Le Royaume cherche des profils «Colbert». Si, un jour, vous avez l'occasion de visiter le Perche, n'hésitez pas à vous laisser tenter par une escapade, pourquoi pas en calèche tirée par un percheron, dans la forêt de Bellême : 2 400 hectares de chênaie entre autres. Une forêt entièrement plantée par l'Homme, dès le XVIIème siècle, dans le dessein de doter le Royaume de France de suffisamment de bon bois pour construire, dans les décennies, voire les siècles futurs, une armada de vaisseaux et autres frégates de guerre, de tous rangs, à même de bouter les Anglais de là où ils étaient ou, du moins, d'égaler la puissance maritime britannique. Cet homme d'Etat, qui pensait en stratège, était ministre du Roi Soleil, Louis XIV, c'était Colbert : Sérieux, ambitieux, intègre, visionnaire et ... bourgeois, au milieu d'une noblesse de ci-devant hautaine et vaniteuse qui, dans «Le Bourgeois gentilhomme», riait, à gorge déployée, des répliques plaisantes et des tirades instructives de l'Illustre M. Jean-Baptiste Poquelin, alias Molière. Actuellement, à défaut de construire la charpente de l'Hermione et son capitaine Lafayette, les chênes de Bellême se sont reconvertis en tonneaux pour de capiteux bordelais... « A chacun sa madeleine » aurait dit Proust. Ce que j'ai retenu: A l'occasion du 24ème anniversaire de la Fête du Trône, SM le Roi a adressé, à la nation, urbi et orbi, un important discours qui conjugue, à mon sens, à la fois un état des lieux et des points cardinaux essentiels pour le futur du Maroc. D'aucuns analyseront le discours royal dans sa dimension politique interne et externe, sa portée sociale, les paramètres de la gouvernance, etc. Personnellement, je crois dur comme fer qu'en sus des aspects mentionnés, cette allocution constituera un tournant dans l'histoire politique marocaine largo sensu, dans la mesure où elle s'ouvre par un hommage honorant les performances des Marocains, allant du football jusqu'à l'hydrogène en passant par l'automobile. D'ailleurs tous ont remarqué que la question du Sahara marocain et son corollaire, les relations avec l'Algérie, n'ont été évoqués qu'en second lieu. La feuille de route me paraît très claire : il s'agit d'apprécier à sa juste valeur et d'accompagner les performances de tous les Marocains d'ici et d'ailleurs, et ce, dans tous les domaines afin de les fédérer pour le bien de toute la Communauté. Le Royaume a suffisamment de textes argumentaires pour tracer sa voie. Et en cela, je ne citerai que deux exemples : 1- Le Rapport du Cinquantenaire du Développement Humain au Maroc, dirigé par feu M. Ameziane : 186 pages d'un excellent diagnostic et des pistes à explorer en faveur d'un avenir meilleur. 2- Le Nouveau modèle de développement, présenté en mai 2021 au Roi Mohammed VI, avec ses 4 principaux axes : économie diversifiée, capital humain renforcé, inclusion de tous et durabilité des territoires. A titre anecdotique, je dois reconnaître que je n'ai apprécié la portée de ce dernier que récemment, à Tahiti. En effet, en 2022 j'ai participé à des journées scientifiques sur le Tourisme durable, organisées par plusieurs partenaires dont l'Université de Polynésie française. Lors d'un des ateliers organisés avec des élus et des ministres locaux, un de ses responsables ayant appris que j'étais Marocain n'a pas tari d'éloges sur ce document comportant, d'après lui, une méthodologie novatrice fort appréciable et des perspectives qu'il trouvait prometteuses et délocalisables ailleurs. Ainsi, ce qu'il nous faut pour nous hisser au moins parmi les 50 puissances économiques au monde, c'est la collaboration de gens intègres, efficaces et efficients, sérieux, maîtrisant leurs dossiers et éloignés de tout clanisme. Leur allégeance, sous le sceptre royal, au seul Maroc, et à ses institutions ne doit souffrir d'aucune ambivalence. Historiquement, et sur un plan purement militaire, il a existé déjà un antécédent, sous le règne du Sultan Moulay Ismaël : il s'agit des Bakhers; cette garde noire, butin des conquêtes sadiennes au Bled soudan (actuel Mali) et principalement de Timbuktu. Toutefois, il est juste de rappeler que ce modus operandi a été emprunté des fameux Janissaires de la Sublime Porte, corps d'élite d'infanterie formé uniquement de petits captifs chrétiens issus des Balkans, élevés à la spartiate et qui, par voie de connaissances, ne devaient allégeance qu'au Grand Turc et à lui seul. Ainsi, le discours royal ou du moins ce que j'en ai retenu, tient à ce que l'Etat se doit de dénicher et de protéger des Colbert, ces jeunes doués et patriotes donc sérieux issus du peuple, et aussi de limiter, autant que possible, une reproduction infertile de fausses élites uniquement rentières. En outre, dans le Saint Coran, je citerai la belle parabole du prophète Joseph et du Pharaon, pour la charge de régisseur d'Egypte (Sourate Youssef, versets 54 /55) : « Je suis sérieux et compétent », disait le fils d'Israël, parce que le Pharaon avait promis sécurité et confiance. En somme, compétence et sérieux sont, ma foi, des valeurs cardinales et le meilleur substrat pour faire pousser le bon grain, le vrai modèle de socialisation et d'émulation contre l'ivraie de la médiocrité tapageuse qui ne cesse d'infester tous les champs, hic et nunc. Notre pays a, plus que jamais besoin d'hommes et de femmes « performers » loin des parapluies familiaux, raciaux, régionaux ou partisans, des hommes d'Etat qui pensent et agissent dans la durée et la continuité. La continuité n'est-ce pas un avatar d'un Royaume. In fine, je crois que le discours royal, dans sa sobriété dénote d'une force tranquille, sûre et faisant un appel d'air à la réussite... C'est, peut-être, du moins je l'espère, un tournant en matière de nouveau concept de l'autorité et de gouvernance et surtout de la pleine citoyenneté de tous les Marocains via la méritocratie. Et maintenant « que faire ? ». Je crois que la réponse est chez les instances d'autorité et surtout du système éducatif.