Depuis hier, les stations de distribution de carburant au Maroc ont connu une hausse des prix. Cette augmentation a poussé de nombreux citoyens à se précipiter vers les stations avant que les nouveaux tarifs n'entrent en vigueur. Parallèlement, certaines stations ont choisi de fermer boutique, invoquant un stock épuisé. Les associations de protection des consommateurs ont appelé le gouvernement à une régulation. DR ‹ › Depuis hier, les stations de distribution de carburant au Maroc ont commencé à appliquer des augmentations de prix d'environ deux dirhams pour le diesel et d'un dirham et demi pour l'essence. Avant cette hausse, de nombreuses stations ont connu un afflux important de citoyens tentant de remplir leurs réservoirs, avant que les prix n'augmentent. Face à cette situation, certaines stations, comme l'a observé Yabladi, ont fermé boutique en invoquant l'épuisement des stocks, et en attendant minuit pour appliquer les nouveaux tarifs. Par ailleurs, d'autres stations ont décidé de ne pas attendre pour augmenter leurs prix, provoquant l'ire de nombreux citoyens qui ont appelé à une intervention gouvernementale, comme le montrent plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux. Auprès de Yabladi, le président de la Fédération nationale des associations de protection des consommateurs, Mohamed Benkaddour, déploré les pratiques «contraire à l'éthique» de certaines stations de distribution de carburant. «Tout le monde s'attendait à ces augmentations, mais certains ont choisi d'y recouris plusieurs heures à l'avance», a-t-il fustigé. Selon lui, «certaines stations qui se sont engagées à ne pas augmenter les prix avant minuit ont connu un fort afflux des voitures». L'associatif condamne aussi la «tactique d'autres stations qui prétendaient que leur stock était épuisé en attendant minuit, pour augmenter les prix». Mohamed Benkaddour a estimé que «cette augmentation aurait pu être évitée, car la loi marocaine prévoit que la réserve stratégique devrait couvrir les besoins de deux mois». «Par conséquent, ce que les Marocains achètent aujourd'hui au prix du marché international a été acheté au prix avant que le conflit au Moyen-Orient n'éclate», dit-il. Par ailleurs, la Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits de l'Homme a exprimé sa préoccupation face aux nouvelles augmentations des prix du carburant au Maroc. Dans une déclaration, elle a fait état «évolutions choquantes et injustifiées pendant une période économique et sociale sensible». Dans ce sens, la Ligue a condamné une hausse des prix qui «impacte profondément le pouvoir d'achat des citoyens», avec des salaires qui restent «en-deça du coût de la vie en augmentation rapide». L'instance a ainsi demandé «une enquête urgente et transparente sur les bénéfices réels réalisés par les entreprises de carburant au Maroc et les marges qu'elles adoptent». Des appels à l'intervention du gouvernement La Ligue a appelé à une révision de la politique de libéralisation des prix du carburant, qui selon elle a montré ses limites dans la protection des consommateurs. Elle a préconisé la réactivation du système de compensation ou l'adoption de mécanismes de soutien à même de garantir la stabilité des prix et d'alléger le fardeau des citoyens. L'instance a également exhorté le gouvernement à prendre «des mesures urgentes pour réguler le marché du carburant et limiter la domination des lobbies de l'énergie». Pour sa part, Mohamed Benkaddour a déclaré à Yabladi que «l'Etat doit intervenir et fixer les prix dans ces circonstances exceptionnelles». «Ces conditions ne devraient pas être exploitées pour alourdir les poches des citoyens ; il n'est pas trop tard pour que l'Etat intervienne», a-t-il dit. Depuis la libéralisation des prix des carburants au Maroc, le 1er janvier 2015, le gouvernement a levé les subventions sur le diesel, l'essence et le fioul, rendant les prix soumis aux fluctuations du marché international et à la concurrence des entreprises. Les tarifs de détail sont mis à jour le premier et le seizième de chaque mois par les entreprises opérant dans le secteur. Pour autant, la loi n° 104.12 relative à la liberté des prix et de la concurrence permet à l'Etat d'intervenir exceptionnellement. L'article 4 de la loi prévoit que «les dispositions des articles 2 et 3 ci-dessus n'empêchent pas l'administration, après consultation du Conseil de la concurrence, de prendre des mesures temporaires contre des hausses ou baisses excessives de prix, justifiées par des circonstances exceptionnelles, une calamité générale ou une situation manifestement anormale sur le marché d'un secteur particulier». Selon le même article, «la durée d'application de ces mesures ne doit pas excéder six (6) mois, renouvelable une fois par l'administration».