Le malaise enseignant se confirme. Selon les résultats de l'enquête internationale sur l'éducation et l'apprentissage TALIS 2024, dévoilée par le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS), près de 25% des enseignants déclarent envisager de quitter la profession, un signal préoccupant dans un contexte de réforme continue du système éducatif. Ce phénomène s'accentue particulièrement chez les enseignants en fin de carrière. Chez les plus de 50 ans, cette proportion dépasse les 59%, traduisant une forme d'usure professionnelle liée à la charge de travail, mais aussi à la proximité de la retraite. Mais c'est surtout la question salariale qui cristallise le mécontentement. Les enseignants marocains affichent parmi les plus faibles niveaux de satisfaction en la matière : seuls 21% des enseignants du primaire et 39% du secondaire collégial se disent satisfaits de leur rémunération. Un décalage qui contraste avec une appréciation globalement plus positive des autres conditions de travail. Au-delà des salaires, l'enquête met en lumière un décalage persistant entre les ambitions des réformes éducatives et les moyens disponibles sur le terrain. Plus d'un quart des enseignants déclarent devoir mettre en œuvre des changements pédagogiques sans disposer des ressources nécessaires, notamment en milieu urbain. Une contrainte qui alimente une pression ressentie par près de la moitié des enseignants, en particulier les plus expérimentés. Sur le plan de la reconnaissance, le constat est nuancé. Environ 30% des enseignants estiment que leur voix est prise en compte par les décideurs, un niveau proche de la moyenne internationale. En revanche, la perception du regard médiatique reste faible : moins d'un tiers des enseignants considèrent que leur métier est valorisé dans l'espace public. Paradoxalement, la profession continue de bénéficier d'une certaine reconnaissance sociale. Près d'un enseignant sur deux estime que son métier est valorisé dans la société, un taux supérieur à la moyenne internationale. Cette perception positive coexiste néanmoins avec des frustrations structurelles. Autre élément notable : la vocation reste forte. Plus de 70% des enseignants déclarent avoir choisi ce métier comme premier choix, et plus de 60% mettent en avant leur volonté d'avoir un impact sur les générations futures. Un attachement qui explique en partie un niveau élevé de satisfaction globale, malgré les difficultés. En effet, plus de 90% des enseignants affirment éprouver du plaisir à enseigner, et près des trois quarts apprécient les défis liés à leur métier. Une majorité estime également que les aspects positifs de la profession l'emportent sur les contraintes. Mais cette satisfaction globale ne doit pas masquer certaines tensions internes. Ainsi, 44% des enseignants du secondaire collégial souhaitent changer d'établissement, soit plus du double de la moyenne internationale. Un indicateur révélateur de disparités entre établissements, notamment en termes de conditions de travail et d'environnement pédagogique. Enfin, si le niveau de stress déclaré reste globalement modéré par rapport aux standards internationaux, l'effort physique et la charge de travail liés à la préparation des cours et à la correction des copies demeurent élevés, constituant les principales sources de fatigue professionnelle.