La crise entre le ministère de la Justice et les avocats marocains franchit un nouveau palier. Après un premier arrêt de travail observé cette semaine, l'Association des barreaux du Maroc a annoncé une grève nationale générale les 8 et 9 janvier, confirmant l'entrée du mouvement dans une phase de confrontation ouverte avec l'Exécutif autour du projet de loi régissant la profession d'avocat. Jeudi et vendredi, les juridictions du Royaume tourneront de nouveau au ralenti. L'Association a appelé à un arrêt total des services professionnels, assorti de la suspension des missions officielles des bâtonniers en exercice, signe d'un rejet frontal de la version actuelle du texte préparé par le ministère de la Justice. Au cœur de la contestation, les avocats dénoncent une méthode jugée unilatérale, en rupture avec la logique de concertation censée encadrer toute réforme touchant à une profession constitutionnellement liée à la garantie du droit de défense. Dans son communiqué, le bureau de l'Association des barreaux fustige une politique du fait accompli, estimant que le gouvernement cherche à faire passer le projet « à marche forcée », sans tenir compte des remarques et propositions transmises par les instances professionnelles. Les avocats rappellent que plusieurs cycles de discussions avaient été engagés, notamment après une médiation parlementaire, mais que les engagements pris n'auraient pas été respectés, nourrissant un profond sentiment de défiance à l'égard du ministère de la Justice. Sur le fond, la profession estime que la version actuelle du projet comporte des dispositions attentatoires à l'indépendance de l'avocat, pilier essentiel du procès équitable et de l'État de droit. L'Association refuse toute réforme qui transformerait l'avocat en simple auxiliaire administratif, soumis à des logiques de contrôle incompatibles avec sa mission de défense des libertés et des droits fondamentaux. Les avocats insistent sur le fait que leur mobilisation ne relève ni d'une logique corporatiste ni d'un rejet du principe de réforme, mais d'une défense des garanties institutionnelles entourant l'exercice de la profession, considérée comme une « mission » avant d'être une activité réglementée. Vers une escalade du mouvement L'annonce d'une manifestation nationale, dont les modalités seront précisées ultérieurement, confirme la volonté des avocats d'inscrire leur mouvement dans la durée. L'Association prévient qu'elle reste ouverte à des formes de protestation plus radicales, en fonction de l'évolution du parcours législatif du texte au Parlement. En maintenant ses réunions ouvertes, la profession se prépare à adapter sa riposte au calendrier politique, tout en laissant la porte entrouverte à une reprise du dialogue — à condition, souligne-t-on, que celui-ci soit réel, équilibré et respectueux du rôle constitutionnel de la défense. Dans l'immédiat, ce nouveau bras de fer pose une question centrale : peut-on réformer une profession-clé de la justice sans son adhésion ? Une interrogation qui dépasse le seul cadre des avocats et renvoie, plus largement, à la méthode de gouvernance des grandes réformes institutionnelles.