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Prison centrale de Kénitra : El Ammari Youssef, le bâton de la discorde
Publié dans La Gazette du Maroc le 23 - 04 - 2007

C'est à l'âge de 19 ans, qu'El Ammari Youssef est arrêté pour le meurtre de son beau-frère. Nous sommes en mai 1999, à Taounat, exactement à Douar Bouâzzane. Une simple rixe, un banal problème de famille, tourne au drame. S'ensuit une explication où le sang va couler. Le lendemain, les gendarmes viennent mettre les menottes à Youssef, son père El Ammari Ali, son frère, El Ammari Abdelilah et le mari de sa tante, Haddad Thami. Tous seront condamnés entre 20 ans de prison et des peines de mort. Voici le récit d'une nuit de folie.
Toute la question qui se pose pour El Ammari Youssef, est de savoir s'il fallait ou non défendre son père, El Ammari Ali, malmené par son beau-frère. Et la réponse est fatale dans les deux cas de figure. Faire comme si son père n'a pas été frappé par le gendre, aurait été une humiliation de plus pour la famille. Porter l'estocade s'est avéré meurtrier dans le sens où le beau-frère en question est mort, frappé à la tête avec un gourdin, le bâton de la discorde. Et lui, l'assaillant, le jeune homme, qui est venu laver la honte de son père foulé aux pieds, se voit jeté dans le couloir de la mort. «Je n'ai même pas réfléchi avant d'aller m'expliquer avec mon beau-frère.
Il avait frappé mon père, c'était suffisant. Vous imaginez, un vieux bonhomme qui reçoit des coups de son gendre ! Il fallait que j'intervienne.» Aujourd'hui, comme le soir du crime, Youssef, se voit pris au piège. Et son mal-être dans le couloir de la mort, naît de cet inextricable va-et-vient entre hier et aujourd'hui.
23 heures, deux hommes s'expliquent à Taounat
Le père est rentré chez lui, le visage tuméfié. Il venait d'essuyer la colère de son gendre,qui lui a allongé quelques directs.. Les fils sont là, rongés par la rage. Le père fait son récit et tente de faire semblant que tout pourra rentrer dans l'ordre. «J'écoutais mon père, et mon sang brûlait dans mes veines. J'avais envie de bondir et régler son compte à mon beau-frère. Je ne pourrai jamais oublier ce moment. Les images sont là devant mes yeux, et j'y pense tous les jours. Mon père avait mal, et il ne pouvait pas cacher sa douleur. Mon frère Abdelilah tentait de le calmer et de me rassurer, mais je n'arrivais pas à penser à autre chose que d'aller m'expliquer avec ce type». Le repas familial avait un goût amer. Les visages étaient fermés. La nourriture ne passait pas pour Youssef qui n'avait plus en tête que de courir allonger quelques directs à son boxeur de beau-frère, qui avait pris son père pour un Punching Ball. «J'ai attendu parce que mon père ne voulait pas de problèmes. Mon frère aussi me disait qu'il fallait attendre. Et le mari de ma tante qui était avec nous, essayait de son côté de calmer les esprits ». Youssef ne voit pas le temps passer.
Les aiguilles de son horloge interne étaient détraquées. Mais le temps a fini par céder. Et à la campagne, les veillées en famille ne dépassent que rarement les 21 heures. Le père prend son mal en patience et s'en va dormir, la douleur au cœur. Les fils font de même et le mari de la tante s'en va chez lui retrouver femme et enfants.
L'honneur du père est sauvé
C'est à 23 heures de la même nuit, que Youssef El Ammari vient taper chez son beau-frère. Ce dernier était là, presque dans l'attente de la suite des épisodes du feuilleton des coups assénés à mon père. «Quand je suis arrivé, il m'a parlé avec beaucoup de colère. Je lui ai crié dessus et je voulais savoir pourquoi il avait frappé mon père, un vieil homme sans défense. Il m'a frappé aussi et je ne pouvais plus me contenir ». La nature du conflit est en soi très banale, mais les réactions des deux côtés sont surdimensionnées. Un désaccord familial et tout dérape. Bref, Youssef voit rouge. Comment ce type s'est-il permis de frapper mon père et ensuite, moi. C'était impensable pour le jeune homme de 19 ans, qui saute au cou de son gendre, et lui assène des coups à son tour. Youssef se souvient très bien du film des évènements : «non, il ne se laissait pas faire. Il frappait lui aussi. Mais à un moment donné, je me suis saisi d'un bâton pour me défendre ». Youssef insiste sur le fait qu'il n'a jamais prémédité de tuer son beau-frère : « Mais jamais je n'ai pensé à cela. Je suis venu le voir en colère, pour le corriger, le frapper, mais jamais je n'ai pensé le tuer ». On imagine bien la scène : deux hommes, seuls dans le hall d'une maison de campagne, en train de se porter des coups. Scène d'une grande simplicité, n'était le fait que le gourdin a fait son entrée en jeu. Youssef ne dira jamais pourquoi il s'était saisi de ce bâton pour se défendre. Pas plus qu'il ne dira que son beau-frère était plus coriace que lui et qu'il était dans l'obligation de s'appuyer sur le gourdin pour se tirer d'affaires, car son beau-frère avait sorti un couteau pour se défendre.
Un bruit sourd s'abattit sur le crane de son beau frère, dont le sang se mit à gicler ; «Je lui ai donné un seul coup, et je suis sorti de la maison. Pour moi, l'affaire était réglée. Je lui avais rendu la pareille. Il était évident pour moi qu'il allait s'en remettre. » Youssef a quitté la maison du beau-frère , en étant certain qu'il avait juste amoché l'homme qui avait porté la main sur son père. « Il était bien vivant quand je l'ai laissé. Pour moi, il allait se relever après ».
Le lendemain à midi, un homme s'en va
« Ce que je ne comprends pas, c'est que personne n'est venu voir mon beau-frère. Il a fallu attendre le lendemain à midi pour le découvrir presque mort. C'est ce que les gendarmes m'ont dit quand ils sont venus m'arrêter. Je leur ai dit que si j'avais l ‘intention de le tuer, je ne serais pas allé le voir devant tout le village. Pour moi, il s'agissait de défendre mon père. Ils m'ont mis les menottes et ont aussi embarqué mon père, mon frère et le mari de ma tante . C'est presque 12 heures, plus tard, que mon beau-frère sera secouru. Mais il rendra l'âme à l'hôpital. Youssef est dans de baux draps. Il avoue qu'il était décidé à se battre avec le mort, qu'il voulait venger son père et que lors de la bagarre, le beau-frère voulait le tuer et qu'il s'était défendu avec un bâton. Jusque-là, il ne savait pas encore que son père et son frère allaient y passer aussi. « Je pensais qu'ils étaient là comme témoins, surtout qu'il y avait aussi le mari de ma tante.. Mais, très vite, les gendarmes m'ont laissé entendre que nous étions tous dans le même sac». Youssef commence à réaliser qu'il a un cadavre sur le dos.
Cet homme aurait pu échapper à la mort s'il avait été secouru à temps. Mais, manque de chance, personne n'était venu taper chez lui avant midi, le lendemain. «J'ai expliqué dans les détails ce qui s'était passé, cette nuit-là. Le couteau, le bâton, le sang, le coup sur la tête, et moi, je suis rentré chez moi, sans savoir que ce type allait mourir suite au coup que je lui avais donné. Mais ils étaient convaincus que nous étions tous, mon père, mon frère et le mari de ma tante, complices de meurtre. J'ai défendu les miens en leur disant que j'étais le seul responsable et que jamais je n'avais prémédité le meurtre. Rien à faire, l'affaire était pliée ». Oui, le dossier paraît alors très simple : quatre individus qui chargent l'un d'eux d'aller en finir avec un cinquième.
Résultat : Youssef El Ammari est condamné à mort. Son frère, à perpétuité, le père à la prison a vie avant de voir sa peine commuée en 10 ans. Et le mari de la tante, lui, écope de 20 ans de prison ferme. «Je ne sais pas comment le dire, mais je suis seul à avoir frappé ce type. Mon père avait eu une explication avec lui dans la journée et l'autre l'avait frappé. Mon frère n'a jamais été le voir, ni s'expliquer avec lui. Et le mari de ma tante, je ne sais pas ce qu'il vient faire dans toute cette affaire. Pourtant, tout le monde est condamné.»
Qui est coupable, qui ne l'est pas ?
Un différend familial tourne au cauchemar. Cela peut arriver. Mais le destin de toute une famille annihilé à cause d'une rixe, il y a là matière à réfléchir. Dans cette histoire, et toujours d'après les dires de Youssef El Ammari son père, son frère et le mari de sa tante, n'ont rien à voir avec ce meurtre. Il en assume la responsabilité. Son père lui aurait demandé d'aller le venger ? Non, jamais, dit Youssef. Etait-il accompagné de son frère, Abdelilah, Jamais non plus. Et le mari de la tante ? Il était là juste pour manger un morceau et calmer les esprits, toujours selon les déclarations de Youssef.
Alors, pourquoi le père, le frère et le parent ont été écroués et condamnés ? Serait-ce là un complot de famille où tout le monde avait trompé pour une sombre histoire de sous ? Youssef assure que non. Un règlement de compte, bien échafaudé ? Non, non plus. Alors ? «Si mon père était coupable, on ne verrait jamais sa peine passer de la perpétuité à 10 ans de prison. Pourtant, mon père pourra sortir bien tôt alors qu'il aura passé dix ans en prison dont j'assume la responsabilité. Et mon frère ? Lui, il est là, et chaque jour, je me dis que c'est à cause de moi qu'il marche dans le couloir de la mort. Le mari de ma tante, le pauvre, lui n'a jamais compris, pourquoi il a été mêlé à cette histoire. Mais il faut croire que c'est comme ça ».
C'est comme ça, peut-être, mais si les trois autres accusés du dossier n'ont rien fait, n'ont participé d'aucune façon que se soit à ce crime, pourquoi ont-ils été condamnés ? La question reste posée et attend une réponse, mais qui pourra un jour apporter de la lumière dans ce dossier ? Personne ne le sait.


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