville ne sera plus simplement gérée, elle sera scrutée ; et cette mutation mérite d'être interrogée dans toute sa profondeur. Car derrière la rationalité apparente de l'outil technologique se dessine une recomposition du lien entre l'individu et son environnement à travers laquelle l'espace public tend à se refermer sur lui-même, sous l'œil constant de dispositifs dont la neutralité ne saurait être présumée.
Le RNI commet un nouvel impair : celui de redéfinir en silence les contours de la ville la plus importante du Maroc sans consulter personne. Façonner une nouvelle grammaire urbaine nécessite d'inclure une troisième partie, le parent pauvre de l'équation actuelle : la population de Rabat, qui subit des décisions erratiques depuis tant d'années.


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