À la faveur d'une météo capricieuse qui continue de balayer le Royaume cette semaine, le ministère de l'Équipement et de l'Eau fait état d'une consolidation spectaculaire des réserves hydriques. À l'exception de quelques poches de fragilité persistantes dans les régions du Sud et de l'Est, l'ensemble des bassins du pays affiche une reprise remarquable. Bénéficiant d'un volume de précipitations et de chutes de neige exceptionnel pour cette saison hivernale 2026, le Maroc connaît une véritable embellie hydrique par rapport à l'année écoulée. Le taux de remplissage global des barrages a en effet opéré une remontée fulgurante, passant de 27,77 % en mars 2025 à près de 70 % (69,97 %) à la même période cette année. Cette dynamique s'est traduite par une reconstitution massive des réserves, lesquelles culminent désormais à 11 727,93 millions de mètres cubes, selon les données de la Direction de la Recherche et de la Planification de l'Eau consultées par le journal Hespress. À l'échelle régionale, la cartographie hydrique révèle que les barrages affichant les taux de remplissage les plus confortables se concentrent majoritairement dans le Nord et le Centre-Ouest du pays. Véritable poumon hydrique de sa région, le bassin du Bouregreg poursuit sur sa lancée avec un taux de remplissage exceptionnel de 94,46 %. Cette abondance est une garantie majeure pour sécuriser l'approvisionnement en eau potable de l'axe stratégique Rabat-Casablanca, offrant une marge de manœuvre confortable pour l'été prochain et le reste de l'année. Plus au nord-ouest, le bassin du Loukkos s'impose également parmi les bons élèves avec un taux atteignant 93,98 %. La situation est d'autant plus rassurante que des infrastructures clés telles que les barrages « Oued El Makhazine » et « Nakhla » affichent complet (100 %), plaçant ainsi toute la région à l'abri du besoin. Principal réservoir d'eau du Royaume en termes de capacité, le bassin du Sebou n'est pas en reste. Il concentre actuellement le volume d'eau le plus important du pays, avec plus de 4,6 milliards de mètres cubes stockés et un taux de remplissage de 83,45 %. Des ouvrages vitaux de ce bassin, à l'image des barrages « Sahla » et « Bouhouda », ont même atteint leur capacité de stockage maximale. Fait particulièrement marquant de ce bilan, le bassin de l'Oum Er Rbia réalise une remontée qualifiée d'« historique ». Jadis source de vives inquiétudes avec un taux alarmant de 5,57 % l'an dernier, il affiche aujourd'hui une santé retrouvée à hauteur de 51,07 %. Même si le grand barrage « Al Massira » peine encore à reconstituer totalement ses stocks (31,49 %), la vitalité d'autres ouvrages compense largement cette lenteur. Les excellents scores des barrages « Bin El Ouidane » (75,02 %) et « Ait Massoud » (100 %) signent une véritable percée, de bon augure pour l'irrigation des grandes plaines agricoles de Tadla et des Doukkala. Poursuivant cette dynamique positive, le bassin du Tensift se trouve dans une posture très favorable avec un taux de remplissage de 87,16 %. Cette performance permet d'écarter définitivement les craintes qui pesaient sur l'alimentation en eau de Marrakech et de la province d'Al Haouz. Plus au sud, le bassin du Souss-Massa affiche une nette amélioration, ses réserves ayant grimpé à 54,31 % contre à peine 16 % une année auparavant. Cette bouffée d'oxygène salvatrice vient relancer l'activité d'une région à forte vocation agricole, dont l'économie repose largement sur les cultures destinées à l'exportation. Fermant la marche au niveau national, le bassin de Drâa-Oued Noun présente le taux le plus faible du Royaume (35,30 %). Il convient toutefois de souligner que cette situation, bien que modeste, reste nettement supérieure aux niveaux critiques enregistrés l'année précédente. Cette tendance haussière devrait d'ailleurs se maintenir, les prévisions météorologiques annonçant la persistance d'une dépression d'altitude génératrice de pluies et d'averses orageuses. Ces apports continus laissent présager une nouvelle révision à la hausse des taux de remplissage dans les jours à venir, particulièrement pour les bassins du Nord et du Centre situés près du Rif et des reliefs. Au-delà des eaux de surface, ces précipitations salvatrices profitent également aux nappes phréatiques. Qu'elles soient modérées ou intenses, ces pluies jouent un rôle crucial dans la recharge des eaux souterraines, qui avaient été lourdement sollicitées et dramatiquement appauvries lors des dernières années de sécheresse. En définitive, le Maroc vient de franchir un cap décisif, basculant d'une situation de stress hydrique sévère à une phase de confort stratégique. Les volumes actuellement engrangés sécurisent l'approvisionnement en eau potable pour les années à venir, tout en dégageant des excédents cruciaux pour l'irrigation, renforçant ainsi la souveraineté alimentaire du pays. Toutefois, cette abondance retrouvée ne doit pas occulter les enjeux de long terme. La mise en place d'une gouvernance rigoureuse et d'une gestion rationnelle de ces ressources demeure une nécessité impérieuse pour en garantir la pérennité, tout particulièrement dans les bassins de l'Oum Er Rbia et du Souss-Massa qui requièrent une vigilance continue.