Les services centraux du ministère de l'Intérieur ont adressé des directives strictes aux gouverneurs des préfectures et provinces des régions de Casablanca-Settat, Rabat-Salé-Kénitra et Marrakech-Safi, a appris Hespress de sources bien informées. Ces instructions les exhortent à passer au crible fin une avalanche de plaintes et de dénonciations anonymes reçues depuis la fin de l'année dernière. Il pèse en effet sur ces correspondances de lourds soupçons, celles-ci semblant être « utilisées dans le cadre de règlements de comptes électoraux liés aux terres des communes ». Confirmant cette instrumentalisation, les mêmes sources soulignent que ces doléances contenaient des fuites fallacieuses sur la gestion de la location des terres communales et domaniales (Makhzen). Ces informations tronquées ont été « utilisées pour attaquer des adversaires politiques dans le contexte des préparatifs anticipés pour les élections législatives prévues en septembre prochain ». Pour parvenir à leurs fins, certaines de ces dénonciations se sont délibérément appuyées sur des interprétations déformées de données officielles dans l'unique but d' « impliquer des élus et des responsables locaux dans des soupçons d'appropriation illégale du foncier communal ». Poussant l'investigation plus loin, les services compétents ont décelé des campagnes de brouillage ciblées. Ces manœuvres ont consisté à remettre sur le devant de la scène d'anciens dossiers relatifs à la location ou à la cession de biens communaux, et ce, « bien qu'ils aient été réglés conformément aux procédures légales ». Le but inavoué de cette exhumation stratégique est clair : ces actions « visent à semer la confusion chez les concurrents politiques et à influencer les équilibres locaux ». Face à ces dérives, les nouvelles directives insistent sur « la nécessité de vérifier la légalité des contrats de location et des cessions liés aux biens communaux, tout en faisant la distinction entre les dossiers fondés sur des données légales et ceux instrumentalisés à des fins électorales ». Dans cette optique de clarification, les responsables territoriaux des préfectures et provinces ont été sommés de « soumettre des rapports détaillés sur la nature des plaintes et les parties susceptibles de tirer profit de leur déclenchement à ce moment précis ». Les services centraux exigent d'eux d'accélérer les enquêtes administratives afin d'éviter que ces campagnes de dénigrement n'impactent le fonctionnement normal de la gestion des biens communaux, particulièrement face à l'exacerbation de la concurrence autour des terres à forte valeur économique. Cette mobilisation exceptionnelle du département de l'Intérieur s'inscrit dans une volonté ferme de « prémunir le foncier communal contre toute instrumentalisation politique, et garantir la continuité de sa gestion dans le respect des règles de transparence et de la loi ». Il convient de rappeler que le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, avait déjà planté le décor en adressant une mise en garde des plus sévères. Il a prévenu que toute personne dont l'implication serait prouvée dans l'appropriation illégale de terres communales ou le détournement de deniers publics s'exposerait à « des mesures légales strictes », réaffirmant avec force que le ministère « ne tolérera aucun dépassement portant atteinte aux intérêts des collectivités territoriales ». Cet avertissement sans frais avait été prononcé lors de la discussion du budget de son département au titre de l'actuel projet de loi de finances devant la Commission de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales à la Chambre des représentants. À cette occasion, le ministre avait révélé que « des enquêtes préliminaires ont commencé dans la ville de Casablanca et s'étendront pour inclure un certain nombre d'autres villes ». Il en a profité pour appeler à « renforcer la mobilisation collective pour réussir les grands programmes royaux et réaliser un développement équilibré qui garantit la dignité de tous les citoyens ». Bouclant la boucle de ce dispositif de contrôle, les services de l'Intérieur ont intimé l'ordre aux gouverneurs de mobiliser l'ensemble des agents d'autorité (Caïds, Pachas et Chefs de cercles) sur leurs territoires respectifs. Leur mission prioritaire est de « s'opposer à l'exploitation des campagnes de démolition en cours contre les constructions anarchiques pour régler des comptes électoraux par des élus influents ». Ils doivent par conséquent « interdire l'utilisation des dossiers d'urbanisme dans les conflits politiques ». Une consigne d'autant plus urgente que les autorités locales font face à une recrudescence des signalements déposés dans le but d' « orienter le cours du contrôle et la répression des infractions d'urbanisme vers des zones bien précises ».