L'OCP lance un emprunt subordonné perpétuel plafonné à 5 Mds de dirhams pour financer son plan de développement et d'investissement qui porte sur environ 200 milliards de dirhams sur la période 2008-2025. Un programme stratosphérique en apparence, justifié par la présence sous nos pieds des plus grandes réserves mondiales de phosphates. La note d'informations qui accompagne cette levée obligataire remet à l'ordre du jour un vieux fantasme populaire selon lequel le Maroc est le plus grand réservoir de phosphates dans le monde. Une affirmation devenue tellement banale qu'on en oublie de chiffrer ces réserves. Combien d'entre nous connaissent vraiment le potentiel du Royaume en la matière ? Pour attirer les investisseurs nationaux et les pousser à souscrire à cet emprunt, l'Office a préféré sortir le grand jeu. Au-delà de sa signature, le géant des phosphates a voulu expliquer les fondamentaux de son marché en publiant les données actualisées du département d'études géologiques des Etats-Unis datant de janvier 2016. On y apprend que l'écrasante majorité des réserves mondiales se trouve au Maroc. En chiffres, 72,4% des gisements de roches phosphatées se trouvent dans (sous?) le Royaume. Le reste des gisements se trouve en Chine, au Moyen-Orient et aux Etats-Unis. De vastes gisements non sédimentaires ont également été recensés au Brésil, au Canada, en Finlande, en Russie et en Afrique du Sud. Ainsi, d'après le rapport publié en janvier 2016 par l'USGS, les réserves mondiales de roches phosphatées sont évaluées à environ 69 milliards de tonnes, dont 50 milliards se trouvent au Maroc. Si le Maroc est doté d'autant de réserves naturelles, c'est grâce à son passé géologique. Les réserves de roches sont généralement localisées dans d'anciennes zones de remontée des eaux océaniques et d'anciens milieux pauvres en énergie. Les zones côtières exploitées actuellement par l'OCP étaient toutes recouvertes jadis par l'Océan Atlantique, les formations de roches phosphatées se présentant le plus souvent sous la forme de phosphorites sédimentaires d'origine marine. L'OCP faiseur de marché Malgré son niveau de réserves, le Maroc n'est pas le premier producteur mondial. La Chine produit 4 fois plus que le Maroc qui est second mondial. Mais, après tout, l'avenir appartient à ceux qui «en ont sous les pieds». Car le phosphore contenu dans les roches phosphatées est principalement utilisé dans la production d'engrais : ceux-ci représentent environ 88% de la demande mondiale de produits phosphatés. C'est d'ailleurs ce qui a poussé le Maroc et l'OCP à changer de stratégie et opter pour la production d'engrais, génératrice d'une plus grande valeur ajoutée de marges et de revenus pour le Royaume. L'OCP prévoit ainsi d'atteindre une production de 21,3 millions de tonnes d'engrais en 2025, contre 8,5 millions de tonnes en 2015. En 2016, l'IFA a estimé que la demande mondiale d'engrais devait croître de 2,9% par an pour atteindre 186,3 millions de tonnes en 2016-2017. De son côté, Argus, spécialiste de l'information dédiée à ce domaine, affirme que la consommation mondiale d'engrais phosphatés devrait atteindre 54,1 millions de tonnes à horizon 2029 (ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 1,8% entre 2014 et 2029). Autant dire que le potentiel de l'OCP, malgré un investissement estimé à 200 milliards de dirhams sur la période 20082025, paraît tout d'un coup ridicule par rapport aux besoins mondiaux. C'est ce dosage qui semble être la clé de la réussite. Car faire tourner la machine à plein régime enverrait les prix vers le plancher et le Royaume n'y gagnerait rien. L'avenir de l'agriculture mondiale se joue au Maroc, et c'est là notre vraie richesse qui, de plus, est durable.