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Emerging Morocco 2006 : Les Anglais jugent l'économie marocaine
Publié dans La Gazette du Maroc le 05 - 06 - 2006

Les études d'Oxford Business Group sur le Maroc se succèdent. Celle de 2006 se distingue en mettant l'accent sur le renouveau.
Le choix des nouveaux chantiers économiques pourrait faire du pays une géante plate-forme d'exportation pour beaucoup d'investisseurs étrangers.
Emerging Morocco 2006, édité par Oxford Business Group, vient de paraître. C'est le fruit d'un travail de six mois qui a été concocté par une équipe de six analystes d'Oxford Business Group basée au Maroc. L'Edition 2006, comme ses prédécesseurs, est le résultat de plusieurs études empiriques sous-tendues par plus de 150 entretiens réalisés avec les principaux acteurs de la vie politique, économique et sociale. Tous les angles pouvant intéresser les voies et moyens pour le développement du pays ont été abordés. Mais la particularité de l'édition 2006 d'Oxford Business Group, c'est qu'elle se veut être comme celle qui traite du "Renouveau marocain". Soit dit, en passant, une importante étude a été consacrée au développement des provinces du sud du Maroc. «Au plan macroéconomique, le Maroc est parvenu, en 2005, à absorber des chocs importants, tels que la sécheresse, la hausse continue du prix du pétrole, l'opération Intilaka, qui a permis de réduire la masse salariale du secteur public d'un point du PIB, et l'assainissement des caisses de retraite, tout en augmentant le niveau d'investissement public», indique Benjamin Julien Country, éditeur d'Oxford Business Group au Maroc. Et d'ajouter : «Le niveau d'investissement public devrait approcher les 10 milliards de dollars cette année». Cette prévision somme toute optimiste est la conséquence du renouveau que le pays est en train de vivre. Stricto sensu, sur le plan économique, à la base de ce changement qualitatif, on trouve le renforcement de la coopération entre le Maroc et l'UE, l'ouverture au travers de plusieurs accords de libre-échange, le relèvement du taux de croissance du PIB pour 2006 provoqué par une bonne année agricole qui s'annonce… Si ce changement au travers d'un certain nombre de chantiers est bien visible
partout aujourd'hui au Maroc, le directeur des Investissements extérieurs, Hassan Bernoussi, n'a pas manqué de soulever le manque de communication de la part du public comme du privé pour l'accompagner.
Faire campagne pour le Maroc
À l'image d'Oxford Business Group qui a publié son édition 2006 sur le Maroc à 65.000 exemplaires et disponible à l'échelle internationale dans sa version en anglais, le Maroc devrait faire de même pour soigner son image et booster davantage les investissements directs étrangers (IDE).
L'ouverture de l'économie marocaine et l'amélioration de l'environnement économique imposées par au moins quatre accords de libre-échange donnent du cran au pays. Cela se remarque nettement sur l'évolution des IDE. Si au début de la décennie 90, le Maroc n'a perçu que 500 millions d'euros, la progression est actuellement géométrique, puisque le niveau des IDE a atteint en 2005 plus de 2,5 milliards d'euros. Ce montant pourrait être de loin dépassé comme l'estime Hassan Bernoussi : «La plupart des investisseurs qui viennent chez nous s'intéressent surtout au marché de l'export. Les accords de libre-échange signifient que le Maroc doit se vendre comme plate-forme d'exportation». Il est loin d'avoir tort, puisque nombreux sont les pays asiatiques ou latino-américains qui pensent qu'aujourd'hui, délocaliser au Maroc est une belle opportunité. Et pour cause, ils pourront bénéficier des effets induits de l'ensemble des ALE signés par le Maroc, englobant une aire géographique dont la population avoisine 1 milliard d'habitants.
L'autre particularité du Maroc dans cette nouvelle donne mondiale est l'ouverture des grandes entreprises marocaines aux capitaux étrangers. Ceci est d'autant vrai dans les secteurs économiques à forte valeur ajoutée que sont les phosphates, l'énergie et les télécommunications. À cet égard, pour pénétrer les marchés internationaux afin de rester leader au niveau mondial, l'OCP s'est allié aux entreprises indienne et pakistanaise. De même dans le domaine de l'énergie, si le monopole de l'ONE est encore réel sur son transport, sa production et sa distribution ont été libéralisées. Ainsi, dans la distribution de l'énergie, on y trouve des firmes prestigieuses que sont Lydec, Véolia à travers sa filiale Amendis et des opérateurs nationaux de taille respectable.
Ceci dit, en matière de télécommunication, si le mobile a été un facteur extraordinaire dans l'élévation du dynamisme de l'économie marocaine, le taux de pénétration de la téléphonie fixe tarde à grimper. Dans les pays développés et certains pays émergents, la percée du taux de pénétration du fixe a été le résultat du package : Internet, télévision numérique et téléphonie illimitée à des prix défiant toute concurrence. Cette offre n'existe pas encore au Maroc. De façon générale, l'économie marocaine est en train de vivre des changements en profondeur. «On passe du secteur traditionnel à celui dit moderne», remarque Karine Loëhman, responsable à Oxford Business Group. Ce constat est arc-bouté sur des faits. «Cette résilience nouvelle de l'économie nationale s'explique par plusieurs facteurs. Le principal est sans aucun doute le fait que les autorités semblent être enfin parvenues à déconnecter, au moins partiellement, la croissance non agricole de l'évolution, par nature erratique, du PIB agricole», notent les analystes d'Oxford Business de Group. Et d'ajouter : «Malgré la sécheresse, la croissance du PIB non agricole s'est maintenue au-dessus de 4 % l'an dernier et devrait approcher 5 % en 2006, tandis que
la bonne récolte qui s'annonce devrait permettre à la croissance d'atteindre 7%» .
Ce dynamisme des secteurs non agricoles devrait amener nos statisticiens à revoir leur tableau d'entrée sortie qui est obsolète. Et pour cause, pour calculer le taux de croissance, le tableau de Leontiev continue de donner une pondération exagérée à la production du blé et de l'orge par exemple, alors que les produits issus des secteurs modernes sont minorés. «Le taux de croissance doit être corrigé tous les ans de 2 à 2,5 points», estime Hassan Benoussi.


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