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Entretien : «La théorie du marché légitime les inégalités sociales»
Publié dans Finances news le 28 - 01 - 2010

* La crise économique est également d’ordre intellectuel puisqu’aucune nouvelle doctrine n’est venue sortir
l’économie mondiale de son marasme.
* La légitimation du profit dans des activités intermédiaires a précipité la crise.
* Malgré un semblant de croissance, une nouvelle crise pourrait survenir si les problèmes liés aux inégalités sociales et à la régulation du système financier ne sont pas résolus.
* La sortie de crise sera longue, avec une possibilité de retour à une situation analogue à l’avant-crise en 2014.
* Jean-Paul Fitoussi, économiste, professeur à l’IEPF et président de l’Observatoire français des conjonctures économiques, livre son point de vue sur l’évolution de la crise.
- Finances News Hebdo : Vous avez dit, lors de votre intervention dans le cadre du Forum de Paris, que la crise que traverse le monde actuellement est intellectuelle. Ne peut-on pas dire aussi qu’il s’agit d’une crise morale ?
- Jean-Paul Fitoussi : La morale et l’économie sont deux domaines différents. Quand je parle de crise intellectuelle, c’est dans la mesure où on a appliqué une doctrine fausse à une réalité qui ne lui ressemblait pas.
Et malgré cela, on continue à croire que la doctrine est bonne. Ce qu’a dit Philipe Chalemin est clair : «les marchés, c’est toujours bien».
Maintenant, sous cette crise se cache un grand cynisme moral qui vient de la légitimation des inégalités. La théorie du marché légitime en effet les inégalités comme élément de dynamisme économique. Comme quoi, l’inégalité donne les incitations nécessaires aux gens pour qu’ils travaillent puisqu’ils savent que plus ils travaillent plus leur salaire sera élevé. Alors qu’en réalité, il n’y a pas de mobilité sociale dans notre système et les inégalités ne sont pas le moyen de progression; au contraire, elles sont un moyen de stagnation dans une société quasiment de caste.
Parce qu’il n’y a rien en commun en celui qui touche le salaire minimum et celui qui va toucher une rémunération de CEO. Donc, il y a une crise morale du capitalisme et il y a une crise de légitimation du profit, surtout lorsque ce profit s’applique à des activités dont on pense qu’elles ne devraient pas en générer parce qu’elles sont des activités intermédiaires et non des activités finales.
Les banques n’ont d’intérêt que parce qu’elles financent l’économie non pas par le produit bancaire. Ce qui intéresse, c’est le produit qu’une entreprise va vendre grâce au crédit qu’elle a contracté auprès des banques.
- F.N.H. : Cette crise, ou ce séisme financier qui a frappé le monde en 2008 et dont on souffre au jour d’aujourd’hui, n’a-t-elle pas signé la faillite du capitalisme dans le monde ?
- J. P. F. : La crise a signé la faillite de ce capitalisme-là dont on parlait dans votre première question. Mais, il est très difficile de dire que c’est la faillite du capitalisme parce qu’on ne sait pas trop à quoi l’on se réfère quand on parle de capitalisme.
Il y a en effet des capitalismes de types différents : ainsi, le capitalisme suédois n’a rien à voir avec le capitalisme américain; de même que le capitalisme français n’a rien à voir avec le capitalisme anglais. On les appelle capitalisme par commodité mais ce ne sont pas les mêmes régimes économiques.
- F.N.H. : L’économie est dopée, on sent un semblant de croissance… Ne pensez-vous pas que nous sommes dans l’œil du cyclone et que le pire reste à venir si jamais le système financier et bancaire renoue avec les anciennes pratiques ?
- J. P. F. : Il est clair que nous n’avons pas résolu tous les problèmes de sorte qu’une nouvelle crise pourrait effectivement advenir. Nous n’avons pas en effet résolu le problème des inégalités sociales, ni le problème de la régulation du système financier. Nous nous retrouvons dans une situation où les banques sont devenues encore plus grosses; par conséquent, elles peuvent encore être moins en faillite, car le contribuable sera toujours amené à payer pour les sauver.
Donc, nous n’avons résolu aucun de ces problèmes-là. Maintenant, même si cela ne conduit pas à une nouvelle crise, pour sortir de la crise actuelle, il faudra du temps parce qu’on a beaucoup baissé par rapport à 2008.
Alors, pour revenir à une situation analogue à celle de 2008, mon pronostic est que cela ne se fera pas avant 2014. Donc, on est encore aujourd’hui dans une crise forte dont le marqueur est la souffrance sociale et l’augmentation du chômage.
- F.N.H. : Concernant la difficulté de la mise en place d’une régulation internationale, pourquoi les Etats n’ont-ils pas fait jouer leur autorité dans ce sens pour imposer cette régulation aux institutions financières, puisque ce sont eux qui ont sauvé la baraque tout de même ?
- J. P. F. : Il ne s’agit pas du fait que les Etats n’arrivent pas à avoir un pouvoir sur le marché financier. Ils l’ont ce pouvoir sur le marché financier ! En effet, ils auraient pu laisser le marché financier international aller à la faillite. Mais ils ne l’ont pas fait.
En réalité, les Etats ont eu peur d’utiliser leur pouvoir parce que, là aussi, il y a l’emprise de la doctrine, alors qu’ils auraient pu imposer leurs lois, mais ils ne l’ont pas fait.
Certes, ils ont la capacité de le faire, mais ils ne croyaient pas en leur pouvoir et croyaient beaucoup trop en la doctrine qui nous a conduits à la crise. C’est pour cela que je parlais de crise intellectuelle.
- F.N.H. : Que pensez-vous de l’idée d’avoir d’autres étalons monétaires au lieu d’une dépendance au Dollar ? Cela servirait-il à l’économie mondiale ?
- J. P. F. : Ce n’est pas que cela servirait à l’économie mondiale, ça la rendrait en fait plus stable; donc cela réduit les coûts d’assurance contre l’instabilité, si je puis m’exprimer ainsi. Donc, ça rend l’économie globale plus efficace en ayant comme monnaie de réserve une monnaie stable plutôt qu’une monnaie qui valse comme le Dollar.
Et puis, cette monnaie stable existe, ce sont les droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international. Il suffit d’en fabriquer et d’alimenter les pays selon leurs besoins comme le fait une banque centrale nationale, mais à une échelle mondiale.


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