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Secteur IT : le manque de profils, une menace pour l'activité
Publié dans Finances news le 24 - 10 - 2019

Sur les 8.000 ingénieurs formés annuellement, 600 quittent le Maroc.
La formation des écoles d'ingénieurs n'est plus adaptée aux besoins du marché déplorent certains patrons.

Par Y.S

Le secteur Tech se porte bien, mais peine à recruter. La carence des profils IT et la fuite des ingénieurs font partie des obstacles sur lesquels butent les entreprises. Une problématique dont le secteur pâtit depuis déjà quelques années, et qui malheureusement perdure. La baisse de la compétitivité des entreprises, l'effritement de l'attractivité des investissements, en sont, entre autres, les conséquences directes.
Le phénomène s'intensifie depuis un temps. Voici quelques chiffres pour vous en illustrer l'ampleur : 600 ingénieurs quittent le pays annuellement pour travailler sous d'autres cieux, selon le ministre de l'Education nationale, Said Amzazi.
3 entreprises étrangères viennent tous les 15 jours pour recruter une dizaine d'ingénieurs, rapporte la Fédération marocaine des technologies de l'information, des télécommunications et de l'offshoring (APEBI).
60% des informaticiens marocains auraient déjà été approchés par des recruteurs à l'étranger (ce chiffre grimpe à 85% pour les Bac+4). Des constats alarmants, alors que le Maroc, en pleine mutation technologique, a plus que jamais besoin de ses compétences.

La formation ne suit pas
A entendre les patrons IT, recruter un profil s'apparente à un véritable tour de force. Pour le président de HPS, Mohamed Horani, «le secteur est familiarisé avec ce concept de pénurie qui est en partie dû au manque de diversification des profils». Il a aussi fait part de son inquiétude sur la vague de fuite des cerveaux marocains qui ne cesse de s'aggraver.
Même son de cloche du côté de l'intégrateur IT, Microdata. Son fondateur, Hassan Amor, a indiqué, qu'il y a une vraie problématique de ressources humaines dans le secteur avec une absence marquée d'ingénieurs IT sur le marché d'emploi.
Pour lui aussi, le problème émane de la formation qui ne serait pas adaptée aux réels besoins du marché. «Aujourd'hui, le secteur évolue vite et les écoles d'ingénieurs doivent adapter leurs formations».
Et de préciser : «la difficulté réside dans le fait que les cycles des affaires tout comme celui de l'innovation évolue à un rythme effréné. Chaque 2 ou 3 mois, de nouvelles tendances technologiques font surface». En clair, les compétences nécessaires aujourd'hui devront être adaptées aux besoins de demain.
Ces sociétés technologiques cotées à la Bourse de Casablanca essaient de retenir les profils IT à travers des rémunérations, parfois exorbitantes, et via des commissions supplémentaires, ce qui n'est pas sans conséquences sur le niveau de charges de personnel qui tend à augmenter. Autre témoignage, cette fois-ci du côté des compagnies d'assurances :
«La bonne nouvelle c'est qu'on a de bons profils IT. La mauvaise c'est que l'on a du mal à les retenir», déclarait récemment Ramses Arroub, PDG de Wafa Assurance, faisant allusion à la fuite des talents.
Youssef El Alaoui, vice-président général de l'APEBI, résumait la situation dans nos colonnes la semaine passée, «le peu d'ingénieurs formés au Maroc (8.000 contre 15.000 en Tunisie) constitue également un handicap de taille. A cela s'ajoute la fuite des talents. Cette donne ouvre la porte à l'importation de services ou de solutions digitales parfois à des prix exorbitants».

Compétences étrangères
Si le diagnostique est clair, remédier au manque n'est pas aisé. L'APEBI s'est emparée de la problématique au côté de l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (Anapec). Deux solutions sont mises en place : recruter des compétences étrangères et former les compétences marocaines.
Pour la première alternative, la procédure de recrutement des étrangers a été simplifiée. Les délais de traitement des visas de contrat de travail ont été réduits à 48 h (contre 20 jours), alors que les frais sont passés de 5.000 DH à 1.500 DH par dossier.
En partenariat avec l'Anapec, la deuxième solution consiste en un programme de formation de reconversion des diplômés scientifiques BAC+3, à travers un certificat de qualification professionnelle (CQP). Ce programme permet aux fédérations professionnelles ayant des métiers sous tension de produire des compétences pour répondre à leurs marchés.
La formation durera 9 mois en alternance entreprise / formation (6 mois en formation + 3 mois en entreprise adhérente au dispositif). Le CQP sera expérimenté en premier dans 5 régions à savoir (Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra, Sous Massa, Fès-Meknès et Nord) avant d'être généralisé à travers le Royaume.
Bref, une bouée de sauvetage pour les entreprises à la recherche de compétences en technologies. Mais ces mesures suffiront-elles ? Le secteur croise les doigts. ◆


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