Le Salon International de l'Agriculture au Maroc (SIAM) s'est révélé être le bon cadre pour aborder les défis imposés par le changement climatique. Profitant de cette occasion, une brochette de ministres de l'Agriculture africains s'est réunie ce mercredi 23 avril 2025 pour discuter de l'agriculture forestière, partageant tous la même vision pour la sécurité alimentaire et l'avenir durable du continent. En mettant particulièrement l'accent sur l'agriculture forestière comme une solution stratégique, de nombreux ministres de l'Agriculture venus de divers pays africains se sont concertés sur la nécessité d'une « vision africaine pour la sécurité alimentaire et le développement durable », tout en consolidant la position de négociation du continent à l'approche de la Conférence des Parties (COP 30) à Belém, au Brésil. Cette rencontre s'inscrit dans le cadre de la cinquième édition de la conférence ministérielle annuelle de l'Initiative d'adaptation de l'agriculture africaine aux changements climatiques (AAA). Au cours de cet événement, les participants ont été informés des conclusions d'une table ronde scientifique tenue la veille, abordant le sujet de « L'agriculture forestière au service de la sécurité alimentaire et de la résilience climatique en Afrique : relier la science à la politique ». La table ronde a abouti à l'élaboration d'un document de référence crucial. Ce dernier vise à soutenir la position des négociateurs et des délégations africaines lors de la 30e édition de la COP, préconisant une forte représentation des préoccupations africaines sur la scène internationale. Le ministre de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, qui dirige l'Initiative, a souligné la portée historique de cette conférence, en affirmant qu'il s'agit d'une « occasion unique pour l'Afrique d'asseoir ses positions et de clarifier ses priorités, tout en contribuant de manière significative à l'élaboration de solutions globales équilibrées et ambitieuses ». Reprenant une analyse basée sur des données fournies par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le ministre a averti que l'Afrique subit une augmentation de température plus rapide que la moyenne mondiale, de +0,3 °C par décennie. Cette réalité entraîne une recrudescence des vagues de sécheresse, perturbe les régimes de précipitations et accroît l'érosion des sols, menaçant ainsi la sécurité alimentaire de millions de familles. Face à cette situation alarmante, l'Initiative d'adaptation de l'agriculture, lancée par le Roi Mohammed VI, constitue une « réponse ambitieuse pour renforcer la résilience agricole », comme l'a indiqué le ministre. Se positionnant comme une plateforme de référence pour l'adaptation agricole en Afrique, elle vise à rassembler gouvernements, institutions financières, chercheurs et acteurs du développement autour d'une vision commune. « Plus que jamais, cette initiative se doit de devenir une force mobilisatrice. Sans actions audacieuses, l'Afrique pourrait subir une perte allant jusqu'à 25% de sa production agricole d'ici 2050 », a-t-il soutenu, réaffirmant la détermination du continent à s'engager en faveur d'une agriculture durable. El Bouari a aussi avoué que la cinquième conférence ministérielle à Meknès devrait générer des recommandations concrètes pour soutenir le secteur agricole et renforcer la sécurité alimentaire à l'échelle continentale. Il convient de souligner que l'agriculture forestière est au cœur des discussions de cette année, considérée comme un levier essentiel pour répondre aux défis climatiques et alimentaires. El Bouari, président de l'Initiative d'adaptation de l'agriculture africaine, a souligné que ce modèle va au-delà d'une simple technique, étant donné qu'il incarne une vision pour l'avenir de l'agriculture, ancrée dans le savoir traditionnel et l'utilisation des terres. Il garantit la préservation des sols, la protection des ressources en eau, la génération de revenus et la création d'emplois, devenant ainsi un pilier fondamental des politiques agricoles et environnementales. Le ministre a également évoqué l'importance d'établir un nouveau modèle agricole africain d'ici 2040, reposant sur trois piliers, notamment l'intelligence écologique, la justice économique avec des chaînes de valeurs inclusives, et la souveraineté alimentaire, soutenue par des pratiques agricoles adaptées aux aléas climatiques et connectées aux marchés.