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Ahmed Rahhou, un banquier… huilé
Publié dans Finances news le 09 - 10 - 2008

Les maths, il les a peut-être dans les gènes. C’est ce que prête à croire Ahmed Rahhou, le PDG de Lesieur Cristal. Natif de Meknès, il est issu d’une famille de 10 enfants tous matheux à l’exception de l’aîné. Ingénieurs, docteurs en maths… ces postes, Ahmed et ses autres frères et sœurs les doivent à leur père.
Ce dernier travaillait dur pour que ses enfants puissent poursuivre leurs études et qu’ils les réussissent ! «Mon père suivait de près notre scolarité et mettait un point d’honneur à ce que tous ses enfants accèdent à l’enseignement supérieur».
Enfant sage et élevé dans la pure tradition meknassie, Ahmed Rahhou arrive à Casablanca alors âgé de 10 ans, suivant son père dans sa «migration». Une «migration» qui constituera probablement le premier chamboulement dans sa vie. «C’était en 69, nous avions quitté la petite ville traditionnelle de Meknès pour nous installer dans cette grande ville qu’est Casablanca. Ce fut un changement d’amis et d’environnement qui m’avait bien marqué dans mon enfance».
Mais Ahmed Rahhou n’en perd pas le Nord: soutenu et suivi de près par son père, il excelle à l’école. Il est toujours premier de sa classe et cette hargne ne le quittera plus. Elle lui sera même d’un grand secours pour ses classes préparatoires Sup-Spé, après avoir décroché son Bac Maths en 1976. Il travaillera dur et sera récompensé en conséquence ! Ainsi, il est accepté à l’Ecole Polytechniques de Paris. Il est important de noterque, depuis son jeune âge, Ahmed Rahhou opère par choix après mûre réflexion. Des choix qu’il assume et c’est ainsi qu’il procède. Étape par étape et sans perdre son objectif de vue.
Alors que la plupart des étudiants marocains rejoignent l’Ecole des Ponts et Chaussées après Polytechnique, lui décide d’intégrer l’Ecole Nationale Supérieure de Télécommunication de Paris. Il est d’ailleurs le premier polytechnicien marocain à rejoindre cet établissement. «Je n’ai rien contre le cliché de l’étudiant de Polytechnique, puis Ponts et Chaussées, intégrant automatiquement l’administration, mais je ne voulais pas me placer dans le public et surtout je voulais faire autrement et sortir des sentiers battus. J’ai alors tenté autre chose, mais toujours est-il que l’ENST était un choix bien réfléchi. À l’époque, on assistait à l’émergence de l’industrie informatique et télécoms comme activité du futur, ce qui m’a réconforté dans ma décision».
Il passera ainsi quatre ans à Paris, savourant cette première sortie à l’étranger. Il vivra donc ce qu’il voyait jadis à la télé. Et il connaîtra non seulement ce que la ville lumière proposait, mais entrera dans l’intimité de la vie des Français. En effet, pour s’assurer un complément de revenu, Ahmed Rahhou donnera, à l’instar d’autres étudiants marocains, des cours de soutien en mathématiques. Et être étudiant de Polytechnique lui conférait un statut particulier puisqu’il était bien payé par rapport aux étudiants d’autres écoles. «Ce fut un séjour agréable où les gens nous accueillaient chaleureusement. Le regard que la société de l’époque portrait sur nous était nettement différent : c’était un regard valorisant».
À son accoutumée, Ahmed Rahhou avait à l’avance décidé de ce qu’il allait faire de sa vie après les études. Et avant même de partir en France, il avait fait le choix de revenir au Maroc, animé par cette envie d’apporter sa contribution au développement économique du pays. En effet, son séjour en France n’avait pour objectif que de collecter un maximum de connaissances, décrocher des diplômes et les mettre par la suite au service de son pays. «Je ne dénigre pas ceux d’entre nous qui avaient décidé de rester là-bas. Mais je ne pouvais suivre autrui, de peur de ne pas pouvoir assumer. Car in fine, on n’assume que ses propres choix et le mien était de revenir au bercail. J’estime que le Maroc a besoin de ses compétences». Et il savait à l’avance ce qui le passionnerait le plus : travailler dans le privé. «Le secteur privé des années 70 manquait d’encadrement ; et il ne suffisait pas seulement de constater mais d’agir et d’apporter son expertise technique au secteur. C’était mon ambition».
Et sitôt atterri, sitôt en service. Il entame son service civil en 1982 à Royal Air Maroc. Comme il ne voulait pas travailler dans l’Administration, il avait choisi de faire son service dans un établissement public, certes, mais doté d’une gestion à l’instar du privé. Entre l’ONE, l’OCP et la RAM, il optera pour cette dernière et aura une belle surprise une fois là-bas. En effet, la compagnie était en pleine mutation et amorçait un important chantier de mise à niveau des modalités de gestion, dont le contrôle de gestion, la gestion de la trésorerie aux normes internationales, la gestion des RH… Bref, Ahmed Rahhou ne pouvait pas mieux tomber. Le staff de l’entreprise avait une réelle volonté de moderniser l’entreprise et de la doter d’instruments de gestion aux normes internationales. Le revers de la médaille était le salaire de circonstance. «Je m’y attendais un peu, mais ce qui peut paraître rationnel dans la théorie, n’est pas toujours simple à mettre en place dans la vraie vie».
La RAM a été un excellent tremplin pour Ahmed Rahhou qui a acquis une expérience certaine en matière d’amélioration des outils de gestion. Il se lance alors, et pendant un an, dans l’expérience du consulting avec un cabinet français. De 85 à 86, il travaillera sur un projet très important, un vrai défi pour lui en fait. Il s’agissait de doter l’Office National des Postes et Télécommunications d’outils de gestion performants et, dans un second temps, d’accompagner la séparation des activités Poste et Télécoms de l’Office. «Il fallait doter chacune des filiales d’outils lui permettant de se développer. Je suis toujours de près le développement des télécoms étant également membre du Conseil de l’ANRT». Une riche expérience qui durera un an avant qu’Ahmed Rahhou ne soit happé par le secteur bancaire. Même si beaucoup ne voyaient ce que faisait un polytechnicien dans le secteur bancaire, le passage d’Ahmed Rahhou au Crédit du Maroc a été une expérience concluante, montrant encore une fois la pertinence de sortir des sentiers battus. D’ailleurs, il y est resté 17 ans, multipliant les challenges. Il a ainsi chapeauté plusieurs réformes. C’est certainement la raison pour laquelle il a été repéré par l’ONA dont il préside la filiale Lesieur Cristal depuis 2003. C’est cet esprit de réformes, d’amélioration des outils de gestion et, surtout, l’esprit challenger qui lui ont valu ce poste, qui n’est pas de tout repos d’ailleurs. Puisque Ahmed Rahhou a atterri au moment où il fallait préparer l’entreprise à la libéralisation pour faire face à la concurrence.
«Il n’était pas facile de me détacher du secteur bancaire, mais il me fallait découvrir un autre aspect de l’économie nationale. Le fait de voir l’industrie de l’intérieur m’a vite poussé à tenter cette expérience».
En tant que manager, Ahmed Rahhou accorde une grande importance au partage des informations pour instaurer la confiance au sein de l’équipe dirigeante. En contrepartie, il aime que les gens autour de lui expriment leurs avis, critiques ou remarques … Et c’est minutieusement qu’il relit les comptes-rendus des réunions et n’éprouve aucune gêne à revenir en arrière quand une décision ne produit pas l’effet escompté. Par contre, il n’accorde pas de place dans son cœur ni dans sa vie professionnelle aux béni-oui-oui.
«À un moment, il faut savoir décrocher, changer d’air, se retrouver en famille et s’adonner à ses loisirs pour ne pas «buguer». Il faut savoir faire le vide dans sa tête et prendre le temps de s’auto-évaluer». C’est ainsi qu’Ahmed Rahhou prend du recul pour mieux repartir. Père de deux enfants, sa famille constitue ainsi un important équilibre dans sa vie. Papa gendarme «gentil», il suit la scolarité de ses enfants comme son père l’avait fait pour lui. «Le décès de mon père a constitué un changement fondamental et difficile dans ma vie. Ça m’a donné l’impression d’avoir perdu un parapluie et d’en être devenu un pour mes enfants. Je suis très attentif à leur éducation car ce que nous inculquent nos parents est notre passeport pour la vie».
Dans le monde de la presse, beaucoup apprécient Rahhou pour sa simplicité décoiffante, surtout qu’il reste très abordable pour un PDG. Il n’est pas sur un piédestal, mais très collé à la réalité. Et c’est une personne très positive, assumant la vie qu’elle mène et surtout convaincue que chacun a son rôle à jouer. «J’aimerais juste apporter une plus importante contribution au monde associatif».
Mais ce qu’il espère par-dessus tout est que l’ascenseur social soit remis en marche. «J’ai vécu ça ! L’ascenseur social est un moteur de confiance dans un pays et donne l’espoir aux parents quant à l’avenir et aux chances de réussite de leurs enfants».


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