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David Copperfield est algérien
Publié dans Challenge le 15 - 07 - 2025

Imaginez un tournoi international, des stades pleins, des hymnes, des drapeaux, des sponsors, et… une équipe qui joue, court, transpire, marque peut-être... mais refuse de dire où elle est. Non, ce n'est pas le scénario d'un thriller géopolitique ou d'un remake footballistique de « Lost », c'est juste la CAN féminine 2024, organisée – faut-il vraiment le préciser ? – au Maroc.
Car si l'on en croit la Fédération algérienne de football et ses communicants, la compétition se déroule dans un mystérieux territoire dont la géographie échappe à toute cartographie officielle. Pas de « Morocco 24 » sur les visuels. Pas de logo Royal Air Maroc sur les écrans. Et, dans les interviews, surtout ne pas mentionner le mot qui fâche. La capitaine algérienne, interrogée sur le tournoi, aurait pu dire qu'elle jouait sur Mars, ç'aurait été tout aussi crédible que ce pudique « ailleurs ».
L'art de l'effacement, ici, touche des sommets. Même les logiciels de retouche photo s'interrogent : « Voulez-vous vraiment supprimer le mot Maroc ? Êtes-vous sûr ? Êtes-vous bien sûr ? » Oui. Très. À tel point que sur la photo officielle de la CAF réunissant les capitaines devant la tour Hassan, monument emblématique de Rabat, l'Algérie a tout bonnement… oublié d'envoyer la sienne. Ou alors elle a été prise en flagrant délit de contournement stratégique, en passant par Gibraltar.
La chaîne publique algérienne, quant à elle, n'a pas voulu montrer le logo de Royal Air Maroc. Sans doute une mesure de sécurité : ne pas heurter les téléspectateurs sensibles à la vue de logos potentiellement… nationaux. L'étape suivante ? Flouter les ballons, les maillots, le public. Peut-être même l'équipe algérienne elle-même, tant qu'on y est. Car que reste-t-il d'une compétition si l'on refuse obstinément de regarder le terrain où elle se joue ?
Heureusement, la réalité est tenace. Les joueuses algériennes, elles, sont bien là. Elles dorment dans des hôtels marocains, mangent des plats marocains, évoluent sur des pelouses marocaines et participent à un tournoi… au Maroc. C'est bête, non ?
Alors on pourrait rire – et on le fait un peu, ne nous le cachons pas – de cette débauche d'énergie pour faire comme si. Comme si le voisin n'existait pas. Comme si les faits pouvaient se redessiner à coups de pixels effacés et de déclarations surréalistes. Mais on finit surtout par se dire que tout cela est bien triste : quand on en vient à nier l'hospitalité d'un pays qui accueille une compétition, qui investit, qui organise, qui joue le jeu – c'est bien le mot – alors on triche un peu avec l'esprit du sport.
Il faut saluer, tout de même, cette créativité diplomatique. Ce n'est plus du sport, c'est de la magie. Un grand numéro de prestidigitation institutionnelle : faire disparaître un pays tout en y participant activement. Même David Copperfield n'aurait pas osé.
À force d'effacer le mot Maroc, l'Algérie l'écrit partout. En creux. En silence. En ridicule.


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