Le baromètre RH annuel de Randstad et de la Vlerick Business School révèle un changement de cap majeur : après une longue période de stabilité, les entreprises belges anticipent un gel des embauches, voire des restructurations. Un signal d'alerte sur la santé économique du pays, même si les auteurs appellent à nuancer ces résultats. Pour la première fois en douze ans, le baromètre RH annuel réalisé par Randstad en partenariat avec la Vlerick Business School enregistre un basculement inquiétant. Les grandes entreprises belges se préparent de manière nettement plus marquée à un ralentissement économique et à d'éventuelles restructurations. Le score médian de l'indicateur mesurant cette anticipation a bondi de 28 points, passant de 15 à 43 sur 100. À l'inverse, la priorité accordée au recrutement a chuté de dix points. Un signal d'alerte qui intervient dans un contexte de ralentissement conjoncturel et de détente du marché du travail, mais que les experts appellent à interpréter avec prudence. Un basculement inédit depuis 2014 «Nous réalisons ce baromètre depuis douze ans. À première vue, nous avons été surpris par ce point de bascule dans les catégories de la restructuration et du recrutement. Ces chiffres étaient restés assez stables jusqu'à présent», a souligné Ellen Volckaert, experte à Hudson, filiale du groupe Randstad. Les résultats de l'enquête, menée auprès de 132 grandes entreprises belges, sont sans équivoque. Interrogées sur l'importance de se préparer à une stagnation ou à une contraction de leurs effectifs (sur une échelle de 1 à 100), les entreprises ont fait grimper le score médian de 28 points, passant de 15 à 43 sur 100. Parallèlement, la priorité accordée à la sélection et au recrutement a chuté de dix points. Un renversement de tendance qui traduit un changement d'état d'esprit marqué au sein du patronat belge. Les auteurs de l'enquête soulignent que le ralentissement de l'économie et la détente sur le marché du travail expliquent en partie pourquoi certaines sociétés anticipent un gel des embauches, voire une réduction de leurs effectifs. Les perspectives moroses se conjuguent à une moindre tension sur le vivier de candidats, incitant les directions à revoir à la baisse leurs ambitions en matière de recrutement. Il convient toutefois de noter que les données ont été récoltées avant le déclenchement de la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran, qui a éclaté le 28 février 2026. L'enquête reflète donc une situation économique antérieure à ce nouvel épisode géopolitique, qui pourrait encore amplifier les tensions sur les prix de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement. Malgré cette hausse notable, Ellen Volckaert appelle à la prudence. «D'autres mesures RH restent plus importantes pour les entreprises. La restructuration figure toujours en bas de la liste des priorités», souligne-t-elle. Autrement dit, si l'inquiétude monte, elle ne s'est pas encore traduite en plans sociaux massifs. La situation varie également selon les secteurs. La nécessité de restructurer est la plus prégnante dans le commerce de détail, la chimie, l'industrie et la production. Ces secteurs, souvent à forte intensité énergétique ou très exposés aux fluctuations de la consommation, sont en première ligne face aux difficultés économiques. À l'inverse, 40 % des entreprises sondées estiment que la restructuration ne constitue pas un point d'attention majeur.