En cette période de publication des résultats annuels, un nouveau comportement, qui sonne comme un effet de mode, apparaît dans le secteur bancaire : de plus en plus de patrons renoncent à leur bonus au titre de lexercice 2009. Frédéric Oudéa, PDG du Groupe Société Générale, a renoncé à son bonus, ses stock-options et à recevoir des actions gratuites en 2010 au titre de lexercice 2009 (voir page 17). Eric Daniels, patron de la banque britannique Lloyds Banking Group a, lui aussi, renoncé à son bonus qui aurait dû sélever à 2,6 millions deuros. La démarche du Directeur général de Royal Bank of Scotland, Stephen Hester, sinscrit également dans la même veine : il renonce à son bonus qui devait dépasser 1,8 million deuros. Et il en est de même pour les deux principaux dirigeants de Barclays, le Directeur général, John Varley, et le président du groupe, Bob Diamond, qui ont renoncé pour la deuxième année consécutive à leurs bonus. Excès de générosité, brutale prise de conscience ou simple signal pour pacifier les intelligences rebelles ? En tout cas, en faisant preuve dune certaine vertu, ils sépargnent les diatribes virulentes (sans recevoir déloges) dune opinion publique très remontée à légard des pratiques du système bancaire. Mais qui narrive toujours pas à digérer les sommes astronomiques que continuent à distribuer les établissements bancaires aux traders, quand bien même elles sont en phase avec la politique de rémunération arrêtée dans le cadre du G20. Ainsi, en France, le Groupe SG va distribuer 250 millions deuros aux opérateurs de marchés, au moment où BNP Paribas a provisionné 1 milliard deuros pour ses traders, dont 500 millions à verser au cours de cette année, le reste étant subordonné à ses performances à venir. Au Royaume-Uni, selon une enquête publiée en fin de semaine dernière, les bonus des traders vont enregistrer une progression moyenne de 40% cette année Dans un environnement économique et financier encore plombé par un climat dincertitude, il semble logique que lopinion publique sémeuve face à ces largesses des établissements bancaires dont la plupart ont reçu laide publique au plus fort de la crise. Surtout que ces montants substantiels auraient pu servir à renforcer leurs fonds propres afin quils puissent mieux sacquitter de leur mission de financement de léconomie. En cela, faut-il reconnaître que même si les banques essaient, tant bien que mal, dentourer la politique de rémunération des opérateurs de marché dune certaine décence, il nen demeure pas moins vrai que les mesures préconisées, dans le cadre du G20 notamment, sont loin dêtre un rempart à la course frénétique aux profits. On en a pour preuve le comportement spéculatif des banques américaines en Asie, qui y déversent des milliards de dollars, après avoir bénéficié de laide publique et de taux dintérêt ramenés à des seuils historiquement bas. Il faut dire que les banquiers nont pas fait leurs les propos dOscar Wilde qui disait : «Lexpérience est le nom que lon donne à ses erreurs». Car, à lévidence, les erreurs commises et qui sont à lorigine de cette grave crise financière semblent avoir été oubliées un peu trop vite. La cupidité a tôt fait de reprendre le dessus et continuera, sans nul doute, à triompher. Et justement, dans son dernier livre intitulé «Le triomphe de la cupidité» (à lire absolument), le Nobel déconomie Joseph Stiglitz, dans ce quil qualifie de «faillite dun système conjuguée à une grave crise morale», avertit (une fois nest pas coutume) que nous risquons daller de crise en crise si toutefois il nest pas opéré une profonde redéfinition des fondements mêmes de léconomie mondiale. A bon entendeur