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La guerre russe en Ukraine. Un pas géant vers l'inconnu [Par Lahcen Haddad]
Publié dans Challenge le 25 - 02 - 2022

Dans son ouvrage « De la Guerre », l'officier prussien Carl Von Clausewitz (qui avait opéré contre Napoléon au début du dix-neuvième siècle) définit la guerre comme étant « un acte de violence dont l'objectif est de contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté ». Le Président russe, Vladimir Poutine, voudrait, par son attaque contre l'Ukraine, contraindre celle-ci à demeurer, ou redevenir un rempart contre les velléités occidentales de vouloir étendre l'OTAN à l'Est de l'Europe, affaiblir la Russie et empêcher la renaissance de la grandeur russe tant chantée par le Président russe, une grandeur qui ferait un écho heureux du monde soviétique construit de toute pièce par Joseph Staline et de l'empire russe nourri et défendu par tous les Csars depuis Pierre Premier (1721) jusqu' à la fin du règne des Romanov en 1917.
Le même Clausewitz est derrière le fameux dicton « La guerre n'est qu'un prolongement de la politique par d'autres moyens ». La politique que veut imposer le Président Poutine à l'Occident et à l'Ukraine est un engagement écrit de ne pas étendre les forces de l'OTAN jusqu'aux frontières russes, ce qui constituerait à ses yeux une menace directe à un nouvel ordre d'une Russie entourée de pays satellites ou au moins neutres et non nuisibles aux desseins géostratégiques de Moscou. Néanmoins, en déclenchant une Blitzkrieg contre l'Ukraine, l'objectif politique que le Président Poutine voudrait atteindre n'est pas clair.
Il n'est pas clair non plus quel genre de guerre le Président Poutine compte mener contre les Ukrainiens. Une guerre totale pour déloger le gouvernement actuel de Volodymyr Zelensky (qualifié de pro-Nazi par Poutine en référence à l'aide apportée par certains antirusses ukrainiens à l'Allemagne nazie quand elle avait attaqué l'URSS à partir de juin 1941) et mettre un gouvernement pro-russe à sa place ? Option coûteuse en vies humaines et en financement de l'effort de guerre, surtout si les milices s'organisent autour et à l'intérieur de Kiev et mènent une guérilla urbaine, aidée par les occidentaux, contre l'armée russe.
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L'autre option est de choisir une démarche tactique qui consiste à mener des attaques ciblées et négocier suite à ces attaques : la pression des canons pour donner un appui sur le terrain aux négociateurs. Le Ministre des Affaires Etrangères russe, Sergei Lavrov, a dit que la Russie est toujours ouverte au dialogue même après l'attaque russe (« Russia Always Prepared for Dialogue that Should Bring Justice, UN Charter Principles-Lavrov » Interfax Feb 24, 2022). Mais rien ne garantit que les occidentaux seraient prêts à négocier sous le son des tirs de canons.
La troisième option serait de « punir », affaiblir et sortir pour mieux négocier. Le danger que représente cette option est le spectre d'une guerre civile entre les russophiles et les russophobes ukrainiens, dont les attitudes deviendraient exacerbées par la destruction, les passions et les démons de la haine qui vont avec. Du côté occidental, la gestion du dossier ukrainien n'a pas été brillante non plus. Est-ce que les occidentaux avaient promis à Gorbatchev en 1990 de ne pas étendre les forces de l'OTAN vers l'Est de l'Europe même après l'unification allemande, et après ils sont revenus sur leur promesse (en acceptant les républiques baltiques, la Pologne, la Hongrie et la Tchéquie sous le parapluie de la défense commune transatlantique) ?
Les évènements de 2004-2005 (la révolution orange) qui ont ramené le pro-occidental Viktor Iouchtchenkou (2005-2010) au pouvoir et de 2013-2014 qui ont entrainé la fuite du pro-russe Viktor Ianoukovitch (2010-2014) vers la Russie, étaient-ils orchestrés par les Américains et les occidentaux en parfaite ignorance de la sensibilité russe par rapport à l'Ukraine ? Le sens de l'humiliation ressenti par la Russie et les populations russophones de l'Ukraine a été derrière la politique agressive de Poutine en faveur de l'annexion illégale de la Crimée et le soutien aux séparatistes du Donbass (en violation de l'accord de Minsk de 2014, un accord qui n'est pas respecté non plus par l'Ukraine).
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Etait-il possible de trouver un juste milieu entre les desseins géostratégiques de Moscou et la tendance pro-occidentale de Kiev (contestée, certes, par les russophones ukrainiens), une solution qui garderait une certaine autonomie à Kiev qui ne dérangerait pas la Russie ? Une « neutralité négative » (ni la Russie, ni l'OTAN) qui ne ramènerait pas les missiles de l'OTAN à proximité des frontières russes ? L'Occident ne voulait pas céder au chantage du Président Poutine, mais entre le chantage et une guerre meurtrière et coûteuse pour tout le monde et surtout pour les civils ukrainiens, le choix devrait être normalement clair.
Le Président Poutine a mal calculé : en voulant garder les forces de l'OTAN loin des frontières russes, il a précipité la « réunification » des occidentaux autour des Etats Unis et a redonné un rôle, et un nouveau souffle à un OTAN qui avait été mal mené par Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et d'autres. D'autres parts, en ne cherchant pas à comprendre les Russes, les occidentaux les ont poussés dans les bras des Chinois, mettant ainsi fin au divorce entre les deux entrainé par Den Xiao Ping depuis les années soixante-dix du vingtième siècle. Un divorce qui avait toujours servi les intérêts de l'Occident qui ne voulait pas voir l'Empire du Milieu s'allier à ce que Ping appelait l'ours polaire (la Russie).
En plus de la destruction, des malheurs des civils ukrainiens, de la très possible crise humanitaire des réfugiés de la guerre, des haines ethniques qu'elle va entrainer, la guerre, à son premier jour, a poussé le prix du pétrole au-delà de 100 dollars le baril et a fait exploser le prix du blé et des denrées alimentaires de base. L'effet de domino de cette inflation galopante va se sentir très bientôt sur les finances publiques des pays du sud, comme le Maroc, qui seraient obligés d'intervenir pour soutenir les ménages face à la flambée des prix.
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En conclusion, il est ironique que les pays forts, membres du Conseil de Sécurité, disposant d'un droit de veto et de l'arme nucléaire, et censés maintenir la paix mondiale et contrôler les velléités militaires des « petits », deviennent eux-mêmes les fauteurs de trouble. Hier c'était l'attaque américaine contre l'Irak, aujourd'hui celle de la Russie contre l'Ukraine. Demain la Chine contre Taiwan ? La Chine n'a pas condamné l'attaque russe et a refusé de l'appeler « une invasion » appelant les « parties à exercer la retenue et favoriser le dialogue » et la négociation (« Biden Takes Veiled Swipe at China Condemning Russia Backers on Ukraine », Reuters, 25 Février 2022). C'est un nouvel ordre mondial bizarre quand les grands se permettent ce qu'ils sont censés prévenir en étant membres du club des grands.


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