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Industrie du papier et de l'emballage : Le dumping, une épée de Damoclès
Publié dans Finances news le 07 - 02 - 2013

Concurrence espagnole et chinoise, cherté de l'énergie, absence de formation, manque de matière première et absence d'un système de ramassage de papiers et cartons usés. Ce sont les principaux défis auxquels est confrontée l'industrie du papier et de l'emballage au Maroc.
Le point avec Mounir El Bari, Président de la FIFAGE et Directeur général de GPC.
Finances News Hebdo : Avez vous les derniers chiffres de l'industrie du papier, par exemple la consommation totale par habitant en papier, le nombre d'entreprises, les employés au Maroc ... ?
Mounir El Bari : Le Maroc reste un pays pauvre en consommation du papier puisque actuellement nous ne dépassons pas les 15 Kg/an/ habitant vs 150 Kg/an/habitant pour la plupart des pays européens et vs 250 Kg /an/habitant pour les USA.
Bien sûr, la consommation du papier est directement liée au développement d'un pays, au pouvoir d'achat des habitants et au nombre de touristes que draine le pays.
La production nationale de 230.000 tonnes de papier par an est assurée par :
CMCP Kénitra : 120.000 tonnes,
Med Paper : 50.000 tonnes,
GPC : 25.000 tonnes,
Lex papier : 25.000 tonnes
SIPAT : 8.000 tonnes,
Ces cinq sociétés emploient quelque 1.500 personnes pour leurs activités papier.
Nous annonçons aussi l'arrivée sur le marché d'un dernier arrivant pour la fabrication du papier tissu : Al Jisr du Groupe Badaa qui détient la marque des couches Badaa.
La production nationale assure les 45% du besoin. Elle est ventilée comme suit : papier pour ondulé, papier impression écriture, papier emballage, papier tissu.
F. N. H. : Quelles sont les retombées de l'ALE avec l'Union Européenne sur le secteur du papier ?
M. E. B. : Le Maroc ne produit pas les papiers spéciaux et d'autres papiers tels que le couché qui demande des investissements très onéreux.
Donc, la place de l'importation au Maroc est là et elle comble le déficit en production de notre industrie.
Les papetiers marocains se sont bien préparés à l'ALE et au démantèlement tarifaire : fusion – absorption, achats, partenariats, ....
De ce fait, le secteur du papier marocain est aujourd'hui compétitif.
Ce secteur très capitalistique est d'ailleurs détenu par de Grands Groupes marocains et internationaux qui investissement toutes les années pour maintenir l'état du matériel de production.
On peut citer : International Paper qui détient aujourd'hui 100% de la société CMCP, le Groupe Sefrioui qui détient Med Paper, le Groupe ChaabiI actionnaire à 100% de la GPC, le Groupe Kendouci de Meknès pour la SIPAT,...
F. N. H. : Parmi les explications fournies sur le profit warning de Med Paper, les importations en provenance de l'Union Européenne inondent le marché local et leurs tarifs sont presque équivalents au coût d'achat de la matière première des industriels marocains. Aussi, la cherté de l'énergie augmente le coût de revient du produit local. Comment les opérateurs locaux font-ils face à ce genre de contraintes ?
M. E. B. : En ce temps de crise européenne, quelques usines espagnoles préfèrent exporter au Maroc en appliquant des prix très bas par rapport à leurs marchés et par rapport au marché marocain.
Ces usines pratiquent le dumping pour couvrir une partie de leurs charges variables et pour éviter des arrêts d'usine et des problèmes sociaux en attendant des jours meilleurs.
Ceci perturbe beaucoup notre industrie et la plombe en plus des problèmes structuraux qu'elle connaît :
Cherté de l'Energie ; le fuel et l'électricité représentent quelques 20 % du coût de revient au prix actuel. Si demain le fuel n'est plus subventionné par l'Etat, il faudrait proposer à notre industrie un plan B pour la sauver de la crise cardiaque. Les pays exportateurs au Maroc ont un prix d'énergie pas cher grâce au gaz algérien (cas de l'Espagne) ou grâce à la production du pétrole : en Egypte, pays exportateur aussi en grande quantité au Maroc surtout pour le papier blanc, le fuel est trois fois moins cher, en plus du SMIG et des vieux papiers qui sont à des niveaux très bas.
Absence de formation au Maroc : aucune formation pour le papier /carton n'est proposée au Maroc : nos techniciens et ingénieurs apprennent sur le tas à des coût très élevés.
Le Maroc n'est pas un pays à vocation forestière : 13% seulement de la surface du pays sont couverts d'arbres. Un taux très faible !
Le seul fabricant de pâte à papier au Maroc vit une double concurrence : une concurrence à l'achat du bois d'eucalyptus au cours international et une concurrence à l'export de la pâte à papier puisque seuls Med Paper, Sipat et Al jisr utilisent de la pâte à papier fibre courte à base d'eucalyptus.
Aujourd'hui, tous les opérateurs du secteur travaillent d'arrache-pied pour baisser leurs charges fixes et maitriser les ratios de consommation des principaux intrants.
A signaler que la majorité des acteurs de notre secteur sont certifiés QSE (Qualité, Sécurité, Environnement) ISO 9001 V 2008, OHSAS 18001 V 2007, ISO 14 001 V 2004 et quelques uns ont engagé le «Lean Manufacturing» en collaboration avec INMAA afin d'améliorer leurs productivités.
F. N. H. : Le recours à la production à base du vieux papier et de l'emballage peut il améliorer la performance des industriels du papier au Maroc ?
M. E. B. : Le recyclage «second life» est une pratique qui s'applique au Maroc depuis les années 50. D'ailleurs, seuls le papier impression écriture, le papier tissu blanc et une partie du papier duplex sont fabriqués à partir de la pâte à papier. Les autres types de papier, à savoir le papier pour ondulé, le papier emballage, le carton plat sont fabriqués à partir de 100% de vieux papiers/cartons.
Le prix d'achat moyen des vieux papiers par les usines est de l'ordre de 0,90 DH HT/kg vs entre 5,50 et 7 DH HT/kg de la pâte, en fonction de sa qualité et du type de papier produit.
Bien sûr que les prix de la matière ne sont pas les mêmes, mais le prix du papier fabriqué n'est pas le même non plus : le PP0 et le papier emballage recyclé se vendent entre 3 et 5 DH HT/ Kg et le papier impression à base de 100% pâte se vend entre 9 et 10 H HT/kg au Maroc (pour le dumping, les prix sont plus bas).
La problématique des vieux papiers, c'est la quantité ramassée au Maroc. Elle est dérisoire du fait que le secteur de ramassage n'est pas structuré et vit encore dans l'informel.
Aujourd'hui, le ramassage des vieux papiers/cartons est régi par la loi de l'offre et la demande.
Notre fédération, la FIFAGE, milite depuis plusieurs années pour organiser ce sous–secteur délaissé par les pouvoirs publics.
Le Maroc ne ramasse aujourd'hui que 30% de sa consommation vs 60% pour les pays européens et 80% pour le Japon et l'Allemagne leaders dans ce domaine.
Notre fédération a organisé en 2010 et en 2012 deux journées nationales pour le ramassage et la collecte des vieux papiers et cartons. Ces journées avaient pour but de lancer un appel afin de structurer le ramassage et la collecte au Maroc et afin de donner un statut au chineur ou chiffonnier (mikhali) qui ramasse dans nos poubelles et qui rend un grand service à notre économie.
D'ailleurs et dans ce sens, notre fédération a signé une convention avec l'association Heure Joyeuse afin de mettre en place sur Casablanca une opération pilote de tri à la source, de collecte et de ramassage par des personnes démunies à la recherche d'un emploi honorable.
Rappelons que ce type de métier ne demande aucune qualification et que notre secteur est prêt à:
a/ assurer le marché à ces ramasseurs,
b/ aider des nouveaux ramasseurs à comprendre rapidement ce métier,
c/ participer financièrement à la mise en place de projets pilotes : bennes, moyens de ramassage et sensibilisation des pouvoirs publics (journées nationales, films sur le secteur, ...)
F. N. H. : Que pensez-vous de la loi antidumping par rapport au contreplaqué chinois ?
M. E. B. : Aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin de soutenir notre industrie et le bilan des ALE n'est pas terrible. D'ailleurs, en tant que Président de la fédération j'avais toujours contesté dans des réunions officielles la rapidité d'exécution de quelques ALE.
Les pays en développement ne voient aucun inconvénient à appliquer des mesures non tarifaires quand ils voient que leurs industries sont en danger ! Alors, la loi antidumping arrive pour consolider ce raisonnement.
Ensemble pour protéger notre industrie créatrice de valeur ajoutée et d'emploi !


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