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Lutte contre la pauvreté : Quand la croissance augmente les inégalités
Publié dans Finances news le 03 - 12 - 2009

* Si le taux de pauvreté n’a enregistré aucun changement entre 1991 et 2001 en milieu rural, il s’est accru en milieu urbain.
* L’augmentation de la croissance économique à l’échelle locale entraînerait une réduction de la pauvreté communale, de façon plus proportionnelle que la croissance.
Une croissance économique rapide n’implique pas une diminution de la pauvreté. Au contraire, elle risque de laisser de côté une partie de la population tout en augmentant les inégalités. En effet, la relation de l’inégalité avec la croissance varie d’un contexte à l’autre.
Ainsi, la question qui se pose avec acuité concerne la capacité des ménages à s’extraire de la pauvreté. L’analyse des caractéristiques démographiques et socioéconomiques des ménages montre que «certains facteurs sont fortement corrélés à la baisse de la pauvreté, alors que d’autres s’avèrent inhérents à sa persévérance», note une étude récente du HCP.
Certes, les stratégies de développement économique se sont traduites progressivement par une croissance des agrégats macroéconomiques, soit un taux de croissance moyen de 5%.
Néanmoins, la distribution de richesses créées ne favorise pas l’ensemble des couches sociales. Le taux de pauvreté connaît une forte fluctuation malgré les différentes initiatives prises. Pour remédier à la situation, l’Etat est appelé à adopter une nouvelle politique de lutte contre la pauvreté en ciblant les zones les plus marginalisées.
Forte fluctuation du taux de pauvreté
L’évolution de la pauvreté au Maroc a été marquée, depuis l’indépendance, par une tendance générale à la baisse, malgré les niveaux élevés enregistrés en milieu rural.
Si la période allant de 1959 à 1985 a été marquée par un recul continu de la pauvreté, cette dernière a été caractérisée par une hausse irrégulière au cours de la période avec une fluctuation de la variation des taux de pauvreté, tantôt à la baisse, tantôt à la hausse pendant les vingt dernières années. En effet, cet indicateur a chuté de 55 à 21% pendant les 25 premières années après l’indépendance. Mieux encore, le taux de pauvreté a baissé de 43% à 38% entre 1959 et 1971, puis à 13,3% en 1985.
En revanche, la succession des années de sécheresse a provoqué une augmentation du taux de pauvreté entre 1991 à 1998.
Mais l’analyse des éléments de la pauvreté montre que l’ampleur et la sévérité de la pauvreté ont connu une diminution de grande taille durant la période 1985-1991. De son côté, l’intensité de la pauvreté a chuté de 5,5% à 2,7%. L’analyse de l’évolution de la pauvreté entre 1991 et 2001 aboutit à trois conclusions. Le milieu urbain n’a connu aucun changement concernant la structure de la pauvreté. Pour sa part, le milieu rural a enregistré une augmentation de la pauvreté au cours de la même période. En terme d’incidence, «la pauvreté rurale s’est accrue de près de 7%, contre seulement 2,2% pour l’intensité de la pauvreté et 1% pour la sévérité de la pauvreté», stipule l’étude de du HCP. Par conséquent, la pauvreté s’est aggravée au niveau national sur la même période. Cette évolution défavorable tant au niveau rural qu’à l’échelle nationale s’explique, en grande partie, par l’impact du PAS, notamment en termes de chômage des diplômés et des sécheresses récurrentes des années 1990. Cette situation a accéléré la baisse du revenu réel, ce qui a fragilisé la situation de nombreux ménages, notamment en milieu rural.
Dynamique de la pauvreté en milieu rural
L’impact de la croissance locale sur la réduction de la pauvreté des communes rurales n’a pratiquement pas changé. En contrepartie, l’analyse de plusieurs indices montre que «la conjonction de la croissance des communes et la réduction des écarts intercommunaux en milieu rural, peuvent se révéler comme déterminantes de la baisse de la pauvreté rurale».
Côté démographie, les analystes du HCP affirment que la fécondité a augmenté dans les communes ayant connu une baisse de la pauvreté. Dans ce sens, la fécondité est négativement corrélée avec la pauvreté, dans un premier temps. En fait, seules les communes ayant un nombre moyen d’une femme avec de moins de 4 enfants, sont relativement moins exposées au risque de pauvreté. La part de la population âgée est positivement corrélée avec la pauvreté communale dans la mesure où cette articulation concerne près de 85% des communes rurales.
«L’augmentation de la croissance économique à l’échelle locale entraînerait une réduction de la pauvreté communale, de façon plus proportionnelle que la croissance», affirme l’étude du HCP.
En conclusion, le taux de pauvreté demeurera à un niveau élevé malgré une croissance économique favorable. Seule une politique de développement locale prenant en considération les caractéristiques de chaque région, est en mesure d’atténuer les écarts et de créer une dynamique économique et sociale réelle. Certes, plusieurs institutions de développement dont l’objectif est le développement local ont vu le jour pendant la dernière décennie. Cependant, les résultats en terme de désenclavement des zones pauvres demeurent médiocres.


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