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Assurance islamique : «Les pays qui s'ouvrent à la finance et à l'assurance islamiques vont connaître une forte progression de leurs marchés financiers et de leur épargne»
Publié dans Finances news le 02 - 02 - 2012

■ La Malaisie reste au jour d'aujourd'hui le pays qui a connu le plus de succès dans la mise en place des produits de la finance islamique.
■ L'industrie financière marocaine étant la plus développée et la plus sophistiquée de la région Mena, a tout intérêt à développer sa finance islamique.
■ Les instruments de dette peuvent s'avérer très préjudiciables à long terme au pays, à son économie et à son indépendance. Ce qui pousserait les pays à se tourner vers l'alternative «islamique».
■ Mohamed Ali Mrad, fondateur et PDG de Mena Finance, première société de conseil d'affaires en finance islamique en Afrique du Nord, présente les défis de l'assurance islamique et analyse ses perspectives.
✔ Finances News Hebdo : Pouvez-vous nous expliquer la différence entre assurance conventionnelle et assurance islamique : les types d'assurances autorisés, les taux d'intérêt pratiqués, l'utilisation de l'épargne des contribuables, les placements autorisés...?
✔ Mohamed Ali Mrad : La finance islamique comporte trois interdits qui sont : (1) l'interdiction de l'intérêt ou riba, (2) l'interdiction de l'incertitude ou gharar et la spéculation ou maysir ainsi que (3) l'interdiction de certains secteurs illicites ou haram tels que l'alcool, le porc, etc.
Elle comporte également trois recommandations qui sont : (1) le partage des risques, des pertes et des profits, (2) l'adossement de toute opération commerciale à un actif tangible et (3) la non-séparation entre l'actif et le risque qui lui est lié.
L'assurance «commerciale» conventionnelle comporte ainsi plusieurs interdits et n'obéit pas aux recommandations de la Charia islamique. Plus particulièrement, elle comporte un élément d'incertitude (gharar) car la prime payée par l'assuré correspond à l'achat d'une indemnisation future incertaine, aussi bien quant à l'occurrence du sinistre qu'au montant éventuel de l'indemnisation. D'autre part, les primes sont investies en partie dans des instruments de taux d'intérêt tels que les obligations, voire également dans des secteurs économiques illicites tels que des brasseries.
L'assurance islamique ou Takaful est, quant à elle, basée non pas sur «l'achat» de polices d'assurance mais sur le principe de la «Donation» ou Tabarru' effectué par des participants dans un «Fonds de Takaful» qui sert à indemniser ses membres subissant d'éventuels sinistres. L'incertitude persiste, mais la Charia islamique accepte l'incertitude lorsqu'il s'agit de donation, même si celle-ci est conditionnée. Par son principe, le Takaful fonctionne ainsi tout comme l'Assurance mutualiste.
Par ailleurs, le Fonds de Takaful qui appartient à ses participants est géré par une entreprise commerciale appelée «Opérateur Takaful», indépendant du point de vue capitalistique du fonds en question et contrôlé par un «Comité de Charia» indépendant qui veille au respect de la Charia dans tout le procédé de l'assurance et notamment en ce qui concerne l'investissement des donations dans des actifs éligibles tels que les Sukuks ou obligations islamiques et autres titres et actifs licites.
Quant aux produits d'assurance islamique, ils sont pratiquement les mêmes que ceux de l'assurance conventionnelle, même si certaines clauses de certains contrats peuvent poser un problème du point de vue de la Charia. Ceci comme, par exemple, le cas d'un accident de véhicule ou le conducteur était en état d'ébriété ou le cas du suicide dans l'assurance décès.
✔ F. N. H. : Quelles conclusions tirez-vous de l'assurance islamique dans la région Mena?
✔ M. A. M. : La région Mena avec sa population estimée à plus de 315 millions d'habitants à plus de 92% musulmane représentant ainsi plus de 20% de la population musulmane mondiale, avec 60% des réserves mondiales de pétrole et 45% de celles de gaz naturel, a atteint un PIB global de 2.000 milliards de dollars américains en 2011, soit un PIB moyen par habitant de plus de 5.000 $ ainsi qu'un des ratios Dette/PIB les plus faibles au monde. Cette région est globalement l'une des régions de la planète les plus riches, les moins endettées et les plus homogènes d'un point de vue linguistique, culturel et religieux.
Cependant, de très grandes disparités de développement économique, financière et sociale existent comme par exemple entre les monarchies du Golfe et certains autres pays de la région.
Cela est dû à des facteurs historiques depuis l'époque coloniale où des frontières, savamment étudiées par des puissances coloniales avides des richesses des pays de la région, ont été tracées pour leurs seuls intérêts et ceux de leurs multinationales pétrolières. Après cela et à quelques exceptions près, des dictatures corrompues installées, et surtout manipulées par ces mêmes puissances et ces mêmes multinationales, ont continué à entretenir la division entre les peuples de la région et à brader les richesses de leurs pays aux puissances extérieures au détriment du développement de leurs pays et de la prospérité de leurs concitoyens.
Avec la révolution arabe qui a commencé et le processus de démocratisation qui débute, une chance historique s'offre à la région Mena pour une meilleure intégration politique, économique et financière entre les différents pays, surtout avec l'accès au pouvoir des partis islamiques dans différents pays de la région. Cela sans oublier, bien, sûr, les défis et les risques d'une telle entreprise.
De manière générale, la finance islamique contribuera sans aucun doute grandement à ce mouvement en augmentant la coopération économique Est-Ouest et en encourageant les pays riches de la région à investir dans les autres pays moins nantis. Plus particulièrement, l'assurance islamique contribuera à augmenter l'épargne publique de la région de manière très significative car, jusqu'à présent, de très nombreux ménages craignant l'épargne illicite et interdite étaient tout simplement hors du circuit bancaire et assurantiel conventionnel, sans oublier ceux qui, par nécessité, étaient contraints d'utiliser les circuits d'épargne et de financement conventionnels.
✔ F. N. H. : Comment évoluent ces produits dans cette région?
✔ M. A. M. : Là aussi une grande disparité existe entre des pays comme le Soudan où seules la finance et l'assurance islamiques sont autorisées représentant ainsi 100% de leurs secteurs, les pays où les deux systèmes cohabitent et ceux qui ont jusqu'à très récemment interdit la finance et l'assurance islamiques.
Dans le cas des pays avec une longue expérience de la finance et de l'assurance islamiques on a constaté que celles-ci ont atteint en moyenne 50% de parts de marché avec une progression annuelle d'environ 20 à 25% par an sur les trente dernières années, aussi bien dans la banque que dans l'assurance islamique.
En termes de perspectives, les pays qui s'ouvrent à la finance et à l'assurance islamiques vont connaître une forte progression de leurs marchés financiers et de leur épargne. Cela non pas par simple transfert de l'épargne existante vers l'épargne «halal», mais surtout par une nouvelle épargne qui était jusque-là hors du circuit conventionnel.
✔ F. N. H. : Quels ont été les freins à la mise en place et la commercialisation de ce genre de produits?
✔ M. A. M. : Comme toute nouvelle industrie plusieurs freins peuvent ralentir son développement, mais cela n'est absolument pas lié au caractère islamique de cette industrie.
Les défis principaux sont au nombre de trois : (1) réglementaire, avec l'adaptation plus ou moins rapide et réussie de la réglementation à la finance et à l'assurance islamiques, (2) financier, avec le développement indispensable d'un marché de Sukuks d'Etat et (3) de ressources humaines, avec le besoin de former des cadres et des dirigeants qualifiés dans la finance et l'assurance islamiques.
✔ F. N. H. : Est-ce que le Maroc a une expérience à tirer du cas tunisien?
✔ M. A. M. : À vrai dire, l'expérience tunisienne, avec quelques banques islamiques et une seule compagnie de Takaful qui n'est pas encore opérationnelle, n'est pas suffisante pour en tirer une expérience.
Pour trouver l'expérience la plus réussie, il faut paradoxalement chercher en dehors de la région Mena et plus particulièrement en Malaisie. Ce pays, avec une population musulmane d'environ 50% du total de sa population, à réussi à implanter efficacement et durablement la finance et l'assurance islamiques même si elles continuent à coexister avec le système conventionnel. Cette expérience est réussie à tel point qu'elle a pu rallier la population non-musulmane qui représente environ 60% de la clientèle des firmes islamiques.
La clé réside sans doute dans le volontarisme de l'administration malaysienne qui a encouragé de manière effective et efficace le développement du système islamique, non seulement d'un point de vue législatif et administratif, mais également avec toute une organisation pilotée par la Banque centrale «Negara» qui considère le système islamique non pas comme un «compartiment» alternatif à la finance conventionnelle, mais bien comme un système financier à part entière. Le système financier islamique malaysien a ainsi, et en moins de deux décennies, fait ses preuves et a considérablement contribué à développer le marché de l'épargne publique avec un taux de pénétration de l'assurance de plus de 5 à 7% du PIB ainsi que le développement de la part de la dette intérieure plus accessible, moins coûteuse et sans effet sur les réserves en devises du pays, et ce par le développement du marché des Sukuks. Tout cela pour la croissance et le développement social du pays et son indépendance économique.
✔ F. N. H. : Pensez-vous que le Maroc détient les potentialités nécessaires pour mettre en place l'assurance islamique et les autres produits découlant de cette finance, en général?
✔ M. A. M. : Le Maroc, se classe deuxième en Afrique aussi bien dans la finance, avec la seconde capitalisation boursière du continent, qu'en assurance. Il est également le champion de la région Mena par sa capitalisation boursière, la taille de son marché d'assurance et de l'épargne publique ainsi que par le dynamisme de son secteur financier.
L'industrie financière marocaine est également la plus développée et la plus sophistique de la région.
Nous pouvons ainsi dire, et toute chose étant égale par ailleurs, que le Maroc est le pays de la région Mena qui a le potentiel le plus important pour réussir à développer un marché important de l'assurance et de la finance islamiques. Il n'appartient qu'aux Marocains, leur législateur, leur administration et leurs professionnels du secteur de devenir également le leader de la région dans l'assurance et la finance islamiques et contribuer ainsi, avec ce nouveau marché et ce nouveau débouché, à consolider sa position dans ces secteurs et développer davantage son système financier dans son ensemble et contribuer encore davantage au développement économique et social du pays, tout en continuant à lui garantir sa faible dépendance en terme d'endettement extérieur.
✔ F. N. H. : Comment l'assurance islamique pourrait-elle concrètement aider à dynamiser le secteur des assurances, en particulier, et l'économie du pays de manière globale?
✔ M. A. M. : L'assurance islamique pourrait drainer une nouvelle épargne à long terme via l'assurance-vie islamique, contribuant ainsi à dynamiser le secteur de l'assurance dans son ensemble.
Cette épargne contribuera au développement économique du pays de manière globale, car elle va être investie dans l'économie à travers la Bourse, dans la dette publique à travers des Sukuks qui sont des instruments très bien adaptés au financement des infrastructures, dans les entreprises non cotées, en création ou en développement, à travers le «Private Equity» et dans tous les autres secteurs économiques licites tels que l'immobilier et, dans certaines conditions, le tourisme.
La finance islamique, de manière générale, pourrait attirer de nouveaux capitaux étrangers et notamment de la région du Golfe, ce qui permettrait à la fois au Maroc d'augmenter et de diversifier ses sources de capitaux étrangers, rééquilibrant ainsi ses ressources extérieures de financement et diminuant sa dépendance par rapport à d'autres zones historiques telles que l'Europe. Ceci d'autant plus que les investisseurs et les banques islamiques partagent le risque avec les entrepreneurs, contrairement aux pays et autres institutions supranationales qui privilégient les instruments de dette qui peuvent s'avérer très préjudiciables à long terme au pays, à son économie et à son indépendance comme l'ont récemment montré de nombreux pays dont l'économie est principalement basée sur l'endettement extérieur. ■
Propos recueillis par W. Mellouk


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