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Affaire Adnane: Appels à l'instauration d'un système "alerte-enlèvement"
Publié dans Hespress le 14 - 09 - 2020

L'association « Touche pas à mon Enfant » a appelé les autorités publiques à mettre en place un système d'alerte enlèvement pour pouvoir retrouver les enfants disparus ou kidnappés plus facilement. Cette proposition intervient dans le sillage de l'affaire d'Adnane, violé et tué lundi.
L'affaire de la disparition du petit Adnane, ce garçonnet tangerois de 11 ans, a provoqué un raz de marée de réactions au Maroc. Des réactions enflammées de la part de millions de Marocains dont plusieurs ont appelé à l'application de la peine de mort pour les pédophiles et violeurs.
Plusieurs associations de défense de droits humains ont tiré la sonnette d'alarme face au kidnapping et viol d'enfants, devenus un fléau dans le royaume.
Face à l'horreur de ce qui est arrivé au petit Adnane, l'Association Marocaine des Droits de l'Homme a, une fois de plus, appelé à infliger des peines plus sévères aux violeurs qui n'écopent dans la majorité des cas, que d'une peine allant de 6 mois à 1 an, tandis que certains sont poursuivis en état de liberté, c'est à dire qu'ils courent dans la nature.
De son côté, l'association Touche pas à mon enfant, connue pour ses actions en faveur des droits des enfants, a appelé à mettre en place un système d'alerte pour signaler, à un niveau national, la disparition des enfants. Les photos et un descriptif des enfants devraient être diffusés à travers les médias de manière à alerter toute la population, selon cette proposition.
« L'ONG Touche pas à mon enfant a toujours demandé aux décideurs de l'Etat d'instaurer pour nos petits le système +alerte enlèvement+ à l'instar de plusieurs pays européens », a écrit l'association sur sa page Facebook.
« Le procureur du Roi une fois informé d'une disparition de mineur, active cette alerte-enlèvement en fournissant toutes les informations physiques et vestimentaires possibles sur le petit disparu à tous les médias audio-visuels et électroniques du pays qui auront ordre de diffuser cette alerte autant de fois par jour que nécessaire », explique l'association. « Ce système a sauvé plusieurs vies d'enfants en Europe pourquoi pas chez nous? », ajoute-on.
« Si on l'avait, ce système aurait pu sauver le petit »
Contactée par Hespress Fr, Najat Anwar, présidente de Touche pas à mon enfant a expliqué la raison principale de l'intérêt de ce système d'alerte répandu dans le monde entier. « Nous avons demandé de mettre en place le système alerte enlèvement parce que généralement les enfants disparus, on les retrouve pas, ou on les retrouve morts », a-t-elle affirmé.
« Dans les pays d'Europe qui sont proches de nous, ce système existe. C'est un outil que le procureur général met en place et le procureur du Roi donne ses instructions aux médias pour diffuser, et c'est également diffusé sur les panneaux d'affichage. C'est comme ça que nous ne mettrons plus 6 jours pour retrouver un enfant », a-t-elle ajouté, en faisant référence à la durée qu'il a fallu pour retrouver le corps du petit Adnane, kidnappé, violé, tué et enterré dans le même quartier de sa résidence.
« Si vous regardez l'un des reportages diffusés sur les chaines nationales, vous allez voir qu'il y avait un des voisins qui avait vu le petit Adnane marcher aux côtés d'un jeune homme qu'il ne reconnaissait pas. Donc si nous faisons des campagnes médiatiques sur les enlèvements, ce genre de voisins saura que l'enfant a disparu et fera une déclaration ou contactera les parents », a estimé Najat Anwar.
Et d'ajouter, toujours par rapport au cas du voisin de la famille d'Adnane qui a vu l'enfant suivre un adulte, « comme le voisin n'avait pas moyen de savoir que l'enfant était recherché par ses parents, il s'est dit que le jeune homme qui l'accompagnait était un cousin ou un membre de sa famille ».
« C'est pour cela qu'on a besoin de ce système d'alerte-enlèvement car, ce voisin aurait su et aurait alerté sur place » a-t-elle affirmé. « Si on l'avait, ce système aurait pu sauver le petit ».
El Otmani n'a pas répondu
Alors que le débat sur les lois encadrant les mœurs et la famille au Maroc fait toujours l'objet de blocages politiques et sociétaux, notamment concernant les relations sexuelles hors mariage, toutes les formes de viol et surtout le viol conjugal, la virginité de la femme, l'adultère, ce sont les victimes qui continuent de faire les frais d'idées phallocratiques, non progressistes qui profitent aux agresseurs et à ceux dont l'intérêt est d'alimenter la terreur et la loi du silence.
Si les révisions des peines pour viols dans le code pénal traînent toujours, ce système d'alerte-enlèvement « n'a pas besoin de loi ou que cela soit discuté et soumis au vote au Parlement pour être mis en oeuvre », a expliqué la militante, faisant référence à la simplicité de cette mesure qui pourrait éviter à de nombreux enfants de subir le même sort que le petit Adnane.
« Nous avons demandé à plusieurs reprises que ce système soit mis en place. Nous avons écrit au chef du gouvernement (Saad Dine El Otmani, ndlr) au sujet de la protection des enfants et nous n'avons jamais eu de réponse », a-t-elle lancé.
« On a envoyé plusieurs lettres et jamais nous n'avons reçu de réponse. Au moins, si nous avions eu une réponse, nous aurions pu avoir un rendez-vous et discuter de tout cela », a-t-elle ajouté.
Les appels sont restés lettre morte
« Nous avons nos écrits, nous avons nos traces qui montrent que nous avons abordé des problématiques de l'enfance en général et pas uniquement ce cas, mais nous n'avons jamais eu de réponse ne serait-ce que par mail, pas de retour, on ne nous envoie même pas les accusés de réception. Une fois, j'ai demandé un accusé de réception, la secrétaire m'a répondu +c'est bien reçu+ », a-t-elle déclaré sur un ton sarcastique.
Comparant son expérience avec une ministre française, Najat Anwar poursuit: « Imaginez la différence. J'avais contacté Najat Vallaud Benkacem qui était à l'époque ministre de l'Education en France, au sujet d'un projet de kit pédagogique, elle m'a répondu en bonne est due forme à travers son cabinet par courrier postal. Ici, on ne t'encourage pas », alors que la Constitution de 2011 dans son article 12 consacre le rôle de la société civile dans la démocratie.
« Les associations intéressées à la chose publique et les organisations non gouvernementales, contribuent, dans le cadre de la démocratie participative, à l'élaboration, la mise en œuvre et l'évaluation des décisions et des projets des institutions élues et des pouvoirs publics », indique ledit article.
Pourtant ce sont les associations qui connaissent mieux les réalités de terrain grâce à leur contact permanent avec la société, a fait remarquer la militante de Touche pas à mon enfant, notant que c'est la société civile qui est la plus à même d'alerter sur des phénomènes et problèmes rencontrés dans la société marocaine.


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