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Peste, variole, choléra et typhus...L'histoire des épidémies au Maroc
Publié dans Hespress le 05 - 03 - 2020

Le premier cas de Covid-19, en phase de devenir une pandémie en ce début de seconde décennie du 21è siècle, a été enregistré au Maroc à Casablanca. Le Royaume s'apprête, éventuellement, à faire face à une nouvelle épidémie, qui viendra s'ajouter à la longue liste de celles qui ont accompagné son histoire à travers les âges. Sans trop remonter dans le temps nous nous en tiendrons à celles du siècle dernier et éventuellement à l'actuel où choléra, variole, peste, lèpre et typhus ont dans l'espace et le temps fait partie intégrante du paysage du Royaume et de sa riche histoire.
C'est connu, les épidémies, naissent par la seule force de la nature et l'humanité est souvent impuissante à en conjurer son explosion. Elles impactent les rassemblements d'hommes et décime des populations par pans entiers. Intermittentes ou à long terme, d'invasions soudaines ou sournoises pour peu que l'on ignore son étiologie et bonjour les dégâts. L'épidémie doit certes son nom à sa propagation soudaine et rapide mais également à sa létalité. Tout au long de son histoire le Royaume en a subi les méfaits et plus particulièrement celles des maladies pestilentielles.
« Les épidémies au Maroc ont jalonné le parcours de l'histoire plus que millénaire, du Maroc. Les principales épidémies ayant marqué le Royaume sont, la variole, le Typhus, la peste et le Choléra. » nous dit le docteur Abderrahim Moustakim qui a bien voulu répondre au micro de Hespress FR. « Mais aujourd'hui alors qu'est apparu le premier cas de Covid-19, c'est la psychose qui est en train de gagner du terrain et à mon avis c'est là, la véritable épidémie que l'on doit le plus craindre. Rumeurs, fausses infos, peur et spéculations vont bientôt meubler notre quotidien».
La peste, sans remonter aux conquêtes portugaises et espagnoles du XVè siècle de quelques-unes de nos villes côtières (Sebta Asfi...), a été souvent liée à la présence militaire de l'occupant. En effet, les fléaux épidémiques furent introduits dans notre pays dans les vaisseaux de guerre des colons. Mais plus proche de nous, il est ce que l'on appelle la période des épidémies au Maroc et qui s'étend du début de l'occupation française en 1912 jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale en 1938.
Les fléaux qui ont frappé à cette époque dite de la « pacification » sont la variole, la peste, le choléra et le typhus voire la lèpre. Le débarquement des troupes françaises sur le sol marocain en 1911 fut marqué d'ailleurs, par des manifestations épidémiques de la fièvre typhoïde, de la dysenterie et du paludisme.
Mais les principales épidémies ont été la variole qui en 1913 qui fit des ravages à Bejaad, elle tuait 7 à10 personnes par jour entre 1912 et 1914 et l'onde de choc était ressentie jusqu'à Casablanca, Fès, Salé. Une quinzaine d'années plus tard, la variole connut sa meilleure époque dans la région de Souss. La maladie n'a pu être jugulée que grâce à un grand effort de vaccination dans les années 1930.
« De la peste noire au Sida, en passant par le choléra, la variole et la grippe, les grandes épidémies ont de tous temps accompagné les grandes étapes de l'histoire du Royaume », nous rappelle Dr Moustakim. « Le choléra sporadiquement explose dans le Royaume comme dans les années 1980/90, certes de moins en moins mais ces maladies fatales sont pour la plupart dues au manque d'hygiène. De nos jours il y a une prise de conscience quant à cela et le phénomène a tendance à se raréfier voire disparaître », dit-il.
Parmi les maladies pestilentielles, la peste toucha durement le Royaume au cours de l'hiver 1911. Abda, Tadla et Doukkala en firent l'amère expérience et la peste tua quelque 12 000 morts rien que dans cette dernière région. Une année plus tard elle atteignait Casablanca, obligeant les autorités à construire un Lazaret à El Ank, pour y garder en quarantaine toute personne voulant rentrer dans la ville. L'épidémie s'étendra par la suite à Rabat et Salé, et sévit jusqu'en 1917. A cette époque les grandes villes Casablanca ou Rabat n'excédaient pas les 10.000 habitants c'est dire la fatalité qui avait frappé le Royaume.
Le typhus quoique sa mortalité due était moindre que celle occasionnée par la peste, était crainte par la population et les autorités coloniales car la maladie frappait beaucoup plus souvent une population éparpillée en tribus sur tout le territoire national. L'hiver 1914, le typhus se répandit à Casablanca, Salé, Kénitra et surtout Rabat, tuant au moins une dizaine de personnes par jour dans chacune de ces villes. Une autre forme particulièrement meurtrière sévit en 1927-28. Dix ans après (1937 – 38), une autre épidémie toucha tout le Maroc, en particulier Casablanca et Marrakech, faisant plusieurs milliers de morts.
On n'occultera pas ces fléaux qui ont frappé le Royaume lors de cette période, et particulièrement dans le nord du Royaume occupé par l'Espagne la grippe espagnole en 1918 qui avait fait plus de morts dans le monde que toute la Première Guerre Mondiale. Au Maroc, ce sont des villages entiers du Rif que cette terrible épidémie a dépeuplé.
Bref les principaux fléaux auxquels le pays avait été confronté le Royaume lors de cette époque furent des épidémies véritablement dévastatrices dans un Maroc en proie à des soubresauts politiques et sociaux graves. Faut dire aussi que la population marocaine au début de ce siècle, ne dépassait guère quatre millions d'âmes. D'autres maladies à l'état endémique ou par poussées épidémiques ont marqué à coups de jalon cette période comme le paludisme, qui en 1928 fit environ 10 000 morts, ou la tuberculose, la bilharziose, la syphilis, les maladies oculaires, la lèpre …
Dr Moustakim nous explique quant à ce dernier fléau, « La lèpre, on doit son élimination à l'obstination du docteur René Rollier et de son épouse. Ils ont fortement contribué à la reconversion d'une ancienne prison à Ain Chock à Casablanca en Centre National de soins pour hanséniens. D'aucuns pensent que les années 1950 furent décisives quant à l'éradiccation. Mais je me souviens, qu'alors interne à Tanger, dans les années 80 un foyer subsistait à Chefchaouen. A la mort du Docteur Rollier sa femme a continué et continue toujours la lutte contre ce fléau tout autant fatal que les autres épidémies. »
Les méthodes pour parer en l'absence de vaccins de médicaments et d'une hygiène de vie adéquate pour parer à ces fléaux épidémiques, n'a in fine, pas beaucoup évolué de nos jours au regard de ce que le Covid-19 a engendré. Populations confinées et cordon sanitaire établis autour des villes, malades enfermés, lieux habités désinfectés voire brûlés, lutte contre les vecteurs des maladies, (rats, mouches, poux, puces etc...) sont autant de mesures pour contenir les vagues successives d'épidémies qui s'abattaient naguère sur notre pays.
Mais revenons au fil de l'histoire, à la « pacification » succéda la période dite « creuse » correspondante à la seconde guerre mondiale 1939-1945 plus caractérisée par une période de famine (exception faite au typhus qui sévit à Fès en 1942 et la peste à Casablanca en 1944), que par des catastrophes naturelles ou épidémiques.
Vint ensuite la période de décollage sanitaire (1946-1956) caractérisée par une embellie économique qui favorisa l'investissement dans le domaine médical freinant ainsi quelque peu ces fléaux. Un grand nombre d'hôpitaux furent construits durant cette période : l'hôpital Maurice Gaud à Casablanca à Oujda, Meknès et Rabat avec l'ouverture de l'hôpital Avicenne (Ibn Sina) en 1953.
Au seuil de l'indépendance, l'insalubrité, l'absence d'eau potable, ont constitué des raisons de recrudescence de maladies infectieuses comme la tuberculose, le trachome et la syphilis. Aujourd'hui d'autres épidémies dont la létalité est plus contenue ontpris le relais de celles qui ont marqué fatalement l'histoire du Royaume en particulier et de l'humanité en général.


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