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Finances publiques : quand le débat budgétaire devient un choix de société
Publié dans Hespress le 07 - 02 - 2026

Loin d'une lecture strictement comptable, les finances publiques traduisent des arbitrages politiques et sociaux fondamentaux. Lors d'une conférence tenue au Collège royal de l'enseignement militaire supérieur à Kénitra, Noureddine Bensouda, a livré une analyse approfondie des grands débats contemporains en matière de dépense, de fiscalité et de gouvernance publique, appelant à une refondation institutionnelle pour garantir la soutenabilité de l'action de l'État.
Les finances publiques sont souvent réduites, dans le débat public, à une mécanique budgétaire faite de déficits, de ratios et de tableaux d'exécution. Cette approche techniciste masque pourtant l'essentiel : le budget est l'expression concrète d'un projet de société et de la relation entre l'État et les citoyens. C'est précisément cette lecture politique et institutionnelle que défend Noureddine Bensouda, pour qui les finances publiques « renseignent sur la nature même de l'État ».
À travers une réflexion structurée, Bensouda replace la dépense publique, la fiscalité et l'endettement au cœur des choix stratégiques auxquels sont confrontés les États modernes, dans un contexte marqué par la multiplication des crises et l'exigence croissante de justice sociale.
De l'État gendarme à l'État stratège : une intervention devenue structurelle
La question centrale posée par Noureddine Bensouda est celle du périmètre de l'intervention publique : « Quel État voulons-nous ? ». Longtemps structurée par l'opposition entre un État minimal, cantonné à ses fonctions régaliennes, et un État-providence interventionniste, la réflexion s'est progressivement déplacée sous l'effet des crises successives.
La crise financière de 2008 puis la pandémie de Covid-19 ont constitué des ruptures majeures, y compris dans les économies les plus libérales, en consacrant le retour de l'État comme acteur économique central.
Ce basculement s'est traduit par un recours accru à la dépense publique, désormais perçue comme un levier stratégique de développement et non plus comme une variable d'ajustement. L'État moderne doit ainsi concilier deux impératifs : garantir la cohésion sociale, héritage de l'État-providence, tout en impulsant la croissance et la compétitivité future en tant qu'État stratège. Cette double mission alourdit mécaniquement la structure des dépenses publiques, confrontées à des rigidités démographiques, sociales et environnementales.
Comme le souligne Bensouda, l'extension du rôle de l'État face aux risques systémiques ( financiers, sanitaires ou climatiques ) a profondément modifié la nature de l'instabilité budgétaire. La dépense publique ne répond plus seulement à des cycles économiques, mais à des chocs de plus en plus fréquents et coûteux, rendant la planification à moyen terme particulièrement incertaine.
Fiscalité et dette : arbitrer entre efficacité économique et justice sociale
Face à l'augmentation structurelle des besoins de financement, la question des ressources devient centrale. L'arbitrage entre fiscalité du capital, du revenu et de la consommation renvoie, selon l'intervenant, à un choix de modèle de société. La TVA demeure la ressource la plus stable et la plus rentable, tandis que l'impôt sur le revenu joue un rôle clé dans la redistribution et la réduction des inégalités, au prix toutefois de possibles effets désincitatifs. Quant à la taxation du capital, sa forte mobilité la rend particulièrement sensible aux équilibres géopolitiques et économiques.
À ces choix fiscaux s'ajoute le recours à l'endettement, présenté comme un enjeu fondamentalement sociopolitique. Emprunter aujourd'hui revient à transférer une charge sur les générations futures, tout comme la dégradation environnementale constitue une dette écologique différée. Bensouda met également en garde contre le rôle de l'inflation, qualifiée de « forme d'impôt invisible », qui allège le poids de la dette au détriment des créanciers, par un mécanisme de répression financière.
Au-delà de la dette explicite, il attire l'attention sur les formes d'endettement implicite : partenariats public-privé, concessions, cessions d'actifs ou de recettes futures. Présentés comme des solutions innovantes, ces mécanismes peuvent générer des engagements budgétaires de long terme et des passifs contingents qui constituent, en réalité, la véritable dette des générations futures.
Vers une gouvernance institutionnalisée et facilitatrice
Pour Noureddine Bensouda, la crise des finances publiques n'est pas seulement financière, mais avant tout institutionnelle. La tentation de répondre simultanément à toutes les demandes économiques et sociales, dans un contexte de ressources limitées, conduit à l'éparpillement et à l'inefficacité des politiques publiques. « Vouloir tout faire en même temps, c'est risquer le surendettement », prévient-il, plaidant pour une hiérarchisation claire des priorités nationales.
S'appuyant sur les travaux de Daron Acemoglu et des théoriciens de la croissance endogène, Bensouda insiste sur le rôle déterminant des institutions inclusives dans la performance financière de l'État. Des règles claires, des contre-pouvoirs robustes et des instruments de contrôle indépendants sont indispensables pour éviter une gestion de circonstance et restaurer la confiance.
Cette transition vers une gouvernance institutionnalisée suppose également un changement culturel : l'État ne doit plus être perçu comme un frein, mais comme un facilitateur du développement, garantissant à la fois la dynamique entrepreneuriale et la justice sociale. Dans cette perspective, les finances publiques apparaissent moins comme une contrainte technique que comme le reflet des ambitions, des choix et de la maturité institutionnelle d'un pays.


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