L'ambassadeur, représentant permanent du Maroc auprès de l'ONU, Omar Hilale, a affirmé que le Royaume ambitionne de faire de l'intelligence artificielle un outil stratégique de rayonnement international, de solidarité et de codéveloppement, en parfaite cohérence avec la vision royale de la coopération Sud-Sud. Intervenant à l'occasion du lancement officiel, lundi à Rabat, du projet « IA Made in Morocco », Hilale a présenté cette initiative comme une réponse « audacieuse et anticipative » aux mutations technologiques mondiales, susceptible de positionner le Maroc comme un hub numérique de référence à l'échelle continentale. Pour le diplomate, le projet « IA Made in Morocco » repose sur trois piliers structurants, appelés à redéfinir la place du Royaume dans l'écosystème technologique international. Le premier axe concerne la souveraineté numérique, incarnée par la mise en place d'un cloud national depuis 2025, garantissant la maîtrise et la protection des données stratégiques. Ce choix, a-t-il souligné, permet au Maroc de s'affranchir de certaines dépendances technologiques extérieures et d'offrir aux pays africains un modèle alternatif, fondé sur l'autonomie et la sécurité numérique. Le deuxième pilier s'inscrit dans une logique de coopération solidaire et pluridisciplinaire, conformément aux hautes orientations royales. Le Maroc entend ainsi proposer des solutions en intelligence artificielle adaptées aux réalités locales, afin de contribuer à l'accélération des Objectifs de développement durable, notamment dans le cadre de la coopération Sud-Sud. À ce volet s'ajoutent des partenariats Nord-Sud concrets, incluant des accords avec plusieurs acteurs technologiques de premier plan. À ce titre, Omar Hilale a évoqué la coopération engagée avec Mistral AI pour le traitement de la langue arabe et de ses dialectes, la création d'un centre de recherche et développement, le lancement d'un centre d'excellence avec Onepoint, le renforcement des partenariats avec Oracle et Huawei, ainsi que des discussions avancées avec OpenAI. Il a également rappelé la récente décision de Nvidia d'accorder au Maroc une place prioritaire dans son plan de développement en Afrique. Le diplomate a par ailleurs mis en avant la coopération triangulaire, mobilisant les expertises du Nord et les compétences marocaines au service des pays du Sud, avec l'appui d'organisations internationales, notamment les Nations Unies. Le troisième axe, enfin, mobilise la diplomatie multilatérale, le label « IA Made in Morocco » s'imposant progressivement comme un marqueur de leadership au sein des instances internationales. Le Maroc copréside notamment le Groupe des Amis de l'ONU sur l'intelligence artificielle au service du développement durable, préside la Coalition africaine pour la science et l'innovation, ainsi que le Comité de haut niveau de l'Assemblée générale dédié à la coopération Sud-Sud. Autant de positions qui, selon Omar Hilale, traduisent une ambition claire : faire de l'intelligence artificielle un outil au service du Sud global. Dans son intervention lors de cette cérémonie, présidée par la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l'administration, Amal El Fallah Seghrouchni, l'ambassadeur a également dressé un constat sur le paysage technologique mondial, marqué par une industrialisation accélérée de l'IA, avec des investissements privés dépassant les 200 milliards de dollars à l'horizon 2025. Il a toutefois rappelé les déséquilibres persistants, soulignant que 60 % des talents mondiaux sont concentrés aux États-Unis, tandis que la Chine domine les brevets et les matières premières, alors que l'Afrique ne capte qu'une part marginale des infrastructures et des investissements mondiaux. Face à ces défis, le modèle « IA Made in Morocco » pourrait, selon lui, ériger le Royaume en référence internationale en matière d'intelligence artificielle éthique, inclusive et souveraine, adaptée aux besoins spécifiques du continent africain. Dans un contexte de fractures numériques croissantes, le Maroc trace ainsi une voie singulière, articulant souveraineté technologique, ouverture internationale et solidarité, en faisant de l'intelligence artificielle un levier de justice, de développement et de coopération au service de l'espace arabo-africain.