Dans un contexte international marqué par les crises climatiques, technologiques et géopolitiques, la présidente de France Terre d'Asile, ancienne ministre, et auteur de « Sevrage numérique, Najat Vallaud-Belkacem, dresse un constat sans détour : le monde traverse un moment profondément paradoxal. « Nous sommes beaucoup plus ouverts sur le monde qu'il y a quelques décennies, mais en même temps, nous assistons à un repli sur soi », observe-t-elle. Derrière l'intensification des flux d'images, d'informations, de mobilités, se cache une réalité plus inquiétante : une montée des fragmentations, nourrie par l'incertitude et l'anxiété face à un avenir jugé de plus en plus imprévisible. L'ancienne ministre souligne un point clé : la simple exposition à la diversité ne suffit pas à créer du lien. « Il ne suffit pas de voir des images pour générer de l'empathie ou un sentiment de solidarité », insiste-t-elle. Selon elle, la mondialisation numérique, loin de rapprocher systématiquement les sociétés, peut aussi accentuer les peurs et alimenter des logiques de rejet. Dans ce contexte, les discours populistes prospèrent en exploitant ces fragilités, contribuant à un recul de l'ouverture à l'autre. Le véritable enjeu devient alors expérientiel : il ne s'agit plus seulement de connaître l'autre, mais de le rencontrer réellement. Une convergence indispensable Au cœur de son intervention, Najat Vallaud-Belkacem remet l'altérité au centre du débat. Non pas comme un concept abstrait, mais comme une expérience structurante. Rencontrer l'autre, explique-t-elle, permet d'élargir ses cadres mentaux, de remettre en question ses certitudes et d'ouvrir de nouvelles perspectives. « Sans confrontation à des parcours, des identités ou des modes de vie différents, nos raisonnements restent limités à ce que nous avons toujours connu », prévient-elle. Cette ouverture n'est pas seulement individuelle. Elle conditionne également la capacité des sociétés à innover et à résoudre des problèmes complexes. Qu'il s'agisse du changement climatique ou des mutations technologiques, aucun défi majeur ne peut être résolu de manière isolée.« Je ne crois pas une seconde qu'un seul peuple puisse résoudre ces enjeux, même avec les meilleurs scientifiques », affirme-t-elle. La solution passe, selon elle, par la convergence des savoirs, des cultures et des pratiques. Une vision pleinement alignée avec la thématique de cette édition de la Science Week : les convergences. L'hybridité comme nouveau modèle Au-delà de la convergence, Najat Vallaud-Belkacem défend une notion complémentaire : celle d'hybridité. Hybridité entre cultures, entre peuples, mais aussi entre l'humain et la machine. À l'heure de l'intelligence artificielle, elle appelle à dépasser les logiques de rejet technologique pour construire des complémentarités. «Il faut se demander ce que la machine fait mieux que l'humain, pour préserver ce que l'humain fait mieux qu'elle », explique-t-elle. Refuser cette hybridation reviendrait, selon elle, à s'exclure des dynamiques d'avenir. Dans ce paysage global contrasté, l'intervenante voit dans l'Université Mohammed VI Polytechnique un exemple concret de ce que peut produire cette ouverture. Elle y salue un environnement où se croisent cultures, disciplines et perspectives, favorisant un dialogue rare et une réelle curiosité pour l'autre. Une illustration, à ses yeux, de ce que pourrait être un modèle de société capable de conjuguer diversité et cohésion. Au final, son message est clair : face aux tensions du monde contemporain, le repli identitaire n'est pas une solution viable. L'avenir passera par la capacité à composer avec la complexité, à accepter la diversité et à construire des réponses collectives. Dans un monde incertain, conclut-elle, la richesse ne réside plus dans l'uniformité, mais dans la rencontre des différences.