Le paysage assurantiel marocain s'oriente résolument vers la mise en place d'une offre spécifique de protection contre les périls numériques. Cette inflexion stratégique a été révélée récemment par Nadia Fettah, ministre de l'économie et des finances, à l'occasion du Rendez-vous de Casablanca de l'Assurance. Placée sous le thème «Nouvelles technologies et intelligence artificielle : quelles promesses pour l'assurance ?», cette édition annuelle du colloque a réuni les principaux acteurs du secteur, tant nationaux qu'étrangers, venus examiner les mutations technologiques susceptibles de redéfinir les contours de leur métier. Dans son allocution inaugurale, Mme Fettah a appelé le monde de l'assurance à faire preuve de prévoyance face à un danger aux manifestations de plus en plus fréquentes. «Nous devons répondre, sans délai ni approximation, aux attentes des opérateurs économiques, des administrations et des citoyens, exposés à des atteintes informatiques dont la gravité est désormais attestée», a-t-elle déclaré, citée par plusieurs organes de presse marocains. Cette annonce intervient dans un contexte marqué par une recrudescence d'attaques informatiques ciblant des entités névralgiques du pays. Au cours des dernières semaines, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et le ministère chargé de l'inclusion économique, de la petite entreprise, de l'emploi et des compétences ont notamment fait l'objet d'assauts numériques d'envergure, dont la teneur exacte n'a pas été rendue publique mais qui ont provoqué des dérèglements notables. En réponse à cette vulnérabilité croissante, les compagnies d'assurance, en concertation avec les autorités de régulation, s'attellent à l'élaboration de garanties spécifiques aux sinistres d'origine cybernétique. Bien qu'aucune feuille de route détaillée n'ait encore été rendue publique, plusieurs sources indiquent que des groupes de travail réunissant actuaires, juristes, informaticiens et réassureurs planchent déjà sur les modalités techniques et contractuelles de ces futures polices. L'adossement de ces produits à des standards internationaux, notamment en matière de quantification des pertes et d'évaluation des risques immatériels, demeure l'un des défis majeurs du chantier. Pour l'heure, les autorités semblent déterminées à faire de la cybersécurité une priorité sectorielle, dans un environnement numérique où les attaques ne relèvent plus de l'exception mais tendent à s'inscrire dans la durée.