En un laps de deux semaines, le ministère de la Santé a averti les citoyens à trois reprises sur les risques du relâchement des mesures barrières observé récemment. Un relâchement qui a été relevé dans de nombreuses villes du Royaume depuis l'allègement des mesures restrictives, où la majorité des citoyens, fatigués de la pandémie, ont laissé tomber le port du masque et le respect de la distanciation sociale. Pour ne rien gâter, sont venus s'ajouter les variants, britannique et indien (Delta), qui gagnent de plus en plus de terrain au Royaume, selon plusieurs experts. Avec la hausse du nombre de cas de contamination, des nouveaux cas en réanimation et des décès, un reconfinement pendant la période de Aid Al-Adha n'est pas à écarter. Afin de décortiquer la situation épidémiologique actuelle dans notre pays et l'impact du relâchement des citoyens sur le déroulement de cette saison estivale qui connait l'arrivée des Marocains résidant à l'étranger et le mouvement accompagnant l'Aid Al Adha, Hespress Fr s'est entretenu avec Dr. Moulay Said Afif, membre du comité de vaccination anti-covid et président de la Fédération nationale de la santé (FNS) « L'augmentation des cas de contamination est liée au relâchement des citoyens quant au respect des mesures barrières en plus de la mobilité des gens. En plus, ces derniers pensent que le virus n'existe plus. Mais quand on observe ce qui se passe dans le monde, parce qu'on ne vit pas seuls, le virus reprend du terrain un peu partout et des mesures draconiennes sont prises dans plusieurs pays du monde, comme en Australie ou encore ou Russie », analyse Dr. Afif. En effet, l'Australie avait imposé le samedi 26 juin, le reconfinement total de la ville de Sydney, qui a connu une recrudescence des nouveaux cas Covid-19 causée par le variant Delta, plus contagieux à hauteur de 60 à 70 % que le variant anglais. La Russie, elle, est submergée par le variant Delta. En 24h seulement (mardi 29 juin), le pays a enregistré un record et recensé 652 décès. Un nombre inédit depuis le début de la pandémie. Le Maroc n'en est pas arrivé là, heureusement. Mais avec le variant Delta, la situation épidémiologique peut basculer à n'importe quel moment, craint Dr. Afif. « En l'espace de 15 jours, le ministère de la Santé a tiré la sonnette d'alarme trois fois sur le relâchement des citoyens. C'est-à-dire que la situation commence à devenir alarmante et que les citoyens doivent revenir à la raison. Puisqu'en respectant les mesures barrières, comme observé pendant la période de Ramadan, les cas de contamination ainsi que les décès dus au Covid-19 baissent« , avance le spécialiste. Le problème qui se pose, poursuit-il, « c'est que le variant Delta, reste un variant qui touche plus les jeunes et peut les conduire en réanimation voir au décès », ce qui a été constaté en Inde, où 65% des personnes touchées par le variant Delta, ont moins de 45 ans. « Il est vrai que le Maroc a pu vacciner les sujets à risque et au front face au virus (+40 %), ce qui a permis de faire baisser les cas critiques en réanimation et les décès. Mais aujourd'hui, le problème se pose auprès des citoyens qui n'ont pas encore été vaccinés, à savoir les -40 ans, les femmes enceintes, les allergiques aux composantes du vaccin, les femmes qui allaitent. Et avec l'approche de Aid Al-Adha, et avec les réunions de famille qui marquent la fête religieuse, ces personnes-là peuvent être touchées par le variant, et la fête de Aid Al-Adha pourra tourner en une catastrophe sanitaire« , alerte Dr. Afif. S'agissant de la vaccination, ce membre du comité de vaccination anti-covid nous affirme que la campagne de vaccination se poursuit normalement et sans interruption et que le Maroc devrait recevoir une nouvelle cargaison de vaccin anti-covid, Sinopharm et Astrazeneca, dans les prochains jours sans pour autant nous donner de dates ou encore la quantité attendue. « Le vaccin est notre seul espoir pour sortir de cette crise. Et on n'est pas loin de notre but, c'est pour cela qu'on appelle les citoyens à respecter les mesures barrières et sortir de l'auberge. Puis il y a l'économie qui se rétablit petit à petit, surtout pour le secteur du tourisme. Et on ne souhaite pas revenir à la case départ. Mais il s'agit d'une responsabilité individuelle que chacun de nous doit prendre en ayant l'esprit citoyen. Une détérioration de la situation épidémiologique dans le pays n'est ni dans notre intérêt psychologique, ni économique ni financier » ,analyse Dr. Afif. Par ailleurs, notre interlocuteur n'écarte pas l'éventualité d'un reconfinement pendant la période de l'Aid si la situation venait à basculer. « Si les cas de contamination continuent à la hausse, en particulier les cas sévères, la situation deviendra ingérable sur le plan sanitaire, ce que nous ne voulons pas vivre. Pour le moment la situation est maitrisée, mais demeure inquiétante. Il faut donc se tenir aux mesures barrières dans les prochains jours pour éviter une crise sanitaire et l'imposition de mesures restrictives sévères« , conclut-il. La mise en garde du MS Ce mercredi, le ministère de la Santé a mis en garde contre une rechute épidémiologique après la détection de 43 cas du variant Delta, la hausse constatée dans le nombre de contaminations quotidiennes mais aussi des patients admis en réanimation. Le ministère a, de même, averti contre une aggravation de la situation en raison du relâchement manifeste des citoyens et du du non-respect des mesures préventives et des gestes barrières pour lutter contre la propagation de la Covid-19. « Pour la deuxième semaine de suite, le système national de veille et de surveillance épidémiologique enregistre une accélération des nouveaux cas de Covid-19 et une hausse des cas graves, chose qui laisse présager une nouvelle détérioration de la situation épidémiologique en cas de persistance de l'indifférence des citoyens, la négligence et le non-respect des mesures de précaution et des gestes barrières », a prévenu le département de Khalid Ait Taleb. « Nous ne pouvons pas rester sans rien faire face à ce relâchement dans le respect desdites mesures. Nous avons voulu alléger les restrictions car il s'agit d'une période marquée par les vacances d'été, le retour des Marocains de l'étranger et l'approche de l'Aid Al-Adha », a de son côté souligné le ministre. Les personnes vaccinées doivent elles aussi savoir qu'à défaut d'atteindre l'immunité collective, on n'est pas encore à l'abri d'une éventuelle contamination: on peut être porteur du virus et contaminer ceux qui ne le sont pas, a-t-il averti. Il a, en ce sens, lancé un nouvel appel à la population pour le respect des gestes barrière et des mesures préventives décrétées par les autorités pour lutter contre la propagation de la Covid-19.