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Sommet Arabe - Act II : La dernière ligne droite
Publié dans La Gazette du Maroc le 26 - 03 - 2007

À deux jours de la tenue du Sommet arabe de Riyad, les Saoudiens montrent une sérénité exemplaire laissant comprendre que tout a été ficelé : organisation, ordre du jour, et même au niveau des résultats attendus. Ce qui laisse aux analystes politiques de dire que si l'Arabie Saoudite n'était pas sûre de son succès, elle ne se serait jamais aventurée à l'abriter.
Au Caire, où il y a un sentiment d'amertume affiché par les médias égyptiens et une partie de la classe politique, qui disent que l'Arabie Saoudite s'est «emparée» du rôle historique de leadership de leur pays dans le monde arabe, on s'accorde, d'autre part à affirmer que le Sommet de Riyad sera différent de ceux tenus ces dernières années. En d'autres termes, il aura de fortes chances de réussir, même s'il restera des sujets à l'ordre du jour sans solutions définitives. À cet égard, ce que fait la diplomatie saoudienne sur le plan des efforts exceptionnels et d'initiatives «osées», notamment vis-à-vis de l'Iran, de l'Irak, même de la Syrie et de la Libye dont son chef, le Colonel Kadhafi, avait d'emblée annoncé qu'il ne participera pas à ce Sommet, ne laisse aucun doute que l'Arabie Saoudite est déterminée, avant la tenue de cet événement, à réaliser un maximum de succès.
Celui-ci, souligne un proche du prince Bandar ben Sultan, très impliqué dans les initiatives de son pays, ne se traduit pas forcément par assurer les solutions radicales des crises du monde arabe. Riyad veut, avant tout, absorber et neutraliser deux foyers explosifs qui pourraient propager l'instabilité dans la région. À savoir, l'exportation de la «fitna » entre chiites et sunnites en dehors de l'Irak et, l'orientation de la crise américaino-iranienne vers une confrontation militaire. L'Arabie Saoudite demeure néanmoins, face à plusieurs épreuves auxquelles le prochain Sommet devra trouver des solutions.
À la veille de ce Sommet, le président américain, George Bush, a dépêché en Egypte le secrétaire d'Etat pour rencontrer le « Quartette arabe » formé des pays «modérés». Condoleeza Rice a déclaré avant son arrivée au Caire, lieu de cette rencontre, que « La Ligue arabe a un rôle à jouer dans l'élaboration de l'initiative de paix. Mais, l'arrivée de la chef de la diplomatie américaine a un rôle plus déterminant : montrer aux participants à ce Sommet que Washington donne sa « bénédiction », d'une part et de l'autre, faire comprendre à deux de ces pays modérés, la Jordanie et l'Egypte, qu'aucune divergence ou obstacle au Sommet de Riyad ne seront« tolérés ».
Cela dit, que l'administration américaine a déjà tranché quant à assurer la réussite de cette manifestation arabe. Rice, qui se rendra en Israël, rappellera à nouveau à ses dirigeants que l'initiative de paix arabe, «relookée par Washington », ne devra pas être rejetée, cette fois, par leur gouvernement.
La Garantie Américaine
Il est désormais clair que les Etats-Unis militent pour que le Sommet de Riyad soit un « succès historique », car ils veulent que l'Arabie Saoudite acquière le leadership du monde arabe. Pis encore, les Américains veulent que le royaume saoudien devienne officiellement, opérationnellement et selon ses capacités la « Marjaïaa » (référence) pour toutes les affaires de la région du Moyen-Orient. De ce fait, Riyad a probablement joué des rôles de rapprochement et de réconciliation, ce dernier mois, sur les plans palestinien et libanais. Elle transmettait les messages, faisait les bons offices, conseillait les protagonistes sans pour autant s'impliquer dans les détails afin de ne pas supporter ultérieurement les conséquences des échecs. Dans le contexte de l'insistance américaine à donner à l'Arabie Saoudite ce rôle privilégié, on comprend aujourd'hui pourquoi cette dernière a soudainement décidé d'organiser ce Sommet sur son territoire après avoir cédé cette tâche à l'Egypte qui a choisi Charm al-Cheikh pour lieu. Les Etats-Unis, à travers de ce Sommet arabe, veulent absolument «renouveler » leur rôle dans la région, sortir des bourbiers qui se multiplient et risquent, par là, de menacer les « intérêts stratégiques: Washington veut que Riyad dirige le plan de paix. C'est ce qu'avait laissé comprendre, Condoleeza Rice lors de sa conférence de presse tenue conjointement, samedi dernier, au Caire avec son chef de la diplomatie, Ahmed Abou al-Ghaït. Force est de souligner que le choix américain optant pour l'Arabie Saoudite ne vient pas du néant. Le royaume n'est, d'abord, pas un Etat de confrontation avec Israël, comme c'est le cas de la Syrie. De plus, il a joué durant un quart de siècle dans le cadre de l'élaboration des initiatives (Fès I) en 1982, Fès II, ou le projet du roi Fahd ben Abdel Aziz, et la dernière, celle de l'actuel roi Abdallah, adoptée par le Sommet arabe de Beyrouth en 2002. Vendredi dernier, à moins d'une semaine de cet événement arabe, voilà que le président des Etats-Unis annonce que la réalisation de la paix au Moyen-Orient est une priorité pour son administration. Ce, alors que son secrétaire d'Etat, reconnaît finalement que la paix durable implique l'existence de deux Etats en Palestine. Force aussi de ne pas oublier que Washington avait encouragé l'Arabie Saoudite à jouer un rôle plus efficace au sein du monde islamique qu'elle pourra utiliser d'une manière complémentaire avec son rôle arabe. Ainsi, Riyad qui joue ces deux rôles aura plus de facilités à soutenir les décisions prises, concernant la région. Et, par là, évitera à Washington de commettre plus d'erreurs, et, atténuer l'ampleur des sentiments anti-américains qui ne cessent de se développer depuis l'occupation de l'Irak. Un analyste politique saoudien qui a préféré garder l'anonymat a indiqué, à La Gazette du Maroc, que si le cas de la Palestine est l'exemple pour renouveler le rôle de l'Amérique à travers le Sommet de Riyad, l'administration américaine serait d'accord à donner à Israël ce que les Palestiniens, affaiblis par leurs guéguerres, peinent à prendre. Il est beaucoup plus minime en comparaison à ce que Washington va gagner en Irak : la stabilité, et ce que l'Etat hébreu va avoir : se reposer, après les scandales de sa défaite au Liban. C'est pour ces raisons que l'administration Bush donne ses garanties pour faire réussir ce Sommet. Et fait ce forcing pour faire pousser ses pays alliés, notamment, l'Egypte et la Jordanie, à accepter le leadership de l'Arabie Saoudite sur le monde arabe.
Les angles arrondis
Les observateurs qui suivent de près les préparatifs de ce Sommet indiquent que les Saoudiens sont arrivés à arrondir la majorité des angles de divergences existants jusque-là. Riyad n'a pas hésité à demander l'aide de l'Iran et même de la Turquie et de l'Egypte malgré les susceptibilités avec ce pays concernant le leadership régional. L'Arabie Saoudite s'est adressée à Téhéran pour qu'elle intervienne auprès de ses alliés en Irak. En même temps, elle a déployé des efforts auprès de l'administration Bush pour apaiser la tension avec la République islamique. La tenue de la conférence sur la stabilité de l'Irak va dans ce sens, même si elle n'a pas réussi à atténuer complètement les tensions. L'essentiel pour Riyad, c'est qu'elle a pu avoir le soutien de Téhéran à son rôle auprès des Palestiniens et sa médiation au Liban. L'Arabie Saoudite a désormais ses canaux avec la Communauté Chiite, le Hezbollah en premier lieu. Le Sommet s'approche, alors qu'on constate que le royaume saoudien a pu traiter le problème inter-palestinien, notamment après avoir aidé à la réconciliation et la formation du gouvernement de l'Union nationale. Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, sera avec son Premier ministre, Ismaïl Hania présent à ce Sommet. Celui-ci s'approche, alors que l'Arabie Saoudite multiplie ses efforts pour trouver une solution à la crise libanaise, au moins absorber ses retombées négatives lors de ce Sommet. Avant la date fixée, les Saoudiens tentent de renouer les bonnes relations avec la Syrie en faisant comprendre à ses dirigeants que le rôle de leadership saoudien ne pourra guère être au détriment de ses intérêts au Liban, en Palestine et en Irak.
Les analystes politiques estiment que la diplomatie saoudienne a fait le maximum pour préparer le terrain en arrondissant les angles de divergences entre les parties arabes en conflit, et en levant les obstacles en prenant des initiatives tous azimuts. Des pas en avant nécessaires pour freiner la chute et l'explosion dans la région, également de limiter les dégâts qui ne cessent de grandir. Ces efforts saoudiens ne peuvent cependant suffire pour trouver des solutions à tous les conflits et à toutes les tensions. Ce qui est certain, au moins jusque-là, c'est que le sujet concernant l'initiative de paix arabe, adoptée à l'unanimité au sommet de Beyrouth, il y a cinq ans, sera reproduite avec la grande nuance : les Etats-Unis non seulement la cautionnent, mais en font aussi une recommandation indispensable alors que les Israéliens sont dans l'incapacité de la rejeter avec arrogance comme cela a été le cas en 2002 par Ariel Sharon. Si ce projet est reconduit à l'unanimité, une nouvelle fois, le reste des sujets trouvera une solution, un par un. Pour ce qui est du Liban, il suffit que Washington « délègue » à Riyad, pour que cette dernière trouve la solution adéquate en quelques jours, comme elle l'avait déjà fait par le passé avec l'accord de Taëf qui avait mis fin à la guerre civile qui avait perduré plus de quinze ans. Pour ce qui est de l'Irak, il faut beaucoup plus de temps.


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