Machination perverse. Lors des rassemblements récurrents en faveur de Gaza, l'indignation proclamée semble parfois servir d'alibi à une contestation dirigée non contre Israël mais contre les fondements mêmes de la souveraineté nationale. Des figures partisanes, connues pour leurs accointances idéologiques avec des mouvances islamistes ou ultragauchistes transnationales, cherchent à transformer la cause palestinienne en prétexte à une mise en cause frontale de l'Etat marocain, de ses choix diplomatiques et de ses institutions. Malgré une ligne diplomatique claire et transparente, le Maroc fait l'objet d'accusations persistantes, ébruitées par des relais médiatiques qataris et iraniens, selon lesquelles le port de Tanger Med aurait accueilli des navires israéliens «transportant des armes destinées à la guerre contre Gaza». Ces mêmes sources vont jusqu'à affirmer que le royaume serait «impliqué dans des opérations logistiques au profit de l'armée israélienne», ou encore qu'il «faciliterait, depuis son territoire, l'approvisionnement de Tel-Aviv.» Aucune de ces affirmations n'a, à ce jour, été étayée par un quelconque élément matériel. Pourtant, certains groupes activistes persistent à les propager, en organisant des rassemblements où la dénonciation de l'Etat hébreu se mêle à une remise en cause frontale des choix diplomatiques marocains. Pour divers observateurs, il ne s'agit plus d'un simple élan de solidarité mais d'une tentative à peine voilée d'instrumentalisation politique de la cause palestinienne, destinée à saper l'unité nationale. Tanger Med, cible de choix Dimanche, plusieurs milliers de personnes ont convergé vers le port de Tanger Med, scandant des slogans hostiles à la normalisation avec Israël et appelant à «mettre fin à toute forme de relation commerciale ou maritime avec l'entité sioniste.» Ce rassemblement, encouragé par des voix étrangères, s'inscrit dans une série de manifestations qui se sont multipliées ces dernières semaines. Huit travailleurs portuaires auraient remis leur démission pour marquer leur opposition à ce qu'ils qualifient de «silence coupable de l'Etat face à l'entrée de navires ennemis.» Aucun élément officiel n'atteste de l'accostage de navires israéliens à Tanger Med ou dans tout autre port marocain. Les responsables portuaires n'ont enregistré aucune cargaison à caractère militaire à destination d'Israël, ni de présence de pavillons identifiés comme tels. Des prises de parole appellent à la vigilance Dans une tribune publiée dimanche, plusieurs voix ont mis en garde contre le détournement de la souffrance palestinienne à des fins de discorde intérieure. «Le Maroc apporte à Gaza un soutien direct et quotidien, pendant que d'autres ne lui offrent que des discours vides», soulignent les tenants de cette mise en garde. Ils ajoutent : «Depuis l'éclatement de la guerre à Gaza, les convois marocains n'ont pas cessé, opérant dans un silence total et ont été relayés par un pont aérien humanitaire permanent, assuré par trois avions cargo chaque jour, transportant vivres, médicaments et produits essentiels vers Gaza.» Le texte poursuit : «Le soutien marocain n'a jamais été ostentatoire ni conditionné par l'opportunisme du moment. Il procède d'un attachement historique et d'un engagement continu, porté à la fois par la monarchie, les institutions et la population.» La tribune dénonce également la duplicité de certains courants politiques : «Ceux qui se rassemblent devant le port de Tanger ne sont mus ni par la conscience ni par le sang de Gaza, mais par des appels douteux venus de l'étranger, certains émis de manière flagrante depuis le territoire algérien, relayant des fables sur l'accostage d'un navire américain chargé d'armes à destination d'Israël.» Plus encore, elle condamne une stratégie d'atteinte à la stabilité économique : «Le port de Tanger, pilier stratégique du Maroc, est la cible d'une offensive méthodique dont le but n'est pas de protéger Gaza, mais d'entraver un poumon économique vital et de ternir l'image du royaume auprès de ses partenaires internationaux.» Les intervenants mettent en cause la sincérité de certaines organisations à visée militante : «Des organisations à coloration frériste, animées par des desseins inavoués, se livrent à un travestissement politique grossier. Elles feignent une compassion pour la Palestine, mais ce qui les anime, en vérité, n'est qu'un ressentiment idéologique envers l'Etat marocain et ses choix souverains.» «Qui prétend défendre Gaza ne bloque pas les ports, ne paralyse pas les intérêts du pays, et ne choisit pas l'instant où la nation est visée pour frapper de l'intérieur sous couvert de lutte populaire», a-t-on souligné avant de regretter : «Malheureusement, une large frange de citoyens mord à l'hameçon avec une désarmante facilité, se laissant happer émotionnellement sans percevoir qu'elle est devenue le combustible de combats qui ne concernent en rien la Palestine.» Les rédacteurs de ce texte d'alerte notent que «celui qui sème le doute dans les institutions de son propre pays, qui pousse à paralyser ses voies maritimes, ne peut prétendre ni à la sincérité envers Gaza, ni à la loyauté envers la patrie.» Pour eux, «le faux zèle n'a jamais fondé une posture politique juste ; il ne fait que mettre à nu les intentions véritables de ceux qui ne s'émeuvent que lorsque le désordre leur profite.»